Après Aubry, Valls creuse le fossé entre socialistes

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Elsa Freyssenet
  • Le Premier ministre Manuel Valls maire Lille, Martine Aubry, couteaux tirés.

    Le Premier ministre Manuel Valls et la maire de Lille, Martine Aubry, sont à couteaux tirés. – SIPA

Le Premier ministre dit vouloir en finir avec la « gauche passéiste ».Certains socialistes se demandent s’il ne prépare pas sa sortie de Matignon.

C’est un parlementaire proche de François Hollande qui s’indigne : « A ce rythme-là, la dissolution va devenir salutaire ! ». C’est un pilier du PS qui se désole : « Personne ne veut vraiment la crise mais tout le monde commence à jouer avec, c’est dangereux ».En cause, l’incroyable journée – une de plus – vécue ce mercredi par le parti socialiste et l’exécutif. Une journée qui a encore accrue le fossé en train de se creuser au sein du parti du Président.

Acte 1 : dès le matin l’ancien ministre de l’aile gauche du PS Benoît Hamon frappe fort en déclarant que la politique menée par l’exécutif « menace la République ». Trois jours après le long réquisitoire de Martine Aubry contre François Hollande, un nouveau cap est franchi. Immédiatement, le porte-parole du gouvernement et proche de François Hollande, Stéphane le Foll réplique : « Si c’est ca, qu’il quitte le PS alors ! » Quelques minutes après, l’un et l’autre minimisent la portée de leurs propos respectifs, mais la polémique est une nouvelle fois lancée.

Acte 2  : « L’Obs » publie une interview de réponse à Martine Aubry donnée il y a quelques jours par Manuel Valls. Loin d’apaiser les débat, le Premier ministre répond sur le terrain identitaire : il veut « en finir avec la gauche passéiste » dans la quelle il inclut la maire de Lille. Sa gauche à lui est « pragmatique, réformiste et républicaine », explique-t-il refusant de prononcer le mot « socialiste ». Il n’exclut pas de débaptiser le parti et estime qu’il faut « batir une maison commune » de « toutes les forces progressistes du pays ». Puis il formule un regret : « En 2012, nous avons commis l’erreur de ne pas tendre la main à François Bayrou ».

Manuel Valls a déjà dit toutes ces choses par le passé, mais il ne peut ignorer que réitérer maintenant ces propos ne peut qu’ accroître la confrontation au sein du PS. Avec l’aile gauche et peut-être au-delà. Ainsi la députée, encore légitimiste Karine Berger a vertement commenté : « Pour que la version moderne de la gauche soit appliquée par l’ensemble de la gauche, il faut rassembler à l’intérieur du PS sur une ligne claire et la faire valider par le parti. » Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a tenté de tenir les deux bouts en critiquant la « déloyauté » des frondeurs puis en prenant ses distances avec Manuel Valls à propos de François Bayrou à qui il ne donnerait « pas l’onction socialiste ». « Ce qui est adapté aujourd’hui au PS, ce n’est pas l’onction, c’est l’extrême-onction », a immédiatement répliqué l’intéressé.

Acte 3  : Au milieu de cette guerre ouverte, chacun s’interroge sur les motivations du Premier ministre et l’attitude du Président. Certains socialistes soupçonnent Manuel Valls, qui ne voudrait pas avoir à assumer la défaite attendue aux cantonales de mars, de préparer sa sortie de Matignon quitte à jouer la crise. Une sortie à la Chirac de 1976 sur le thème « je n’ai pas eu les moyens de ma politique. » Ce que l’entourage du Premier ministre récuse : « Il a tout à fait envie de continuer sa mission ». D’autres socialiste ont aussi vu une prise de distance du Président, lorsque décorant dans l’après-midi son Premier ministre de grand Croix de l’ordre du mérite, il a déclaré : « Il faut aussi qu’il y ait des hommes de synthèse dans la République, c’est important ». « Chacun son rôle, chacun sont histoire », souffle-t-on à l’Elysée où l’on se réjouit que le chef de l’Etat apparaisse par contraste comme un homme rassembleur. A la présidence, on précise d’ailleurs avoir relu avant publication l’interview du Premier ministre. Les amis du Président ne voulaient pas y croire. « Je ne vois pas François valider une telle interview. il joue son mandat en ce moment », disait l’un. Tandis qu’un autre ajoutait : « On ne fait pas la synthèse au milieu d’un champ de ruine ». Effectivement.

Source: lesechos.fr

Pourquoi les médias et les élites ne comprennent vraiment plus rien au pays réel (ces maudits Français qui s’obstinent à acheter Zemmour et vouloir de Sarkozy)

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Par Laurent Chalard et Jérôme Fourque

Eric Zemmour, critiqué par les chroniqueurs de toutes les émissions (ou presque…) ? Son livre bat des records de vente. Un retour de Nicolas Sarkozy raté, disent les médias ? Tous les voyants des sondages sont au vert. La « France invisible » n’est sans doute plus une minorité sans influence, n’en déplaise aux « élites » qui ont bien du mal à se mettre au diapason de la réalité.

Pourquoi les médias et les élites ne comprennent vraiment plus rien au pays réel (ces maudits Français qui s’obstinent à acheter Zemmour et vouloir de Sarkozy)

Le livre d’Eric Zemmour « Le Suicide français » est déjà un succès et pourrait atteindre les 500 000 exemplaires vendus. Il a pourtant connu un démarrage assez moyen, mais alors qu’Eric Zemmour, invité sur de nombreux plateaux télé, a été très largement conspué par les chroniqueurs, cela a eu finalement pour effet de booster les ventes. Même si ce cas est loin d’être le seul, il est un exemple assez flagrant où « l’anathème » médiatique a eu un effet totalement inverse. Qu’est-ce que cela nous apprend de la fracture entre élites/médias et la majorité de la population ? 

Laurent Chalard : Pour une part de plus en plus importante de la population, les médias sont perçus uniquement comme les défenseurs du système établi et donc dès que les journalistes se mettent à critiquer un ouvrage ou une personnalité, cela entraîne l’effet inverse de celui escompté.

 Par esprit de contradiction, de nombreux Français vont s’intéresser à la personne en question, se disant que si elle subit autant les foudres de l’élite, c’est que son propos dérange et qu’il mérite consécutivement de s’y intéresser. L’effet Zemmour repose sur le même principe que l’effet Dieudonné, la diabolisation du dernier ayant entraîné de nombreux Français à s’intéresser au personnage alors qu’ils n’y prêtaient guère intérêt jusque là et pour certains à adhérer partiellement à son message. Nous avions déjà eu le même phénomène de posture contradictoire des Français avec le référendum sur la constitution européenne en 2005. Nombreux sont nos concitoyens qui s’inscrivent désormais dans un positionnement de bras d’honneur permanent vis-à-vis des élites. La confiance est perdue et il faudra longtemps pour la rétablir, si jamais elle se rétablit.

Jérôme Fourquet : Je ne serai pas aussi catégorique que votre question. Un certain nombre de ses confrères qui l’ont reçu l’ont certes critiqué, mais il a quand même bénéficié d’un plan média conséquent. Il y a certes ce qu’il raconte, mais il a tout de même eu droit à un passage chez Ruquier, des articles si ce n’est des couvertures de magazines, et des émissions de radio. Avec une telle visibilité, vous développez forcément vos ventes. On ne peut pas dire qu’Eric Zemmour a été « blacklisté », il a au contraire été au centre de tout le débat politico-médiatique de ces dernières semaines. Quantitativement, il n’a pas été maltraité par les médias. Et lui-même reconnaît que c’est parce qu’il fait vendre qu’il est invité, indépendamment du fait que ceux qui l’invitent sont en désaccord profond avec lui.

Quand on se penche sur le succès de son livre, on en arrive à la révélation qu’Eric Zemmour est le révélateur, ou l’intellectuel, qui donne une grille de lecture et d’analyse à toute une partie de la société qui se retrouve dans ses écrits et qui cherche à un moment précis – l’immersion de la société française dans le grand bain de la mondialisation – celui qui est en phase avec ces préoccupations, et peut donc expliquer les causes du profond malaise de ce basculement. Il a théorisé le phénomène, et les inquiétudes identitaires (notamment sur l’immigration et l’islam), sécuritaires, culturelles ou économiques (avec les délocalisations), qui pèsent sur une partie de la société française. Il y a des pans entiers de la société française qui sont face à ces problèmes et Eric Zemmour les a mis en perspective. Il se fait en perspective le penseur de tout cela. Il joue également beaucoup – et les médias lui rendent bien service sur ce point – sur l’idée de la « pensée unique » en disant « je pense comme vous, Français d’en-bas, et je suis très minoritaire parmi ma caste politico-médiatique ». C’est un élément important car il appuie là où ça fait mal, en prétendant que les médias déclarent que les Français ont tort de penser que tout ne va pas forcément bien dans le meilleur des mondes.

De nombreux médias ont aussi annoncé que le retour de Nicolas Sarkozy était au mieux « raté », au pire « un fiasco ». Un sondage Odoxa pour l’Express montre que l’ancien président bat tout le monde à plates coutures, à la fois dans l’adhésion aux valeurs, pour la présidence de l’UMP et pour la primaire à droite… Il dépasse nettement Alain Juppé, que les médias présentent quasiment comme le « favori »… Pourquoi là aussi un tel aveuglement sur le pouvoir d’attraction de l’ancien président ?

Laurent Chalard : Il faut se méfier du résultat d’un seul sondage pour juger de la réalité du succès ou non du retour de Nicolas Sarkozy, d’autant plus que l’institut Odoxa semble plutôt favorable à Monsieur Sarkozy. Il convient donc d’être prudent. Par contre, il est vrai que les médias ont tendance à préférer Alain Juppé car ils gardent un très mauvais souvenir du passage de Nicolas Sarkozy au pouvoir, dont l’autoritarisme n’a pas été très apprécié, surtout par ceux qui en ont été victimes. Cependant, si les Français ressentaient un trop fort penchant journalistique à dénigrer Nicolas Sarkozy, ce dernier pourrait en profiter au sein de l’électorat de droite s’il arrivait à se faire passer pour une victime du système, ce dont rien n’est moins sûr, d’autant que Marine Le Pen joue sur le même registre.

Jérôme Fourquet : L’Ifop a également récemment réalisé des sondages publiés dans le Nouvel Observateur sur Nicolas Sarkozy en 2017 qui arrivent aux mêmes conclusions. Certains médias n’apprécient pas Nicolas Sarkozy et ne souhaitent pas son retour, peut-être parce que ce dernier n’a pas toujours épargné cette profession. L’autre part de l’explication, qui compte au moins autant que la première, c’est la nécessité de créer un « storytelling » et de raconter une histoire. Un Nicolas Sarkozy qui sort de sa retraite et qui emballe le match en une mi-temps, ce n’est pas très conforme à l’intérêt des médias. Il faut plus d’obstacles, d’où la relative bienveillance avec laquelle beaucoup de journalistes traitent la candidature de Juppé.

 Ce dernier correspond d’avantage à la tendance dominante dans les médias, il est plus compatible avec le discours attendus par un certain nombre de journalistes.

Il peut également apparaître comme un rival crédible face à Nicolas Sarkozy. Et ce genre de pièce a déjà été joué plusieurs fois dans l’histoire politique française. Je note aussi que beaucoup de journalistes ne prennent pas les bons indicateurs pour analyser la situation politique. Beaucoup disent « Juppé est plus populaire que Sarkozy auprès des sympathisants UMP ». C’est vrai en terme de cote de popularité (donc la question « appréciez-vous Juppé ; appréciez-vous Sarkozy ? »). La seule question importante dans une optique de primaire, c’est de regarder en opposition, à savoir « qui préférez-vous ? » Et là, quelque soit l’institut, Sarkozy est loin devant Juppé. Il y a encore un autre élément explicatif : force est de constater que le retour est un peu plus compliqué que ce que certains chauds partisans de Nicolas Sarkozy avaient annoncé. Les plus sérieux compétiteurs lui donnent aujourd’hui du fil à retordre, et c’est ce décalage qui peut expliquer une partie du traitement du retour de Nicolas Sarkozy.

Les « élites » et les médias dominants parlent d’une France « rance » ou « du passé » qui représenterait une grosse minorité peu influente. Or, est-on sûr qu’il s’agit encore de la « minorité » ? Comment peut-on approximativement quantifier cette population en fracture ouverte avec les « élites » ?

Laurent Chalard : Si l’on en croit les sondages, la majeure partie des Français trouve qu’il y a trop d’immigrés en France, donc si cet élément est l’indicateur d’une France « rance » ou du « passé », effectivement, croire qu’elle est minoritaire est grandement se voiler la face et témoigne du terrible décalage entre une partie des élites parisiennes et le reste du pays, y compris les élites provinciales, beaucoup plus réalistes de la situation car elles sont plus au contact des Français. Il existe un profond attachement dans le peuple français à une identité pluriséculaire qu’il ne faut pas sous-estimer. Le passage vers une société multiculturelle ne va donc pas de soi et ce n’est pas en insultant les Français qui se sentent mal à l’aise avec cette nouvelle donne qu’on arrivera à les convaincre que le multiculturalisme peut bien se vivre et qu’il ne remet pas forcément en cause l’identité nationale.

 Jérôme Fourquet : Tout dépend évidemment du critère contenu, mais l’un des moments très symptomatique de ce divorce entre la société « médiatique » et la société « tout court », c’est le referendum de 2005 : 55% pour le « non », et c‘était il y a presque dix ans. les choses ne se sont sûrement pas arrangées pour les partisans du « oui » et il y a fort à parier que le résultat serait aujourd’hui encore plus important. Et quand Zemmour dit aujourd’hui que « la société française et la nation française sont en train de se dissoudre dans le multiculturalisme, la mondialisation et l’Union européenne », il identifie les trois niveaux de lecture qui faisaient déjà 55% en 2005. Et cela, que ce soit le « non » de gauche sur la défense des services publics à la française et contre le libéralisme, ou le « non » de droite contre la Turquie, les délégations de souveraineté et les accords de Schengen. Si on revient au succès du livre d’Eric Zemmour, il arrive à un moment précis du cycle idéologique où une part importante de la population ressent cela plus ou moins confusément. Il y a un vrai refus des conséquences des mutations qui agissent sur la société française au niveau économique, culturel voire sécuritaire.

Les « élites » de leur côté cherchent de moins en moins l’adhésion de cette « France invisible » qu’elles n’hésitent pas à dénigrer. Pourquoi l’élite elle-même se positionne-t-elle dans ce rejet de plus en plus assumé ?

Laurent Chalard : Par définition, les élites ont toujours cherché à se distinguer du peuple, c’est le propre de leur existence, et donc à rejeter en bloc toutes les idées qui en proviennent. La nouveauté est que les élites se considèrent désormais comme le défenseur des valeurs démocratiques issues de la Révolution Française, ce qui n’a pas toujours été le cas, alors que le peuple, selon elles, serait resté dans l’enfance, c’est-à-dire dans une logique nationaliste, voire pétainiste, inadaptée à la mondialisation.

 Il convient donc pour les élites, d’une certaine manière, même si le terme n’est jamais employé, de rééduquer le peuple pour qu’il devienne favorable à la nouvelle donne. Or, pour les personnes concernées, le ressenti est insultant et ne fait que les renforcer dans leur opinion. L’attitude des élites, que certains détracteurs dénomment la « bien-pensance », manque de réalisme et apparaît contre-productive par rapport aux objectifs recherchés de réduction des tensions socio-ethniques.

L’une des principales fractures entre les élites et la « France silencieuse » repose notamment sur les sujets d’indignation (notamment dans les faits divers). Qu’est-ce que l’on doit comprendre de cette incapacité entre les deux groupes de s’indigner pour les mêmes raisons ?

Laurent Chalard : Traditionnellement, les élites ont peu de compassion pour les malheurs qui touchent le peuple, dont elles cherchent à se distinguer à tout prix, préférant chercher des causes à défendre ailleurs dans le monde. Il est d’une certaine manière beaucoup plus facile d’avoir de l’empathie pour la famine dans un pays du Tiers-Monde que pour la misère rampante dans le Nord-Pas-de-Calais, d’autant plus si elle touche des populations semblables sur le plan ethnique. Les élites françaises, sans jamais s’en réclamer, s’inscrivent dans une logique de darwinisme social, les « Européens » qui n’ont pas réussi sont des êtres faibles qui ne méritent que le mépris de ceux qui ont réussi, alors que les immigrés extra-européens et leurs descendants étant « différents », il est normal de les aider, bien que cela cache en fait une certaine forme de racisme à la base, partant du présupposé que les « non européens » ont besoin d’aide car ils ne sont pas capables de se débrouiller tout seul…

Jérôme Fourquet : C’est une illustration supplémentaire du fossé entre les vécus, les centres d’intérêt, entre une partie des dirigeants politiques et le centre de gravité de la société française. On voit bien par exemple sur le Mariage pour tous, et des études l’avaient clairement montré, que l’électorat populaire n’était pas contre. Mais ce qui est mal passé, c’est l’énergie et le temps qu’y a consacrés la gauche alors que cet électorat populaire, plutôt proche de la gauche, attendait une initiative sur le front de l’emploi. Les dirigeants croyaient que les classes populaires étaient « réac » ce qui est absolument faux. L’autre décalage, côté droite, c’est l’organisation de la Manif pour tous. L’UMP a été très frileux sur la question, et on le voit maintenant sur la question de l’éventuelle abrogation du Mariage pour tous où ils sont très frileux également. Ils ont complètement raté le mouvement. Maintenant ils essaient de reprendre le contrôle mais il est trop tard.

 Cette rupture est-elle une tendance lourde dans la vie politique et sociale française ou un phénomène récent ? Quel a été le point de rupture ? Sur quoi cette fracture risque-t-elle de déboucher ?

Laurent Chalard : La rupture entre les élites et le reste de la population n’est pas une nouveauté. Elle a toujours existé. Elle a juste tendance à s’accentuer ces vingt dernières années du fait de la déconnexion de plus en plus marquée entre les positions des élites mondialisées, qui vivent de plus en plus dans une bulle, et la réalité de la France. On ne peut donc parler de point de rupture, mais de phénomène progressif, qui se renforce consécutivement à l’absence de réaction des élites, qui, au lieu de faire leur mea culpa, préfèrent s’enfermer dans le déni des réalités, comme on a pu le voir concernant certaines prises de position sur l’ouvrage de Christophe Guilluy, dont le propos et le sérieux n’ont rien  voir avec celui de Zemmour, et qui est, pourtant, mis sur le même plan.

Comme toute fracture, si elle devient trop importante, le risque d’une révolution par le bas par les urnes est réel, en l’occurrence, étant donné le contexte actuel, plutôt une révolution nationaliste qu’une révolution de type communiste. Ce phénomène n’est pas spécifique à la France, mais s’inscrit dans une crise de la démocratie occidentale inquiétante et dont les élites sont partiellement responsables de par leur corruption et leur manque d’empathie pour les problèmes de leurs concitoyens.

Jérôme Fourquet : Une part croissante de nos concitoyens ne se reconnaissent pas dans les projets proposés par le gouvernement, ou dans la grille de lecture des médias. Il y a donc deux risques possibles. Le premier, c’est la protestation, c’est-à-dire une abstention qui progresse (et c’est le cas actuellement, élection après élection), et la hausse du score du parti qui joue sur la situation actuelle : le Front national. Hors du terrain électoral, ce peut être la volonté de se faire entendre hors du champ démocratique avec des mouvements de contestation type « Bonnets rouges ». Ces mouvements s’organisent en dehors des partis politiques, obligés de prendre alors le train en marche. Sur le débat intellectuel, on a le système de personnes comme Eric Zemmour, ou de médias alternatifs – sur Internet notamment – qui critiquent un discours « officiel » et qui se calent sur ce que les gens ressentent. Tout cela est l’expression d’un décalage grandissant entre une partie de la population et ce qu’on lui propose.

source: http://www.atlantico.fr

Georges Ibrahim Abdallah, « révolutionnaire libanais » depuis 30 ans en prison en France

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Manifestation de soutien pour Georges Ibrahim Abdallah à Toulouse le 26 janvier 2013

AFP/Archives

Le 24 octobre 1984, un Libanais entrait dans un commissariat lyonnais, demandant à être protégé des tueurs du Mossad qu’il pensait sur ses traces. Vendredi cela fera trente ans que Georges Ibrahim Abdallah, condamné à perpétuité, est en prison en France.

Ce Chrétien de 63 ans, originaire de Koubayat dans le nord du Liban, avait fondé en 1980, d’abord avec quatre frères et cinq cousins, les Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), groupuscule marxiste pro-syrien et anti-israélien qui a revendiqué cinq attentats, dont quatre mortels, en 1981-82 en France.

Lors de son procès, à Lyon en 1986, il est jugé coupable de complicité dans l’assassinat de deux diplomates, l’Américain Charles Ray, à Paris, et l’Israélien, Yacov Barsimentov, à Boulogne-Billancourt: l’arme des deux crimes, un pistolet 7.65, lui appartenait.

« Je suis un combattant, pas un criminel », a plaidé devant ses juges cet ancien instituteur, fils d’un sous-officier de l’armée libanaise, de rite grec-orthodoxe. « L’itinéraire que j’ai suivi a été commandé par les atteintes aux droits de l’Homme perpétrées contre la Palestine ».

Sa « libération immédiate » a été l’une des revendications du Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes et du Proche-Orient (CSPPA), qui a revendiqué des attentats ayant fait, en 1985-86, treize morts et 250 blessés en France.

Devenu au fil des ans l’un des plus vieux prisonniers en France, actuellement détenu à Lannemezan (Hautes-Pyrénées), il est resté fidèle à ses idéaux de jeunesse, n’a jamais renié ses convictions ni émis le moindre regret.

« Georges Ibrahim Abdallah est le plus vieux prisonnier politique d’Europe », assure à l’AFP son avocat, Me Jean-Louis Chalanset. « Il estime qu’il faisait partie de la révolution libanaise, qu’il était en lutte contre Israël et les Etats-Unis, et pour cela il n’est pas question pour lui d’émettre de regret ».

- Refus de trahir sa cause -

« En prison, il a toujours refusé de travailler », ajoute son défenseur. « Il lit beaucoup, se tient au courant de la situation politique au Liban et dans la région. J’ai rarement vu quelqu’un qui ait accompli une peine aussi longue et qui soit aussi bien intellectuellement ».

Éligible depuis plusieurs années à une libération conditionnelle, il a vu ses huit demandes rejetées par la Cour de cassation. Une neuvième a été introduite, la décision du tribunal d’application des peines est attendue le 5 novembre.

« Les Américains sont partie civile, s’opposent et s’opposeront toujours à sa libération », assure Me Chalanset. « Pourtant il y a un précédent: en Allemagne, une ancienne de la Fraction armée rouge condamnée pour avoir tué un diplomate américain a été libérée, espérons que la France fera pareil ».

Au fil des ans, le sort de Georges Ibrahim Abdallah a ému et mobilisé de nombreux militants, proches de l’extrême gauche, qui accusent les gouvernements français successifs d’acharnement, manifestent et réclament sa libération.

L’une des figures de son comité de soutien est Alain Pojolat, membre de la direction du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). « Georges Ibrahim Abdallah est un militant de la cause palestinienne, de la libération du Liban, et la France, en particulier les forces politiques de gauche, l’ont abandonné. On peut comparer sa détention à celle de Nelson Mandela », dit-il à l’AFP.

Selon lui, « les diplomates qui ont été tués n’étaient pas des civils, ce pour quoi il a été accusé de complicité est très différent d’un attentat à bombe qui fait des victimes civiles. Georges Ibrahim Abdallah est un combattant communiste, révolutionnaire libanais, qui a toujours refusé de se trahir et de trahir sa cause ».

Au Liban, le sort du chef des FARL est devenu « une cause nationale », a assuré Me Chalanset. En visite officielle à Paris en février 2012 le premier ministre libanais, Najib Mikati, avait demandé au gouvernement français la libération de ce compatriote qu’il avait qualifié de « prisonnier politique ». Depuis, les autorités de Beyrouth se sont engagées, précise l’avocat, à le prendre en charge et à le ramener au Liban s’il était libéré.

Samedi, au lendemain du trentième anniversaire de l’arrestation d’Abdel Kader Saadi (son nom de guerre), son comité de soutien appelle à un « rassemblement national » sous les fenêtres de sa prison à Lannemesan.

AFP

Elections en Tunisie : L’énigme Riahi

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Les tunisiens sont appelés aux urnes. Dimanche prochain, 26 octobre, ils doivent désigner leurs 217 députés. Un mois plus tard, le 23 novembre, il leur faudra choisir un Président. Ces élections sont totalement libres, les débats totalement ouverts, les candidats pléthoriques (15000 candidats aux législatives, 27 aux présidentielles). La population en a presque le tournis, mais la campagne électorale la passionne.

Dans la moiteur d’un été qui s’éternise, Tunis bruisse. Le chauffeur pressé, furieux de se retrouver dans une impasse klaxonne devant le mur « il y a une semaine on pouvait passer ! » mais depuis, un petit futé s’est approprié la chaussée pour agrandir son pavillon. Demi-tour, appels de phare, une main sur le volant, l’autre prévient à grands gestes en hurlant « c’est bouché ! ». Slalom entre les poubelles renversées, incursion sur les trottoirs défoncés, invectives, insultes, les carrosseries se frôlent à se toucher. A tout prix il faut dépasser, c’est une question de fierté. Victoire dérisoire sur la berline blanche pilotée par une bourgeoise au visage masqué par d’énormes lunettes de soleil ; ses lèvres vermillon vomissent un tombereau d’insanités. Plus loin, à l’angle de la Place Pasteur et de la rue Alain Savary, le conducteur pile pour laisser passer une camionnette qui attendait patiemment. Amabilités, remerciements. Chacun adapte sa conduite à la tête du client. Hostile, indifférente, courtoise. Sans raison apparente. Pourquoi ? « Alech ? Hakka ! » C’est comme ça ! Incivilités et urbanités se succèdent. Le code est absent. La route est à moi, que les autres s’écartent ! La police est invisible, les feux rouges sont clignotants, les panneaux sont interdits de signalisation. Le chaos est général mais par un miracle inexplicable, les voitures avancent.

L’expression politique est à l’image de la circulation routière; anarchique, impulsive, brinquebalante. Elle trace son chemin mais à chaque tournant on sent que tout peut dégénérer en un effroyable enchaînement de mortels accidents.

Le débat est libre ; totalement, permanent, passionné, passionnant. La campagne électorale prend parfois l’allure d’un Barnum show à l’américaine. Il ne manque que les majorettes. L’argent de la propagande coule à flot.

La fièvre de la Démocratie.

Chaque soir, sur les places ou les jardins publics, les organisateurs dressent en hâte un chapiteau avec calicots, affiches, sono. Des rangées de chaises sont alignées. Un service d’ordre est organisé. Le candidat extrait d’une limousine est hissé sur une estrade. Il tente laborieusement de galvaniser un auditoire fatigué pourtant acquis d’avance. Il y a aussi quelques badauds qui espèrent un petit cadeau. Le meeting se termine invariablement aux accents de l’hymne national, puis les hommes (peu de femmes) se dispersent vers les terrasses de cafés pour prolonger les discussions devant la télévision.

Les Tunisiens zappent les chaînes, guettent la réplique qui fait mouche, le bon mot, ils s’indignent ou applaudissent, ils cherchent les accents de sincérité, débusquent les duplicités et comptent les points. La plupart ne savent pas pour qui ils vont voter. Au gré des émissions, ils changent d’avis et de champion. Mis à part les islamistes et les anti-islamistes, les déterminés sont rares. Entre la mosquée et le bistro, il y a un boulevard. On prédit qu’un tiers de l’électorat votera Ennahdha, qu’un autre tiers ira vers Nidaa, reste un tiers d’indécis.

Les Tunisiens dont le pouvoir d’achat se dégrade chaque jour observent avec impuissance les mutations de leur économie. Les touristes et les investisseurs désertent le pays, le commerce informel approvisionne les marchés clandestins. Aux frontières de l’Algérie et de la Libye, les contrebandiers font la loi. La corruption reste active, la justice est toujours l’exception. Difficiles dans ces conditions de voter « utile » et pour le changement.

La mosaïque des 27 candidats à la présidentielle.

La mosaïque des 27 candidats à la présidentielle.

Le citoyen a l’impression d’être un cobaye de laboratoire, observé par des scrutateurs surgis des quatre coins du monde : journalistes, experts es-démocratie de l’ONU, de l’Union Européenne, de la Francophonie, de l’Organisation de l’Union Africaine, et même de la Ligue Arabe ! Il se sent investi d’une responsabilité d’autant plus pesante que la pression des médias est permanente.

La valeureuse Haute Autorité chargée de veiller à l’équité télévisuelle est débordée. Le spectacle des joutes politiciennes déloyales éclipse tous les autres, à l’exception du foot bien sûr.

Justement Slim Riahi, un mal connu fortuné, surgi de nulle part, s’est offert coup sur coup le principal club de football du pays et une chaîne de télé. Deux jokers qui pourraient bien lui valoir un destin suprême.

Mystérieux outsider.

La candidature de ce petit homme souriant aux allures de play boy des banlieues n’avait pas attiré l’attention jusqu’à ce qu’un sondage le crédite de la capacité de bousculer les têtes de listes aux législatives mais aussi de mettre en ballotage le Président de la République sortant Marzouki, ou l’inoxydable patriarche des compromis Caïd Essebsi qui sont donnés favoris.

L’homme est un authentique parachuté. Né à Bizerte, sa famille a immigré en Libye quand il avait huit ans. Il a fait ses études et prospéré sous le protectorat du clan Khadafi.

Riahi est le pur produit de la fusion discrète des populations tunisiennes et libyennes.
Deux millions de Libyens vivent actuellement en Tunisie. Au temps de Ben Ali, le flux était inverse. Jadis les Tunisiens partaient en nombre travailler chez leur voisin du Sud, aujourd’hui, les Tripolitains affluent en Tunisie pour y vivre à l’abri de l’anarchie. Ce mouvement migratoire affecte depuis cinquante ans une proportion décimale des habitants de chacun des deux pays.
A ce titre, la candidature de Riahi « le Libyen » affiche la réalité fusionnelle de deux peuples que la frontière coloniale et l’égocentrisme des dictateurs ont toujours tenté de séparer sans succès.

Riahi se prétend fabuleusement riche et généreux mais il n’y a pas traces de ses prodigalités ni de ses avoirs à Londres où il réside habituellement. Selon wikipédia Mister Slim serait de surcroît sujet naturalisé britannique de sa Majesté.

Quarante deux ans, le visage poupin, souriant, volontaire, la poignée de main facile. Archétype du marchand baratineur sympa. Le gendre idéal. Assuré, sans complexe, il ambitionne de conduire le pays comme on mène une « affaire » avec pragmatisme et détermination. Ya qu’à, faut qu’on…Il incarne la réussite de l’émigré retourné au pays pour transmettre les recettes de sa prospérité. Son message résolument populiste est magistralement orchestré par une machine électorale sophistiquée qui dispose de moyens financiers illimités.

Le parti de Slim Riahi, l’Union Patriotique Libre, s’est doté d’un vice-Président-directeur de campagne dont le parcours est singulier : Ahmed Kedidi. Septuagénaire tassé, ancien député dans les années 80, devenu professeur à l’université du Qatar et pigiste à Al Jazeera, il s’opposa modérément et habilement à Ben Ali qui en fit son ambassadeur à Doha. La Révolution le surprit dans sa chancellerie. Très vite il retourna sa veste, et se précipitant à Al Jazeera dénonça les turpitudes de ses amis de la veille ; démontrant ainsi qu’il n’était pas seulement un homme des réseaux de l’ombre, mais aussi un opportuniste tacticien (ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent disait l’inoubliable Edgar Faure).

En France, Kedidi est un ami de Jacques Cheminade, l’ancien candidat malheureux aux présidentielles de 2012. Son programme farfelu de colonisation de la planète Mars n’avait convaincu que 0,25% des électeurs français. A propos de la Tunisie, Cheminade au lendemain de la Révolution, appelait à remonter les filières des complicités de Trabelsi et du Général Sériati. Il suggérait subsidiairement la mise en eau de mer des chotts du sud tunisien. Pourquoi pas ?

Kedidi conseille par ailleurs les affaires arabes de Lyndon LaRouche, citoyen américain conspirationniste, fondateur d’une nébuleuse organisation internationale politico-sectaire qui s’est récemment fait remarquer en comparant Obama à un singe, puis en distribuant des affiches du Président américain affublé de la moustache d’Hitler. Par ses discours pro-palestiniens qui font florès au Moyen Orient, cet économiste hurluberlu milliardaire s’est constitué au fil des années quelques relations dans les pétro-monarchies du Golfe.

Qui sont les autres mécènes du tandem Riahi-Kedidi ? A Tunis, « les milieux diplomatiques » bruissent du retour en influence de Kamel Eltaief, une autre éminence grise de la politique des affaires.

Décidément en Tunisie, l’argent ne veut pas lâcher le pouvoir !
C’est inquiétant mais c’est faire un procès d’intention aux Tunisiens que de craindre qu’ils ne sauront pas discerner les patriotes désintéressés parmi ceux qui se présentent à leurs suffrages.
Par Hedy Belhassine

Technion, université d’élite des étudiants-soldats en Israël

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Les universités sont généralement considérées comme des institutions indépendantes, des lieux privilégiés favorisant les échanges intellectuels et la libre critique. Mais elles peuvent également faire partie d’un complexe militaro-industriel et contribuer ainsi à des activités répréhensibles, voire susceptibles de conduire leurs dirigeants devant des tribunaux pour crimes de guerre. Tel est le cas de l’Institut de technologie Technion, en Israël.

«  Cet été, Israël est de nouveau contraint de se défendre face à un feu roulant de missiles visant des populations civiles. Une nouvelle fois, le système de défense anti-missiles “Dôme de Fer” a épargné d’innombrables vies civiles. “Dôme de Fer” a été développé par les excellents ingénieurs de Rafael Advanced Defense Systems, dont la plupart sont des diplômés du Technion. En outre, un vaste réseau de tunnels de la terreur, dont beaucoup menaçaient directement des enfants, des femmes, des hommes israéliens non armés, a été découvert et neutralisé. Dans ce domaine également, les scientifiques du Technion sont partie intégrante de l’effort pour mettre l’innovation scientifique en mesure de déjouer cette menace  ». Ainsi s’exprimait au mois d’août 2014 Peretz Lavie, président de l’Institut israélien de technologie Technion situé à Haïfa, dans la newsletter de l’université.

Comme le laisse voir l’emphase martiale du propos, la participation du Technion à la guerre d’occupation tend à effacer chaque jour un peu plus la démarcation entre société civile et société en armes — et contribue à ruiner les chances d’une paix négociée au Proche-Orient. Le triomphe du concept de l’«  étudiant-soldat  » ne fait qu’exacerber encore plus le double clivage de la société israélienne : le clivage interne entre juifs et non juifs et le clivage entre Israël et son environnement géopolitique, dont bien sûr la Palestine occupée.

De fait, les idéaux du Technion n’ont plus grand-chose à voir avec ceux d’une institution universitaire ordinaire. Le raidissement se reflète tout d’abord dans sa composition : le Technion est l’université israélienne comptant la proportion la plus élevée d’étudiants et de professeurs militaires, anciens militaires ou réservistes. Selon Arnie Ludwick et Gary Goldberg, présidents de Technion Canada (l’une de ses associations de promotion dans le monde), on y trouve même le plus haut pourcentage d’étudiants réservistes appartenant «  à la fois à l’élite académique du Technion et à l’élite militaire de l’Israel Defense Force (IDF)  »1.

500 000 dollars pour les soldats à Gaza

L’Institut polytechnique du Technion est à l’origine une université publique de recherche, fondée en 1912 à Haïfa au temps de l’empire ottoman. Elle compte à l’heure actuelle un peu plus de 13 000 étudiants. Elle aurait pu (aurait dû) être un sanctuaire des valeurs universelles de la science, fonctionnant comme une université d’excellence également ouverte à tous les étudiants vivant sur le territoire de la Palestine de 1948. Elle n’a cependant pas échappé à la lame de fond nationaliste qui a marqué la société israélienne ces dernières décennies. Elle en est même, à bien des égards, le fer de lance technologique.

À l’occasion de l’opération militaire israélienne Bordure Protectrice qui a causé la mort d’environ 2 200 Palestiniens (dont 2/3 de civils), le Technion a levé plus de 500 000 dollars d’aide privée pour ceux de ses étudiants — un peu plus de 600 — qui faisaient la guerre à Gaza cet été2. Cet engagement en faveur des étudiants-soldats n’est d’ailleurs pas l’apanage du secteur privé. Au niveau le plus officiel, les mesures se sont multipliées pour accorder toujours plus d’avantages universitaires aux jeunes ayant servi dans l’armée. L’une des dernières en date (2010), l’amendement n° 12 à la loi sur la réintégration des soldats libérés du service, stipule que pour peu qu’ils soient résidents d’une «  zone de priorité nationale  », ils bénéficient d’un compensation package. Ces «  compensations  » incluent une participation à leurs frais d’inscription universitaire, une année propédeutique gratuite et des avantages additionnels, comme le logement universitaire. Certaines associations de défense des droits des Palestiniens citoyens d’Israël font remarquer que puisque ces derniers, pour des raisons évidentes, n’effectuent pas de service militaire, ils sont automatiquement exclus de ces avantages et donc défavorisés3.

Collaboration à l’occupation

Le problème est à la fois plus grave et plus général : c’est l’université israélienne elle-même qui, par sa participation au quadrillage carcéral des territoires occupés ainsi qu’aux opérations punitives récurrentes à leur encontre, pourrait bien se rendre coupable de complicité de crimes de guerre devant une cour de justice4. Au plan idéologique, elle est un facteur important du délétère statu quo actuel, en maintenant la fiction d’un État en danger, protégé du «  feu roulant des missiles  » par l’ingéniosité de ses étudiants-soldats.

La collaboration du Technion avec Elbit Systems, l’entreprise d’armement et de fabrication de drones la plus importante d’Israël, est active. En 2008, Elbit s’est officiellement engagé à offrir des bourses à des étudiants-chercheurs du Technion à hauteur de 500 000 dollars par an pendant cinq ans5. Son emblématique président entre 1996 et 2013, Yossi Ackerman, a d’ailleurs reçu un doctorat honoris causa du Technion, tandis que Haim Russo, qui dirige une branche d’Elbit spécialisée dans l’équipement militaire, a été nommé au directoire6. Un laboratoire conjoint Technion-Elbit dédié à la vision artificielle7 met au point les technologies employées par les drones pour la surveillance du mur «  de séparation  » en territoire palestinien occupé et celle des colonies. La violation du droit international est bien sûr totale.

De même, Technion est liée au conglomérat d’État Rafael Advanced Defense Systems Ltd, l’une des plus grandes entreprises d’armement israéliennes : même interpénétration des structures, même mobilité des individus de l’une à l’autre, même influence des choix militaires sur l’orientation de la recherche que dans le cas d’Elbit. De nombreux anciens élèves de Technion travaillent chez Rafael8 et il existe un MBA conçu spécifiquement par Technion pour les managers de Rafael9. Enfin, Rafael a lancé en 2013 un appel d’offre pour recruter 150 étudiants du Technion, appelés à diriger les recherches en armement de l’avenir. Il est prévu qu’ils partagent leur temps d’étude entre Rafael et le Technion10.

Un double langage

Dans un communiqué du Technion de 2009 rapidement disparu de la Toile — mais que l’on peut retrouver grâce à web.archiv11 — on pouvait lire : «  Dans un très proche avenir, l’armée de défense israélienne (IDF) commencera à utiliser un bulldozer D-9 télécommandé, mis au point ces dernières années par les experts du Technion. Ce bulldozer viendra épauler une jeep Hummer sans pilote télécommandée, elle aussi mise au point par le Technion  ». Le document précise que, d’après les spécialistes militaires, «  ce développement innovant rendra le bulldozer capable d’être télécommandé sous le feu par un pilote demeurant hors d’atteinte. À l’heure actuelle, les conducteurs de bulldozer courent de grands risques lorsqu’ils démolissent des bâtiments où des terroristes se dissimulent ou lorsqu’ils essaient d’ouvrir des routes  ».

Comme toutes les institutions israéliennes engagées dans des partenariats avec l’étranger12, le Technion, peut être sous la pression de la campagne internationale Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), est passé maître dans l’art du double discours. Sur les prospectus destinés à l’international, il vante son ouverture, ses pelouses vertes et ses étudiants décontractés, voire un pourcentage non dérisoire (à l’aune des standards nationaux) d’étudiants palestiniens citoyens d’Israël, quand, par ailleurs, il bénéficie de financements externes, de crédits de recherche et d’un terrain d’expérimentation qui permettent ensuite d’exporter le savoir-faire israélien dans plus de 70 pays13.

Le Technion, ses professeurs, ses chercheurs et ses étudiants sont devenus des rouages essentiels d’une politique dure israélienne, justifiant les appels internationaux de plus en plus nombreux au boycott académique de cette institution14.

1The Scope, newsletter de la Canadian Technion Society, été 2006.

2Communiqué du Technion du 3 septembre 2014 publié sur sa page Facebook.

3Voir le site d’Adalah, le centre juridique pour les droits de la minorité arabe en Israël.

4Le droit international considère que la fourniture d’armes et de matériels à l’auteur d’un crime de guerre ou d’un crime contre l’humanité revient à aider et encourager la perpétration du crime et donc à engager la responsabilité pénale du fournisseur en tant que complice (art. 25 § 3 et 30 du Statut de la Cour pénale internationale  ; tribunal spécial pour la Sierra Leone, jugements des 16 mars 2006, § 40 et 26 avril 2012, § 149).

5Communiqué d’Elbit Systems du 15 juin 2008.

7Communiqué d’Elbit Systems, du 15 juin 2008.

8En 2011, sur les 6 500 employés de Rafael, 2 000 sont des anciens du Technion, auxquels il faut ajouter 350 étudiants.

9Communiqué du Technion du 7 janvier 2001 : «  Technion MBA Program Delivered In-House to 40 Rafael Managers.  »

10Yuval Azulai, «  Rafael hiring 150 Technion students  », 1er janvier 2013, Israel Global Arena.

12Dernièrement, par exemple, avec l’École polytechnique française. Une pétition contre les accords conclus entre l’École et le Technion en 2013, lancée le mois dernier par l’Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (Aurdip), a recueilli en deux semaines plus de 600 signatures, essentiellement parmi les chercheurs, enseignants, élèves et anciens élèves de l’École polytechnique.

13Rania Khalek, «  Une conférence israélienne sur le drone expose les armes qui ont servi à tuer les enfants de Gaza  », The Electronic Intifada, 18 septembre 2014, traduction pour l’Aurdip.

How to Start a War and Lose An Empire

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By Dmitry Orlov

October 21, 2014 « ICH » – A year and a half I wrote an essay on how the US chooses to view Russia, titled The Image of the Enemy. I was living in Russia at the time, and, after observing the American anti-Russian rhetoric and the Russian reaction to it, I made some observations that seemed important at the time. It turns out that I managed to spot an important trend, but given the quick pace of developments since then, these observations are now woefully out of date, and so here is an update.

At that time the stakes weren’t very high yet. There was much noise around a fellow named Magnitsky, a corporate lawyer-crook who got caught and died in pretrial custody. He had been holding items for some bigger Western crooks, who were, of course, never apprehended. The Americans chose to treat this as a human rights violation and responded with the so-called “Magnitsky Act” which sanctioned certain Russian individuals who were labeled as human rights violators. Russian legislators responded with the “Dima Yakovlev Bill,” named after a Russian orphan adopted by Americans who killed him by leaving him in a locked car for nine hours. This bill banned American orphan-killing fiends from adopting any more Russian orphans. It all amounted to a silly bit of melodrama.

But what a difference a year and a half has made! Ukraine, which was at that time collapsing at about the same steady pace as it had been ever since its independence two decades ago, is now truly a defunct state, with its economy in free-fall, one region gone and two more in open rebellion, much of the country terrorized by oligarch-funded death squads, and some American-anointed puppets nominally in charge but quaking in their boots about what’s coming next. Syria and Iraq, which were then at a low simmer, have since erupted into full-blown war, with large parts of both now under the control of the Islamic Caliphate, which was formed with help from the US, was armed with US-made weapons via the Iraqis. Post-Qaddafi Libya seems to be working on establishing an Islamic Caliphate of its own. Against this backdrop of profound foreign US foreign policy failure, the US recently saw it fit to accuse Russia of having troops “on NATO’s doorstep,” as if this had nothing to do with the fact that NATO has expanded east, all the way to Russia’s borders. Unsurprisingly, US–Russia relations have now reached a point where the Russians saw it fit to issue a stern warning: further Western attempts at blackmailing them may result in a nuclear confrontation.

The American behavior throughout this succession of defeats has been remarkably consistent, with the constant element being their flat refusal to deal with reality in any way, shape or form. Just as before, in Syria the Americans are ever looking for moderate, pro-Western Islamists, who want to do what the Americans want (topple the government of Bashar al Assad) but will stop short of going on to destroy all the infidel invaders they can get their hands on. The fact that such moderate, pro-Western Islamists do not seem to exist does not affect American strategy in the region in any way.

Similarly, in Ukraine, the fact that the heavy American investment in “freedom and democracy,” or “open society,” or what have you, has produced a government dominated by fascists and a civil war is, according to the Americans, just some Russian propaganda. Parading under the banner of Hitler’s Ukrainian SS division and anointing Nazi collaborators as national heroes is just not convincing enough for them. What do these Nazis have to do to prove that they are Nazis, build some ovens and roast some Jews? Just massacring people by setting fire to a building, as they did in Odessa, or shooting unarmed civilians in the back and tossing them into mass graves, as they did in Donetsk, doesn’t seem to work. The fact that many people have refused to be ruled by Nazi thugs and have successfully resisted them has caused the Americans to label them as “pro-Russian separatists.” This, in turn, was used to blame the troubles in Ukraine on Russia, and to impose sanctions on Russia. The sanctions would be reviewed if Russia were to withdraw its troops from Ukraine. Trouble is, there are no Russian troops in Ukraine.

Note that this sort of behavior is nothing new. The Americans invaded Afghanistan because the Taleban would not relinquish Osama Bin Laden (who was a CIA operative) unless Americans produced evidence implicating him in 9/11—which did not exist. Americans invaded Iraq because Saddam Hussein would not relinquish his weapons of mass destruction—which did not exist. They invaded Libya because Muammar Qaddafi would not relinquish official positions—which he did not hold. They were ready to invade Syria because Bashar al Assad had used chemical weapons against his own people—which he did not do. And now they imposed sanctions on Russia because Russia had destabilized and invaded Ukraine—which it did not do either. (The US did that.)

The sanctions against Russia have an additional sort of unreality to them, because they “boomerang” and hurt the West while giving the Russian government the impetus to do what it wanted to do all along. The sanctions infringed on the rights of a number of Russian businessmen and officials, who promptly yanked their money out of Western banks, pulled their children out of Western schools and universities, and did everything else they could to demonstrate that they are good patriotic Russians, not American lackeys. The sanctions affected a number of Russian energy companies, cutting them off from Western sources of technology and financing, but this will primarily hurt the earnings of Western energy companies while helping their Chinese competitors. There were even some threats to cut Russia off from the SWIFT system, which would have made it quite difficult to transfer funds between Russia and the West, but what these threats did instead was to give Russia the impetus to introduce its own RUSSWIFT system, which will include even Iran, neutralizing future American efforts at imposing financial restrictions.

The sanctions were meant to cause economic damage, but Western efforts at inflicting short-term economic damage on Russia are failing. Coupled with a significant drop in the price of oil, all of this was supposed to hurt Russia fiscally, but since the sanctions caused the Ruble to drop in tandem, the net result on Russia’s state finances is a wash. Oil prices are lower, but then, thanks in part to the sanctions, so is the Ruble, and since oil revenues are still largely in dollars, this means that Russia’s tax receipts are at roughly the same level at before. And since Russian oil companies earn dollars abroad but spend rubles domestically, their production budgets remain unaffected.

The Russians also responded by imposing some counter-sanctions, and to take some quick steps to neutralize the effect of the sanctions on them. Russia banned the import of produce from the European Union—to the horror of farmers there. Especially hurt were those EU members who are especially anti-Russian: the Baltic states, which swiftly lost a large fraction of their GDP, along with Poland. An exception is being made for Serbia, which refused to join in the sanctions. Here, the message is simple: friendships that have lasted many centuries matter; what the Americans want is not what the Americans get; and the EU is a mere piece of paper. Thus, the counter-sanctions are driving wedges between the US and the EU, and, within the EU, between Eastern Europe (which the sanctions are hurting the most) and Western Europe, and, most importantly, they drive home the simple message that the US is not Europe’s friend.

There is something else going on that is going to become more significant in the long run: Russia has taken the hint and is turning away from the West and toward the East. It is parlaying its open defiance of American attempts at world domination into trade relationships throughout the world, much of which is sick and tired of paying tribute to Washington. Russia is playing a key role in putting together an international banking system that circumvents the US dollar and the US Federal Reserve. In these efforts, over half the world’s territory and population is squarely on Russia’s side and cheering loudly. Thus, the effort to isolate Russia has produced the opposite of the intended result: it is isolating the West from the rest of the world instead.

In other ways, the sanctions are actually being helpful. The import ban on foodstuffs from EU is a positive boon to domestic agriculture while driving home a politically important point: don’t take food from the hands of those who bite you. Russia is already one of the world’s largest grain exporters, and there is no reason why it can’t become entirely self-sufficient in food. The impetus to rearm in the face of NATO encroachment on Russian borders (there are now US troops stationed in Estonia, just a short drive from Russia’s second-largest city, St. Petersburg) is providing some needed stimulus for industrial redevelopment. This round of military spending is being planned a bit more intelligently than in the Soviet days, with eventual civilian conversion being part of the plan from the very outset. Thus, along with the world’s best jet fighters, Russia is likely to start building civilian aircraft for export and competing with Airbus and Boeing.

But this is only the beginning. The Russians seem to have finally realized to what extent the playing field has been slanted against them. They have been forced to play by Washington’s rules in two key ways: by bending to Washington’s will in order to keep their credit ratings high with the three key Western credit rating agencies, in order to secure access to Western credit; and by playing by the Western rule-book when issuing credit of their own, thus keeping domestic interest rates artificially high. The result was that US companies were able to finance their operations more cheaply, artificially making them more competitive. But now, as Russia works quickly to get out from under the US dollar, shifting trade to bilateral currency arrangements (backed by some amount of gold should trade imbalances develop) it is also looking for ways to turn the printing press to its advantage. To date, the dictat handed down from Washington has been: “We can print money all we like, but you can’t, or we will destroy you.” But this threat is ringing increasingly hollow, and Russia will no longer be using its dollar revenues to buy up US debt. One proposal currently on the table is to make it impossible to pay for Russian oil exports with anything other than rubles, by establishing two oil brokerages, one in St. Petersburg, the other, seven time zones away, in Vladivostok. Foreign oil buyers would then have to earn their petro-rubles the honest way—through bilateral trade—or, if they can’t make enough stuff that the Russians want to import, they could pay for oil with gold (while supplies last). Or the Russians could simply print rubles, and, to make sure such printing does not cause domestic inflation, they could export some inflation by playing with the oil spigot and the oil export tariffs. And if the likes of George Soros decides to attack the ruble in an effort to devalue it, Russia could defend its currency simply by printing fewer rubles for a while—no need to stockpile dollar reserves.

So far, this all seems like typical economic warfare: the Americans want to get everything they want by printing money while bombing into submission or sanctioning anyone who disobeys them, while the rest of the world attempts to resist them. But early in 2014 the situation changed. There was a US-instigated coup in Kiev, and instead of rolling over and playing dead like they were supposed to, the Russians mounted a fast and brilliantly successful campaign to regain Crimea, then successfully checkmated the junta in Kiev, preventing it from consolidating control over the remaining former Ukrainian territory by letting volunteers, weapons, equipment and humanitarian aid enter—and hundreds of thousands of refugees exit—through the strictly notional Russian-Ukrainian border, all the while avoiding direct military confrontation with NATO. Seeing all of this happening on the nightly news has awakened the Russian population from its political slumber, making it sit up and pay attention, and sending Putin’s approval rating through the roof.

The “optics” of all this, as they like to say at the White House, are rather ominous. We are coming up on the 70th anniversary of victory in World War II—a momentous occasion for Russians, who pride themselves on defeating Hitler almost single-handedly. At the same time, the US (Russia’s self-appointed arch-enemy) has taken this opportunity to reawaken and feed the monster of Nazism right on Russia’s border (inside Russia’s borders, some Russians/Ukrainians would say). This, in turn, makes the Russians remember Russia’s unique historical mission is among the nations of the world: it is to thwart all other nations’ attempts at world domination, be it Napoleonic France or Hitleresque Germany or Obamaniac America. Every century or so some nation forgets its history lessons and attacks Russia. The result is always the same: lots of corpse-studded snowdrifts, and then Russian cavalry galloping into Paris, or Russian tanks rolling into Berlin. Who knows how it will end this time around? Perhaps it will involve polite, well-armed men in green uniforms without insignia patrolling the streets of Brussels and Washington, DC. Only time will tell.

You’d think that Obama has already overplayed his hand, and should behave accordingly. His popularity at home is roughly the inverse of Putin’s, which is to say, Obama is still more popular than Ebola, but not by much. He can’t get anything at all done, no matter how pointless or futile, and his efforts to date, at home and abroad, have been pretty much a disaster. So what does this social worker turned national mascot decide to do? Well, the way the Russians see it, he has decided to declare war on Russia! In case you missed it, look up his speech before the UN General Assembly. It’s up on the White House web site. He placed Russia directly between Ebola and ISIS among the three topmost threats facing the world. Through Russian eyes his speech reads as a declaration of war.

It’s a new, mixed-mode sort of war. It’s not a total war to the death, although the US is being rather incautious by the old Cold War standards in avoiding a nuclear confrontation. It’s an information war—based on lies and unjust vilification; it’s a financial and economic war—using sanctions; it’s a political war—featuring violent overthrow of elected governments and support for hostile regimes on Russia’s borders; and it’s a military war—using ineffectual but nevertheless insulting moves such as stationing a handful of US troops in Estonia. And the goals of this war are clear: it is to undermine Russia economically, destroy it politically, dismember it geographically, and turn it into a pliant vassal state that furnishes natural resources to the West practically free of charge (with a few hand-outs to a handful of Russian oligarchs and criminal thugs who play ball). But it doesn’t look like any of that is going to happen because, you see, a lot of Russians actually get all that, and will choose leaders who will not win any popularity contests in the West but who will lead them to victory.

Given the realization that the US and Russia are, like it or not, in a state of war, no matter how opaque or muddled, people in Russia are trying to understand why this is and what it means. Obviously, the US has seen Russia as the enemy since about the time of the Revolution of 1917, if not earlier. For example, it is known that after the end of World War II America’s military planners were thinking of launching a nuclear strike against the USSR, and the only thing that held them back was the fact that they didn’t have enough bombs, meaning that Russia would have taken over all of Europe before the effects of the nuclear strikes could have deterred them from doing so (Russia had no nuclear weapons at the time, but lots of conventional forces right in the heart of Europe).

But why has war been declared now, and why was it declared by this social worker turned national misleader? Some keen observers mentioned his slogan “the audacity of hope,” and ventured to guess that this sort of “audaciousness” (which in Russian sounds a lot like “folly”) might be a key part of his character which makes him want to be the leader of the universe, like Napoleon or Hitler. Others looked up the campaign gibberish from his first presidential election (which got silly young Americans so fired up) and discovered that he had nice things to say about various cold warriors. Do you think Obama might perhaps be a scholar of history and a shrewd geopolitician in his own right? (That question usually gets a laugh, because most people know that he is just a chucklehead and repeats whatever his advisers tell him to say.) Hugo Chavez once called him “a hostage in the White House,” and he wasn’t too far off. So, why are his advisers so eager to go to war with Russia, right now, this year?

Is it because the US is collapsing more rapidly than most people can imagine? This line of reasoning goes like this: the American scheme of world domination through military aggression and unlimited money-printing is failing before our eyes. The public has no interest in any more “boots on the ground,” bombing campaigns do nothing to reign in militants that Americans themselves helped organize and equip, dollar hegemony is slipping away with each passing day, and the Federal Reserve is fresh out of magic bullets and faces a choice between crashing the stock market and crashing the bond market. In order to stop, or at least forestall this downward slide into financial/economic/political oblivion, the US must move quickly to undermine every competing economy in the world through whatever means it has left at its disposal, be it a bombing campaign, a revolution or a pandemic (although this last one can be a bit hard to keep under control). Russia is an obvious target, because it is the only country in the world that has had the gumption to actually show international leadership in confronting the US and wrestling it down; therefore, Russia must be punished first, to keep the others in line.

I don’t disagree with this line of reasoning, but I do want to add something to it.

First, the American offensive against Russia, along with most of the rest of the world, is about things Americans like to call “facts on the ground,” and these take time to create. The world wasn’t made in a day, and it can’t be destroyed in a day (unless you use nuclear weapons, but then there is no winning strategy for anyone, the US included). But the entire financial house of cards can be destroyed rather quickly, and here Russia can achieve a lot while risking little. Financially, Russia’s position is so solid that even the three Western credit ratings agencies don’t have the gall to downgrade Russia’s rating, sanctions notwithstanding. This is a country that is aggressively paying down its foreign debt, is running a record-high budget surplus, has a positive balance of payments, is piling up physical gold reserves, and not a month goes by that it doesn’t sign a major international trade deal (that circumvents the US dollar). In comparison, the US is a dead man walking: unless it can continue rolling over trillions of dollars in short-term debt every month at record-low interest rates, it won’t be able to pay the interest on its debt or its bills. Good-bye, welfare state, hello riots. Good-bye military contractors and federal law enforcement, hello mayhem and open borders. Now, changing “facts on the ground” requires physical actions, whereas causing a financial stampede to the exits just requires somebody to yell “Boo!” loudly and frighteningly enough.

Second, it must be understood that at this point the American ruling elite is almost entirely senile. The older ones seem actually senile in the medical sense. Take Leon Panetta, the former Defense Secretary: he’s been out flogging his new book, and he is still blaming Syria’s Bashar al Assad for gassing his own people! By now everybody else knows that that was a false flag attack, carried out by some clueless Syrian rebels with Saudi help, to be used as an excuse for the US to bomb Syria—you know, the old “weapons of mass destruction” nonsense again. (By the way, this kind of mindless, repetitive insistence on a fake rationale seems like a sure sign of senility.) That plan didn’t work because Putin and Lavrov intervened and quickly convinced Assad to give up his useless chemical weapons stockpile. The Americans were livid. So, everybody knows this story—except Panetta. You see, once an American official starts lying, he just doesn’t know how to stop. The story always starts with a lie, and, as facts emerge that contradict the initial story, they are simply ignored.

So much for the senile old guard, but what about their replacements? Well, the poster boy for the young ones is Hunter Biden, the VP’s son, who went on a hookers-and-blow tour of Ukraine last summer and inadvertently landed a seat on the board of directors of Ukraine’s largest natural gas company (which doesn’t have much gas left). He just got outed for being a coke fiend. In addition to the many pre-anointed ones, like the VP’s son, there are also many barns full of eagerly bleating Ivy League graduates who have been groomed for jobs in high places. These are Prof. Deresiewicz’s “Excellent Sheep.”

There just isn’t much that such people, young or old, can be made to respond to. International embarrassment, military defeat, humanitarian catastrophe—all these things just bounce off them and stick to you for bringing them up and being overly negative about their rose-colored view of themselves. The only hit they can actually feel is a hit to the pocketbook.

Which brings us all the way back to my first point: “Boo!”
Dmitry Orlov is currently working on a new book that will be out later this year.  Orlov says, “The new book is about communities and what makes them resistant to adverse events such as financial collapse.”  Orlov adds, “The U.S., as a whole, is not resistant to shocks, but some parts of America are.”  You can find Dmitry Orlov at ClubOrlov.com. 

Source: http://www.informationclearinghouse.info

L’Ukraine demande à l’Europe 2 milliards de dollars pour régler son conflit gazier avec la Russie

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  • Gazprom réclame l’Ukraine 3,1 milliards dollars d’impayés finaliser livraison 5 milliards mètre cube gaz

    Gazprom réclame à l’Ukraine les 3,1 milliards de dollars d’impayés pour finaliser la livraison de 5 milliards de mètre cube de gaz – AFP

Les dernières négociations à Bruxelles se déroulent dans un climat difficile.

Hier, le Commissaire européen à l’énergie, Gunther Oettinger espérait bien parvenir à un accord pour régler le conflit gazier entre l’Ukraine et la Russie. Mais tard dans la soirée, les négociations démarrées en début d’après-midi avec les ministres russe Alexander Novak et ukrainien Iouri Prodan se prolongeaient toujours. La semaine dernière pourtant, le président russe Vladimir Poutine et son homologue ukrainien Petro Porochenko avaient annoncé être parvenus à un accord sur l’approvisionnement de l’Ukraine en gaz russe pour cet hiver.

Sous perfusion financière

Hier, on apprenait que l’Ukraine demandait aux Européens un « prêt additionnel de deux milliards de dollars », pour payer ce que lui réclame la Russie d’ici à la fin octobre, afin de reprendre ses livraisons de gaz suspendues en juin. Cette demande « va maintenant être examinée en consultation avec le FMI et les autorités ukrainiennes », annonçait la Commission européenne, pour expliquer les difficultés des négociations. Car un tel prêt doit faire l’objet d’une proposition de la Commission au Parlement européen et au Conseil des Etats membres. « L’Union européenne reste très engagée à soutenir l’Ukraine », a promis un porte-parole de la Commission.

Néanmoins tous les dirigeants ne sont pas sur la même longueur d’onde. La chancelière allemande Angela Merkel a insisté lundi dernier pour que tous les alliés de l’Ukraine l’aident à payer sa dette gazière, alors que le pays vit déjà sous perfusion financière. Mais certains dirigeants comme le premier ministre slovaque Robert Fico sont réticents : «  Parfois, j’ai l’impression que l’Ukraine s’attend à ce que la solution de ses problèmes vienne de tous les pays sauf d’elle-même », répondait-il lundi à Angela Merkel en visite à Bratislava. L’accord intérimaire proposé pour résoudre le conflit doit garantir la reprise des livraisons de gaz russe, interrompues depuis juin dernier et la stabilité de son transit vers les pays de l’Union pendant l’hiver. En échange du paiement de 3,1 milliards de dollars de factures impayées au géant russe Gazprom, dont 2 milliards avant la fin du mois, Gazprom s’engagerait à livrer 5 milliards de mètre cube payable au prix de 385 dollars les 1.000 mètre cube.

Source: lesechos.fr

Le Parlement jugé poreux face aux lobbies

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Joel Cossardeaux 
  • Le Parlement transparent rapport lobbies, membres exonérés règles anti-pantouflage vigeur fonction publique.Le Parlement est un peu plus transparent dans son rapport aux lobbies, mais ses membres sont exonérés des règles anti-pantouflage en vigeur dans la fonction publique. – Sipa

Transparency prône d’étendre l’arsenal anti- « pantouflage » aux parlementaires.

Le verdict rendu par Transparency International France est rude. Les principes sur lesquels tout lobbying bien tempéré doit reposer ne sont tout simplement « pas garantis » en France, estime cette ONG dans un rapport rendu public aujourd’hui. Dans près de trois cas sur quatre, les décisions publiques ne laissent aucune trace sur l’identité des groupes de pression préalablement consultés. Et la puissance publique a d’énormes progrès à faire pour garantir l’intégrité de ses représentants. Dans cette matière, l’ONG accorde à la France un petit « 30 % »… Enfin, les lobbies, selon les intérêts qu’ils représentent, ne sont pas logés à la même enseigne. Cette « équité d’accès » aux sphères publiques nationales ou locales n’est jugée respectée qu’à « 27 % », par Transparency International.

Toutes les institutions investies d’un pouvoir de décision ne sont pas à mettre dans le même sac. En matière de transparence, l’Assemblée et le Sénat sortent un peu du lot avec une note de 33 % (contre 24 % en moyenne). L’adoption, l’an dernier, de plusieurs lois, permet d’y voir plus clair sur l’identité des lobbyistes et le financement de la vie politique. En revanche, dans les autres institutions (collectivités locales, agences…), l’opacité règne en maître sur ce point. Rares sont celles à faire savoir quels intérêts les ont approchées. Un comportement qui leur vaut la note de « 15 % ».

Par contre, s’agissant du « cadre d’intégrité » qui entoure les pouvoirs de leurs dirigeants, la cote de ces institutions monte à « 40 % ». Dans deux cas sur trois, des règles anti- « pantouflage » y ont été édictées pour couper court à tout risque de prise illégale d’intérêt.

Rien de tel à signaler à l’Assemblée et au Sénat où il est possible de naviguer sans restriction entre le public et le privé. Au grand regret de Transparency International, dont le rapport préconise « d’étendre de manière adaptée aux parlementaires » ces bonnes pratiques. Et pas qu’à eux. L’ONG prône d’appliquer aux collaborateurs des députés et sénateurs, les règles de déontologie qui leur incombent depuis peu. En premier lieu, « l’interdiction de recevoir une rémunération ou avantages par des tiers pour des activités de lobbying, de conseil ou de veille parlementaire »

Source: http://www.lesechos.fr

Devenir enseignant : le grand n’importe quoi

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Un cours à l'école supérieure de l'enseignement et du professorat à Amiens.
Un cours à l’école supérieure de l’enseignement et du professorat à Amiens. © Gaël Rivallain/Le Courrier Picard/Maxppp
 Était-il donc écrit qu’un jour je regretterais les défunts IUFM ? Le « pédagogiquement correct » a désormais mieux à proposer : les ESPE, Écoles supérieures du professorat et de l’éducation, dernier legs, avec les rythmes scolaires, de l’ère Peillon.

Rappel des épisodes précédents

Les IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres, institués par la loi Jospin après 1989) fonctionnaient au sein des universités auxquelles ils ont été rattachés en 2004. Ce fut parfois l’objet de frictions considérables, dans la mesure où ces instituts bénéficiaient de crédits (considérables) destinés à la formation des enseignants, et de créations de postes nombreuses, dans des disciplines – Sciences de l’éducation et didactique – qui permettaient de recruter nombre de bras cassés, pendant que d’autres universités, à l’écart de ces temples du pédagogisme triomphant et du Nouveau Vocabulaire orwellien (« apprenants », et non plus « élèves », « séquences » ou « séances » et non plus « cours », la « pensée Meirieu » ayant remplacé la pensée tout court) devaient déjà se débrouiller avec des budgets en peau de chagrin.

Mais enfin, les IUFM n’arrivaient qu’en bout de course, pour faire perdre un peu de temps aux néo-profs en instance de titularisation, après des concours qui se passaient en dehors de leur sphère, même si les lubies des nouveaux pédagogues avaient puissamment contribué à modifier les épreuves. Les stagiaires allaient y perdre leur temps, ce qui n’est pas rien, mais on ne les soumettait pas au chantage immonde auquel se livrent aujourd’hui les ESPE.

Mastérisation et abus de pouvoir

Les nouveaux professeurs des écoles ou des collèges doivent depuis 2008 être titulaires d’un master (d’où le nom de « mastérisation » donné à la réforme). Fort bien : l’idée, admise par tous, était d’élever le niveau, les diplômes ayant subi une érosion considérable. Dans les années 1960, il fallait le bac pour être instituteur. Puis il fallut la licence. Désormais, il faut un master. Dévaluation de fait. Pratiquement, un master actuel a la valeur marchande d’un bac de 1960.

Les étudiants, jusqu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir, passaient donc la licence, s’inscrivaient en M1, passaient le concours et achevaient le M2 durant l’année de stage. Déjà, on avait pris quelques libertés avec la logique. Sauf en Éducation physique et sportive, où il fallait avoir suivi un cursus strictement disciplinaire (c’est-à-dire que seuls les sportifs sont reconnus comme des spécialistes), n’importe quelle licence ouvre à n’importe quel concours de recrutement : on peut se présenter au capes de lettres avec une licence de maths à condition d’être en cours de M1. Et vice versa – mais c’est plus rare…

Arrive alors, avec les ESPE, le master MEEF – Métiers de l’enseignement et de la formation. 50 % de Sciences de l’éducation, de théories pédagogiques fumeuses, de temps perdu et de parlotes inutiles, contre 50 % de formation disciplinaire, assurée en université. Mais, et c’est là le nerf de la guerre, l’allocation versée par l’État est intégralement perçue par l’ESPE, et la fac, sommée de former des étudiants qui pour l’essentiel lui échappent, n’en voit pas la couleur.

Le chantage des ESPE

Ce que l’ESPE ne vous dit pas, c’est que ce master MEEF, lorsque d’aventure vous échouez au concours, ne vous donne absolument rien. Les ESPE ont déjà commencé à fabriquer – et en grand nombre – des « reçus-collés » auxquels il ne reste que leurs yeux pour pleurer. Sans doute le ministère en fera-t-il son vivier de sous-profs bouche-trous. À 9,53 euros de l’heure, comme le proposait encore récemment Pôle emploi.

Plus fort encore. Une fois lauréat du concours, et en attente de leur titularisation l’année suivante à l’issue de leur stage, de nouveaux profs-stagiaires, qui souvent ont déjà leur master dans la discipline qui leur importe, sont pourtant sommés par les ESPE et les directives comminatoires* de Simone Bonnafous, à la tête de la direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle, de s’inscrire en master MEEF, sous peine de ne pas être titularisés : parce que la titularisation des nouveaux enseignants, autrefois assurée par les inspecteurs, a été confiée intégralement aux ayatollahs de la Nouvelle Pédagogie. Passe sous mes fourches caudines ou crève, tel est le message que postent impunément les nouvelles structures totalitaires voulues par Vincent Peillon.

Une pratique illégale

Cela va même au bout de l’horreur et de l’absurde. Les nouveaux agrégés, à en croire des maîtres de conférence en « sciences de l’éducation » qui seraient bien en peine de passer eux-mêmes le même concours, devraient s’astreindre à s’inscrire dans les ESPE où l’on rectifiera leurs savoirs disciplinaires avec une bonne couche de pédagogie rance.

Alors, disons-le tout haut : c’est absolument illégal. À ce que dit le ministère lui-même, n’importe quel master peut donner accès au concours, et rien n’oblige un nouvel enseignant à se plier aux fantaisies des ESPE. Le problème, c’est que l’autonomie des universités, qui a engendré des monstres juridiques un peu partout, donne à ces gauleiters des pouvoirs exorbitants. Bertrand Gaume, directeur de cabinet du ministre, s’est fendu à la mi-septembre d’une lettre de cadrage quelque peu alambiquée d’où il ressort qu’on ne peut pas obliger le titulaire d’un M2 à repasser un master MEEF.

Pratiquement, la titularisation d’un nouveau certifié, qui bénéficie d’un emploi du temps allégé (9 heures) durant l’année de stage pour suivre les cours indispensables de l’ESPE, dépend de l’avis conjoint du chef d’établissement et du directeur de l’ESPE, la décision finale revenant au recteur. Alors, amis néo-titulaires, en vérité je vous le dis : aucun recteur ne prendra le risque, si vous avez eu la patience d’être assidu aux cours de pédagogie, d’être traîné devant le tribunal administratif, que vous soyez ou non titulaire d’un master MEEF. Les ESPE se livrent à un bluff énorme, dont l’unique objet est l’argent – la quote-part versée par l’État pour la formation. Dans le même esprit, les ESPE proposent une foule de formations diverses et continues, tous azimuts, de façon à collecter la part la plus importante possible du magot.

Passez donc le master que vous voulez, en n’oubliant pas qu’on fait cours et qu’on tient, face aux élèves, avec du savoir, et pas avec des pratiques pédagogiques.

Qui est responsable ?

Dernier point. Ce micmac n’a été possible que dans le cadre d’une atomisation régionale des responsabilités. Tout le problème vient de la discordance entre des concours régionalisés (celui des professeurs des écoles), des concours nationaux (le capes ou l’agrégation) et les instincts darwiniens de potentats locaux.

Les adeptes de la régionalisation à outrance feraient bien d’y réfléchir : donner du pouvoir au bout de la chaîne, c’est à coup sûr promouvoir de grandes incompétences. Les ESPE utilisent des chargés de cours honorables, mais leurs titulaires se sont cooptés les uns les autres – les minables parlent aux minables. Vivement un retour à un ministère fort, qui imposera des vues uniques sur toute la France, au lieu de cet éparpillement régional qui permet à de vilains appétits d’agir en toute impunité.

Source:lepoint.fr

Éducation nationale : le zéro pointé du Conseil d’État

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Vincent Lambert: le scenarios possibles avant la décision du Conseil d’Etat – 24/06 - YouTube thumbnail

Deux décisions annulées ou suspendues, cela paraît un incroyable amateurisme juridique. Mais est-ce vraiment de l’amateurisme ou une volonté d’imposer ses règles à l’encontre du droit ?

Mercredi dernier, le Conseil d’État a annulé deux décisions du ministère de l’Éducation nationale (MEN). La première concerne la circulaire de Vincent Peillon, de 2013, qui incitait les recteurs à faire la promotion de la fameuse « Ligne Azur » prétendant informer les jeunes s’interrogeant sur leur « identité sexuelle ». Les motivations de la décision sont particulièrement édifiantes. Le Conseil d’État reproche au MEN de ne pas avoir vérifié la neutralité du site.

Il relève que le site « présentait l’usage de drogues comme “susceptible de faire tomber les inhibitions” et comme “purement” associé à des moments festifs » sans mentionner l’illégalité de cette pratique, définissait la pédophilie comme une « attirance sexuelle pour les enfants » sans faire état du caractère pénalement répréhensible des atteintes ou agressions sur mineurs, et renvoyait à une brochure, intitulée « Tomber la culotte », qui incitait à pratiquer l’insémination artificielle selon des modalités interdites par l’article 511-12 du Code pénal. »

Un ministre incitait donc nos enfants à consulter un site préconisant des pratiques illégales ! On aurait pu penser que le ministre actuel ferait profil bas sur l’affaire. Que nenni ! Madame Vallaud-Belckacem, dans un communiqué, souligne que le Conseil d’État reconnaît la légitimité pour le MEN de lutter contre les discriminations (ce que personne ne contestait) et maintient la coopération du ministère avec l’association coupable du site incriminé. Elle confirme ainsi que son administration n’a pas été trompée mais qu’elle veut inculquer aux enfants une représentation « particulière » de la sexualité. On n’est plus dans la lutte contre l’homophobie.

La deuxième décision recalant le MEN concerne la suppression de la bourse au mérite. On se souvient qu’après avoir reculé l’année dernière, le gouvernement a supprimé le bonus que touchaient les bacheliers de familles modestes qui avaient obtenu la mention « très bien » au baccalauréat. Saisi par des étudiants lésés, le Conseil d’État a suspendu l’application de la mesure, jugeant qu’il y a des doutes sérieux sur la légalité de la circulaire en question. Il se prononcera sur le fond plus tard, mais une telle décision en référé augure mal de la suite pour le MEN. On ne pourra que se réjouir de la sauvegarde, au moins temporaire, d’une mesure qui récompense les meilleurs élèves, à l’encontre de la médiocrité générale que semble prôner le ministère.

Deux décisions annulées ou suspendues, cela paraît un incroyable amateurisme juridique. Mais est-ce vraiment de l’amateurisme ou une volonté d’imposer ses règles à l’encontre du droit ? Le communiqué du ministre semble accréditer cette dernière hypothèse. Le MEN est devenu tellement obèse, déconnecté de la réalité et surtout imprégné dans ses hautes sphères d’une idéologie prométhéenne qu’il semble avoir perdu de vue sa mission première – la transmission du savoir – pour ne plus se préoccuper que de façonner les élèves pour qu’ils se conforment à cette idéologie.

Source: http://www.bvoltaire.fr

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