Nucléaire : les dangers de l’écologisme et du capitalisme vert

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L’Autorité de sûreté nucléaire vient d’acter la prolongation d’activité des plus vieux réacteurs de dix ans. Le nucléaire fait toujours plus polémique, attaqué par certains écologistes, ce que ne supportent plus le biochimiste Bernard Durand, co-auteur de l’ouvrage La trahison des clercs. L’éolien et le solaire photovoltaïque en Europe.

Nucléaire : les dangers de l’écologisme et du capitalisme vert (Partie 1)

Dans votre livre, une grande partie de l’analyse est consacrée à l’éolien et à la puissance de cette industrie. Qui sont ces promoteurs éoliens et comment explique-t-on qu’ils soient aussi influents dans le débat public ? A quel point l’Ademe est-elle anti-nucléaire ?

Bernard Durand : A la racine du mal se trouve la décision des dirigeants européens. Sous la pression des mouvements « écologistes », très puissants en Allemagne, pays qui contrôle étroitement la Commission, et le Parlement européen. En particulier depuis le départ du Royaume-Uni, ils ont favorisé le développement de l’éolien, et du solaire photovoltaïque en leur accordant un régime dérogatoire de la « concurrence libre et non faussée », qui était jusqu’à présent leur philosophie assumée et qui reste imposée aux formes d’énergies concurrentes.

FP : Comment l’UE a-t-elle favorisé l’éolien et le solaire photovoltaïque ?

BD : Grâce à la loi, ils ont bénéficié de privilèges exorbitants : des subventions financées par des taxes, en particulier sur la consommation d’électricité ou, en France, des taxes sur les carburants pour rendre moins visibles les conséquences de ces subventions sur le prix de l’électricité pour les ménages. Elle s’est traduite par des augmentations de l’ordre de 100 % en Allemagne depuis 2000, et déjà 50 % en France depuis 2009. Autre privilège, l’obligation d’achat de l’électricité produite, en France par Electricité de France (EDF), imposant que toute la production éolienne et solaire PV soit écoulée avant de pouvoir vendre celle produite par d’autres sources, principalement nucléaires en France. Enfin, des tarifs d’achat aux producteurs fixés par contrat pour des durées de 15 à 20 ans.

FP : Concrètement, quels effets ont eu ces décisions ?

BD : Ces privilèges ont conduit à une augmentation très rapide des prix de l’électricité pour les ménages, très dommageables à ceux déjà en état de précarité énergétique. Mais également à une insécurité croissante de la production d’électricité, en France comme partout en Europe. Cette dernière qui a aussi imposé à échéance des quotas d’énergies renouvelables dans les mix énergétiques européens, éolien et solaire photovoltaïque, au prétexte fallacieux de lutter contre le changement climatique.

FP : Quel est le problème posé ?

BD : L’UE a décrété quels étaient les moyens à utiliser pour lutter contre le changement climatique. Il aurait dû imposer des objectifs de diminution des émissions de CO2, en laissant aux Etats la liberté des moyens pour y parvenir.

FP : Vous pointez du doigt le capitalisme de vert. En quoi consiste-il ?

BD : Le développement de l’éolien et du solaire a bénéficié de généreux retours sur investissements et une grande sécurité, puisqu’ils sont garantis par des contrats de longue durée et financés par des taxes prélevées sur des produits de première nécessité. Bien entendu, tout le gratin de la finance internationale s’est rué sur cet eldorado, avec toutes les techniques de manipulation boursière et de dissimulation des bénéfices qu’on lui connaît.

FP : Vous évoquez également le lobbying de ce capitalisme vert…Quelle est l’ampleur de cette influence ?

BD : Les énormes profits dégagés par ce capitalisme vert ont permis à cette finance internationale d’influencer les « décideurs » à tous les niveaux, parfois sous forme de corruption directe. Mais surtout, il agit sur eux et sur l’opinion via une manipulation médiatique permanente. Ce capitalisme vert cherche à nous faire croire que l’éolien et le solaire photovoltaïque sont « la solution » à nos problèmes énergétiques et climatiques, ce qui est faux. L’écologisme crée dans l’opinion une bien-pensance écologique pour annihiler toute volonté de réflexion. La sphère publique européenne est donc maintenant imprégnée de haut en bas, aussi bien philosophiquement que financièrement, par cette alliance entre l’écologisme et le capitalisme vert. Ironiquement, les mouvements politiques qui soutiennent le plus cette alliance sont des mouvements de gauche qui se disent soucieux du bien public. Certains sont violemment anticapitalistes, au moins oralement.

FP : Comment explique-t-on que l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) soit à ce point pro-énergies renouvelables ?

BD : Dans le domaine de l’énergie, il y avait bien d’autres acteurs institutionnels beaucoup plus importants, notamment pour le pétrole et le gaz (l’IFP et l’IFPEN), le nucléaire (le CEA) et l’hydraulique (EDF). L’ADEME a donc pris ce qui restait à prendre, à savoir l’éolien et le solaire photovoltaïque. Mais elle n’a pas été créée seulement dans un but d’acquisition et de mise à disposition de connaissances scientifiques et techniques, ce qui est le travail attendu d’une agence d’Etat. Elle l’a aussi été pour jouer un rôle politique au service de la mouvance écologique. Il suffit de regarder la liste de ses présidents, tous issus de cette mouvance. Elle ne pouvait donc échapper à l’anti-nucléarisme idéologique qui la caractérise.

FP : Comment se manifeste ce parti-pris ?

BD : Ce rôle politique est évident quand on voit ses publications sur le thème «100 % d’électricité renouvelables en 2050 c’est possible et çà nous coûtera moins cher que le nucléaire ». Il s’agit de faire un gros rapport dont seul des spécialistes peuvent comprendre le détail, et d’en diffuser un titre qui n’en reflète pas réellement le contenu. D’autant qu’à sa lecture, on constate qu’il dit en fait : « ce serait possible si tout un ensemble de conditions sont réunies, mais dont on a aucune garantie qu’elles pourront l’être un jour »

FP : Ce qui pose problème ?

BD : Oui, car la plus contraignante de ces conditions est l’impossibilité de pouvoir garantir que l’on saura un jour créer les énormes stockages d’électricité pouvant jouer le rôle des centrales pilotables, nucléaires ou à combustibles fossiles. Alors que ce sont celles-ci qui rendent possible actuellement l’utilisation de l’éolien et du solaire photovoltaïque. Ensuite, il y a aussi la faible densité énergétique de ces énergies, qui conduisent à l’occupation de surfaces considérables rendues ainsi inhabitables, comme on le voit déjà à l‘invasion de nos territoires ruraux par des machines géantes.

FP : Quel est alors le but de ces rapports ?

BD : Leur titre est destiné à être diffusé par les médias et brandi par nos ministres de l’environnement qui ne le liront même pas. Il s’agit donc d’un acte politique instrumentalisant des scientifiques, lesquels ont en réalité simplement exploré le champ des possibles, identifié les conditions à remplir et n’ont pas apporté pour autant leur caution. Ces rapports sont rédigés par des économistes, qui n’ont que des connaissances superficielles dans les domaines scientifiques impliqués et qui pensent que tout est possible si l’on dispose des capitaux nécessaires.

FP : L’ADEME est-elle la seule à procéder de la sorte ?

BD : Non, ce procédé vient d’être récemment utilisé par le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE) qui lui aussi a été, jusqu’il y a peu, présidé par un politique issu de la mouvance écologiste. Puis également par le Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement (CIRED), qui en est très proche. Cette instrumentalisation croissante des scientifiques par la politique est un phénomène très inquiétant car les politiques ont de plus en plus rarement les compétences scientifiques adéquates pour comprendre de quoi il retourne.

FP : Quelles peuvent être les conséquences ?

BD : Cela peut conduire tout droit à ce qu’on appelle le « lyssenkisme ».Lyssenko était un médiocre agronome soviétique qui a réussi, en flattant Staline, à le persuader de l’excellence de ses méthodes pour augmenter considérablement les rendements de l’agriculture en Union soviétique. Il a donc réussi à vendre du rêve à un dictateur qui n’y connaissait rien. Cette proximité du pouvoir lui a permis de contraindre ses collègues par la ruse, la propagande, la mobilisation des foules, l’instrumentalisation de la justice et par la violence, à adopter ses méthodes. Le résultat final a été un désastre de l’agriculture soviétique.

FP : Comparaison est-elle raison ?

BD : Nous n’en sommes pas encore là mais les méthodes de l’écologisme, en particulier pour contraindre à ses vues les politiques énergétiques mais aussi agricoles en France et en Europe ressemblent déjà beaucoup à celles du lyssenkisme. Négation de faits scientifiquement avérés, recherche de la proximité du pouvoir, manipulation de l’opinion par la propagande médiatique, mobilisation des foules, instrumentalisation de la justice et même actions violentes sont utilisées.

FP : Y-a-t-il des adversaires de ce nouveau « lyssenkisme » ?

BD : Heureusement, ils existent. Ce sont des associations de scientifiques qui ne dépendent pas, ou plus, pour leur carrière, du pouvoir ou de leurs directions. Ils commencent à regagner le terrain perdu car leur parole est de plus en plus diffusée par les réseaux sociaux, mais aussi par les médias, pour l’instant encore « périphériques », comme Front Populaire.

FP : Dans votre ouvrage vous égratignez également le Royaume-Uni. Pourquoi donc ?

BD : Nous ne fustigeons pas vraiment le modèle anglais, qui a ses mérites, en particulier grâce au remplacement du charbon par du gaz, moins émetteur de CO2, pour la production d’électricité. Mais nous faisons observer que la situation du Royaume-Uni n’est en rien comparable à la nôtre. Le charbon alors très abondant y a été le moteur de la Révolution Industrielle dès le milieu du 18 siècle.

FP : Qu’est-ce qui l’a motivé à abandonner le charbon ?

BD : Après la première guerre mondiale, il s’est rapidement raréfié et est devenu de plus en plus difficile à extraire, au point qu’il n’existe plus guère d’exploitations aujourd’hui. Il a été remplacé grâce à la découverte de copieuses réserves de pétrole et de gaz en Mer du Nord, qui sont à leur tour en voie d’épuisement. Les dirigeants britanniques sortent actuellement d’une longue période d’insouciance, au cours de laquelle ils ont laissé péricliter leur industrie nucléaire, qui, de toutes façons ne représentait que 20 % de leur électricité.

FP : Où en sont-ils aujourd’hui ?

BD : Ils se sont enfin réveillés et fait ce qu’il y avait de plus rapide à faire pour produire suffisamment d’électricité dans ce contexte. D’abord via l’éolien terrestre, puis quand les riverains ont trop râlé, via l’éolien en mer, associés à des centrales à gaz. Ils ont aussi instauré une taxe carbone qui a favorisé le gaz au détriment du charbon importé. Enfin, ils importent une bonne part de leur consommation d’électricité d’autres pays, en premier lieu de France. Mais tout cela a coûté très cher, d’où l’augmentation rapide du prix de l’électricité pour les ménages. Ils viennent d’avoir la sagesse de relancer le nucléaire. Toutefois cette relance ne portera pas suffisamment de fruits avant 40 ans.

FP : La France, qui dispose d’un espace côtier important, ne pourrait-elle pas s’inspirer de ce que font nos voisins anglais et investir massivement dans l’éolien marin ?

BD : Les Français disposent déjà de l’outil nucléaire que les Anglais aimeraient tant avoir et n’ont nul besoin de cette débauche d’éolien, de solaire photovoltaïque et de gaz associé. L’éolien en mer, comme l’éolien à terre, n’a donc pas d’utilité en France. Il ne peut pas remplacer le nucléaire, dont toute la puissance doit être conservée pour faire face à l’incessante variabilité de la puissance qu’il fournit, ainsi qu’à l’absence de vent. L’éolien en mer n’a en réalité d’autre intérêt que de mettre la poussière sous le tapis, ce qui arrange les politiques qui craignent les réactions croissantes des riverains de l’éolien terrestre.

FP : L’éolien en mer n’est-il pas plus intéressant que le terrestre ? Moins polluant visuellement et disposant d’une profusion de vent pour l’alimenter ?

BD : Il est économiquement encore moins intéressant que l’éolien terrestre qui ne l’est toujours pas, malgré des progrès rapides. Par TWh d’électricité produite sur sa durée de vie, il est énormément plus coûteux en investissements, en quantités de matières premières (et donc en quantités de déchets de démantèlement) et en espace occupé, que le nucléaire. Mais il est moins capitalistique que celui-ci, car les réacteurs nucléaires actuels ont des puissances considérables qui nécessitent de très gros investissements de départ. L’éolien marin, lui, peut être mis en œuvre plus rapidement. Cela sera beaucoup moins le cas si se développent les réacteurs nucléaires appelés Small Modular Reactors (SMR), qui en sont déjà au stade du pilote industriel.

FP : Pourtant, les Français continuent d’investir dans ces technologies…

BD : Il est évident que le développement de l’éolien et du solaire photovoltaïque ne devrait plus être prioritaire dans notre pays. Ces électricités, certes peu émettrices, n’ont aucune action significative sur les émissions de CO2. Elles ne font que remplacer d’autres sources d’électricité encore moins émettrices, à savoir le nucléaire et l’hydroélectricité. Barbara Pompili est accusée pour inaction climatique par les écologistes dans « l’Affaire du siècle ». Ils lui reprochent notamment son « retard » dans le développement éolien en France. Il est savoureux de la voir se défendre en affirmant que ce dernier n’a pas de rapport avec les émissions de CO2.

Front Populaire