Les juifs qui votent démocrate manquent de loyauté ou de connaissances, clame Trump

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Le président Donald Trump

Les juifs qui votent pour les démocrates manquent de loyauté ou de connaissances, affirme le président Trump. Photo : Reuters / Kevin Lamarque

 

 

Radio-Canada

Les critiques du président Trump à l’endroit des juifs qui soutiennent les démocrates ont suscité un tollé de la part d’organisations représentant des Américains de religion juive.

Après avoir attaqué deux représentantes démocrates, Ilhan Omar et Rashida Tlaib, la semaine dernière, Donald Trump en a remis, mardi.

Où est passé le Parti démocrate? Où est-il passé pour qu’ils défendent ces deux personnes au lieu de l’État d’Israël? a-t-il lancé aux journalistes réunis dans le Bureau ovale.

Je pense que toute personne juive qui vote pour un démocrate, je pense que cela montre soit une absence totale de connaissance ou un grand manque de loyauté.

Donald Trump

La semaine dernière, Israël a fermé ses portes aux deux représentantes – les deux premières élues musulmanes du Congrès – après un tweet du président Trump pressant son allié de leur interdire l’accès au pays. Israël démontrerait une grande faiblesse s’il autorisait ces deux élues qui détestent Israël et tout le peuple juif, avait écrit Donald Trump.

Les autorités israéliennes avaient expliqué leur décision par le fait qu’Ilhan Omar et Rashida Tlaib soutenaient la campagne de boycottage visant leur pays en signe de protestation contre l’occupation des Territoires palestiniens.

Elles ont ensuite décidé de laisser Mme Tlaib, première élue d’origine palestinienne, visiter sa grand-mère en Cisjordanie, où ont grandi ses deux parents.

Lundi, elle a expliqué, peinant à retenir ses larmes, pourquoi elle avait décliné l’offre, dénonçant les conditions qui lui étaient imposées par les autorités israéliennes. Ilhan Omar a pour sa part estimé que les États-Unis devraient reconsidérer leur aide à un pays qui interdit l’accès à deux élues américaines.

Photomontage de Rashida Tlaib et Ilhan Omar, toutes deux souriantes.

Rashida Tlaib et Ilhan Omar sont souvent attaquées par le président Trump. Photo : Reuters / Rebecca Cook/Brian Snyder

Interrogé sur les propos de Mme Omar, Donald Trump a affirmé qu’elle était un désastre pour les juifs. Critiquant au passage Rashida Tlaib, qu’il a qualifiée de violente, vicieuse et hors de contrôle, il l’a accusée d’avoir versé des larmes de crocodile.

Membres de l’aile gauche du Parti démocrate américain, Mmes Tlaib et Omar sont souvent prises pour cibles par le président, lors de rassemblements partisans ou sur Twitter. Le mois dernier, il les a appelées, elles ainsi que leurs collègues Alexandria Ocasio-Cortez et Ayanna Pressley, à « retourner » d’où elles venaient. Seule Ilhan Omar est née à l’extérieur des États-Unis.

Des propos critiqués

Des organisations juives ont rapidement dénoncé les propos du président républicain.

Il s’agit d’un autre exemple de la politisation de l’antisémitisme par Donald Trump, a déclaré la directrice exécutive du Jewish Democratic Council of America, Halie Soifer, attribuant la hausse du nombre d’incidents antisémites à sa rhétorique faisant écho au nationalisme blanc.

Il n’est « pas surprenant que les attaques racistes et malhonnêtes du président à l’endroit des femmes progressistes de couleur au Congrès se soient maintenant transformées en calomnies contre les juifs », a affirmé Logan Bayroff, du groupe libéral pro-israélien J Street.

Il est dangereux et honteux que le président Trump attaque la majeure partie de la communauté américaine de religion juive comme n’étant pas intelligente et loyale, a-t-il ajouté.

Plusieurs groupes ont d’ailleurs souligné que les juifs s’étaient longtemps fait accuser de déloyauté, y compris dans l’Europe des années 1930, dénonçant le danger de ce genre de propos. De telles accusations ont au fil des siècles conduit à l’assassinat, à l’emprisonnement et à la torture de juifs, a par exemple déploré la Democratic Majority for Israel.

La Republican Jewish Coalition a cependant défendu le président, arguant que les personnes qui appuyaient un parti qui protège les gens qui vous détestent en raison de votre religion étaient déloyales envers elles-mêmes.

Traditionnellement, les juifs sont plus enclins à voter pour les démocrates, une tendance confirmée par les sondages récents.

Selon un sondage fait pour Associated Press, 72 % des électeurs juifs ont soutenu les candidats démocrates lors des élections de mi-mandat de 2018. En outre, 74 % ont dit qu’ils désapprouvaient la façon dont Trump gérait sa présidence.

Un sondage du Pew Research Center réalisé en avril révélait que 42 % des Juifs américains estimaient que le président favorisait trop les Israéliens, 6 % pensaient qu’il favorisait trop les Palestiniens et 4  % qu’il trouvait un juste équilibre. Ironiquement, les juifs étaient plus nombreux que les chrétiens à dire que Trump favorisait trop les Israéliens; seulement 26 % des chrétiens étaient d’accord avec cette affirmation.

Un parti pris pour Israël

En décembre 2017, les États-Unis ont rompu avec près de sept décennies de diplomatie américaine et internationale en reconnaissant unilatéralement Jérusalem comme capitale d’Israël, au grand dam notamment des dirigeants palestiniens. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, avait alors gelé les relations avec l’administration Trump.

Les États-Unis avaient inauguré leur ambassade à Jérusalem, auparavant à Tel-Aviv, cinq mois plus tard dans un climat tendu. Selon le ministère de la Santé de Gaza, l’armée israélienne avait tué 58 Palestiniens dans la bande de Gaza au cours de manifestations monstres dénonçant cette décision.

Le gouvernement américain a également cessé son aide financière à l’Autorité palestinienne, ainsi que ses contributions à l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA).

Le président a aussi plaidé en faveur d’une reconnaissance américaine du Golan, conquis, puis annexé par Israël, comme territoire israélien.

En début d’année, les États-Unis ont fermé leur consulat général à Jérusalem, qui faisait office d’ambassade de fait auprès des Palestiniens. Il a été absorbé par l’ambassade américaine. Les États-Unis sont ainsi devenus l’une des seules grandes puissances à ne pas avoir de représentation diplomatique consacrée spécifiquement aux Palestiniens.

Avec les informations de Associated Press