Étiquettes

, , , , , , ,

Pamella Geller. (Reuters)

Pamella Geller. (Reuters)

Violemment islamophobe, l’activiste Pamela Geller était à l’origine du «concours de caricatures de Mahomet» qui se déroulait ce dimanche au Texas et qui a été pris pour cible par des terroristes

C’est d’abord son bikini qui l’a rendue célèbre. «Ceci est mon tchador, ma burka», disait-elle, batifolant dans une eau suffisamment transparente pour laisser voir une large partie de son anatomie. Son message politique venait ensuite, entre deux badinages: Pamela Geller raillait tous ceux qui font encore des distinguos entre les groupes islamistes radicaux et l’ensemble de la population musulmane. L’islam, selon elle, est par essence bien plus qu’une religion. C’est une idéologie extrémiste ou, plus précisément, «l’idéologie la plus radicale et extrême à exister sur la face de la terre». D’ailleurs, elle préfère l’appeler l’«islamo-fascisme».

Simple symptôme de l’islamophobie qui progresse aujourd’hui dans une part des Etats-Unis? Ou est-elle, au contraire, l’un de ses principaux fers de lance? C’est Pamela Geller qui était à l’origine du «concours de caricatures de Mahomet» qui se déroulait ce dimanche à Dallas. Agée de 56 ans, cette blogueuse et son bikini n’en sont pas à leur coup d’essai. Ce sont, assure-t-elle, les attentats du 11 septembre 2001 qui l’ont convaincue de se jeter à l’eau. Son succès a été immédiat, prouvé par le nombre de vues qui accompagne ses vidéos sur Internet. Il ne s’est plus démenti: en 2010, cette ancienne responsable marketing d’un tabloïd new-yorkais devenait un emblème. C’est autour d’elle qu’ont fini par se réunir tous ceux qui protestaient contre la construction d’une mosquée sur le site de «Ground Zero», là où se dressaient auparavant les Tours jumelles.

Discours incohérent

Une mosquée? A Ground Zero? Il s’agissait en réalité d’un projet de centre culturel musulman dans le sud de Manhattan. Mais cette activiste, dont le discours prend parfois l’aspect d’un chaos incohérent, ne s’encombre pas de détails. Invitée sur les plateaux des chaînes conservatrices, elle «dévoile» les desseins cachés de «Hussein» (pour le président Barack Hussein Obama), qui cherche, lui aussi, à «faire triompher le djihad». Elle a repris à son compte la thèse (démentie mille fois par la Maison-Blanche) selon laquelle le passeport américain de ce même président Obama serait un faux. Ces affirmations loufoques n’empêchent pas la blogueuse d’occuper désormais une place de choix dans la galaxie qui regroupe aux Etats-Unis à la fois le mouvement du Tea Party et les courants néo-conservateurs. Dans sa croisade, elle a récolté des soutiens de poids. John Bolton, l’ancien ambassadeur américain auprès de l’ONU, a préfacé l’un de ses brûlots anti-musulmans. Newt Gingrich, l’ex-président républicain de la chambre des représentants, n’a pas manqué une occasion de dire le bien qu’il pensait d’elle. Les télévisions conservatrices continuent de se disputer ses analyses, non seulement sur la «dérive gauchiste» des Etats-Unis mais aussi sur les convulsions qui agitent le monde arabe.

De fait, la blogueuse extrémiste, qui vit dans les beaux quartiers de l’Upper East Side de New York, associe volontiers sa lutte contre l’islam à la défense d’Israël. Elle prend comme guides les colons israéliens installés dans les territoires palestiniens. Quant au Dôme du Rocher qui trône à Jérusalem, elle voudrait le voir «déplacé», afin de dégager pour de bon le Mont du temple. Elle a aussi exprimé à de nombreuses reprises son admiration pour le défunt président serbe Slobodan Milosevic, accusé à La Haye de crimes contre l’humanité et de génocide.

Campagne dans le métro

Ces dernières années, l’association de Pamela Geller – «Stop à l’islamisation de l’Amérique» – a financé, à coups de centaines de milliers de dollars, des campagnes «d’information» dans plusieurs villes américaines. La menace de «l’islamisation» ne s’est pas encore traduite dans les chiffres aux Etats-Unis: selon le dernier recensement du Pew Research Center, les Musulmans représentent 0,8% de l’ensemble de la population. Mais dans le métro de New York, une affiche faisait l’amalgame entre le «djihad», le Hamas palestinien et… le Conseil des relations américano – musulmanes (Cair), une organisation qui défend les droits civiques des musulmans à Washington, dans la plus pure tradition des Etats-Unis.

«Ces campagnes sont outrancières, incendiaires et fausses. Elles n’ont pas leur place à New York, ni nulle part ailleurs», jugeait le maire de la ville Bill de Blasio. Pour tenter de mettre fin aux polémiques, les transports publics de New York ont pris une décision radicale la semaine dernière: ils interdiront désormais toute publicité politique, quel que soit son message. Immédiatement, Pamela Geller et ses acolytes sont montés au créneau: quelle meilleure preuve de l’avancée de l’islam que cette manière de «jeter aux ordures» le premier amendement américain qui garantit la liberté d’expression?

http://www.letemps.ch/