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Par Alexandre Devecchio

FIGAROVOX/ENTRETIEN – A quelques mois du lancement de la primaire à droite, David Desgouilles déplore l’absence d’un candidat gaulliste. L’hypothèse Henri Guaino pourrait-elle être crédible ?


David Desgouilles est chroniqueur politique. 


A quelques mois du lancement de la primaire à droite, la question de la réduction des déficits est au centre des débats et tous les candidats sont sur une même ligne pro-européenne d’alignement avec l’Allemagne. Que cela vous inspire-t-il?

David DESGOUILLES. – On est en effet entré dans une course à l’échalote libérale entre les différents candidats à la primaire. C’est à celui qui fera le plus de centaines de milliards d’économies et supprimera le plus de postes de fonctionnaires. Il semble que cela soit François Fillon qui mène cette course vers le libéralisme économique ; on a parlé à son propos de «choc thatchérien», mais cela ressemble davantage -vous avez entièrement raison de parler d’alignement sur l’Allemagne – de choc «Merkel-Schäuble». Cela se traduit de la même manière sur la question du droit du travail puisque le projet de loi El Khomri tel qu’il a été amendé est bien en-deçà des propositions des différents candidats à la primaire en matière de libéralisation, notamment sur la question du temps de travail.

Sur l’Europe, si l’on excepte Alain Juppé qui n’a pas l’européisme honteux, les candidats sentent bien que le thème n’a pas le vent en poupe et ont ajouté un très léger vernis eurosceptique à leur discours, lequel peine malgré tout à masquer l’alignement sur les desiderata de Bruxelles et Berlin.

Le 16 mai 2016, Julien Aubert et Lionnel Luca ont publié une tribune dans L’Opinion intitulée: «Pour un candidat qui dit Non». «Il manque un courant de pensée à l’appel [de la primaire], même si chacun des candidats aime se revendiquer comme gaulliste: la droite patriote, jacobine, sociale et eurocritique, héritière du gaullisme de 1958», écrivent-ils. Partagez-vous leur opinion?

Ces deux députés ont en effet bien des raisons de se sentir orphelins. Si j’ai bien compté, on ne recense que deux candidats à avoir dit Non au référendum de 2005. Il s’agit de Jacques Myard, qui a peu de chances d’obtenir les parrainages nécessaires, et Jean-Frédéric Poisson qui doit sa candidature au fait qu’il est président du parti chrétien-démocrate, c’est à dire une personnalité qui ne se situe pas dans la tradition gaulliste de Julien Aubert et Lionnel Luca. Philippe Séguin et Charles Pasqua, qui incarnaient le Non dans les années quatre-vingt-dix, sont décédés et Nicolas Dupont-Aignan a préféré larguer les amarres en 2007. Dans la mesure où ces deux parlementaires souhaitent continuer à se battre à l’intérieur d’un grand parti, et ne pas adhérer à DLF, ils ne peuvent que déplorer l’absence d’un leader d’envergure de leur tradition politique dans cette primaire.

Le principe même de la primaire n’est-il pas anti-gaulliste?

Dans l’absolu, c’est incontestable. Mais aujourd’hui, elle est organisée et elle aura lieu. Dans les années 1970, les gaullistes ont combattu l’initiative de Giscard de désigner les députés européens par des élections au suffrage direct (auparavant, ils étaient choisis parmi les députés nationaux). Cela contrevenait à leur conception de l’Europe des Etats. Ils ont bien été obligés d’y présenter des candidats aux élections européennes, et cela dès 1979.

Le courant gaulliste existe-t-il encore au sein des Républicains? N’a-t-il pas disparu avec la fin du RPR et la création de l’UMP?

Dans les premiers temps de l’UMP, le RPF de Charles Pasqua et Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan (qui n’était alors qu’un club) avaient intégré l’UMP. Mais l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy a eu l’effet d’un karcher, à tel point qu’on se demande si ce célèbre outil de nettoyage n’a pas servi exclusivement à ce travail. J’ajoute que le courant «les gaullistes» étaient ces dernières années dirigé par Michèle Alliot-Marie, qui a voté tous les traités européens et collait à la ligne Chirac-Juppé. On peut comprendre que son éventuelle candidature ne motive pas vraiment des députés comme Aubert et Luca.

Qui pourrait l’incarner à droite?

Si l’on excepte la candidature de Nicolas Dupont-Aignan, qui progresse dans les études d’opinion, et que l’on se concentre sur la primaire, compétition qui pourrait bien désigner le prochain vainqueur de l’élection présidentielle, un seul nom pourrait vraiment incarner cette tradition politique: Henri Guaino. Il était de tous les combats de Séguin et Pasqua et, après avoir tenté d’influencer les discours et les actes de Nicolas Sarkozy, il

est vraiment le seul à avoir une voix qui porte pour contester la ligne économique ordo-libérale et les positions européennes de son parti. Il ne s’en prive d’ailleurs pas depuis quelques mois en des termes très vifs. Il a aussi récemment confié sur iTélé qu’il avait renoncé à «être le souffleur» de qui que ce soit, c’est à dire en premier lieu de Nicolas Sarkozy pour lequel il a écrit de nombreux discours. Il n’écarte plus la possibilité d’être candidat lui-même à la primaire pour «faire bouger les lignes». Je ne serais pas outre-mesure étonné que cette candidature soit annoncée dans les prochains jours. Il y a un véritable espace politique à prendre ; Henri Guaino constituerait une une offre politique complètement différente de Sarkozy, Juppé, Le Maire, Fillon et Copé. Le problème, c’est le système de parrainages qui semble encore plus contraignant pour la primaire que pour l’élection présidentielle elle-même! Je vous avoue que je rêve de cette candidature. Lui ne fera pas de marketing électoral, ni de com’ a deux balles sur Twitter. Dans les débats, il n’aura aucune langue de bois et apportera une fraîcheur qui manque à cette compétition d’égos. Il fera de la Politique, de la vraie. Sa candidature est la meilleure chose qui pourrait arriver à cette primaire.

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