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Par Alexis Feertchak

 Le Cercle Necker a passé au crible le programme économique du candidat d’En Marche. Pour ce groupe de hauts fonctionnaires, le compte n’y est pas.

Un timide compromis entre la gauche et la droite. C’est le constat établi par un groupe de hauts fonctionnaires sur le programme économique d’Emmanuel Macron. Réunis sous la bannière du Cercle Necker, ces spécialistes de la politique économique vilipendent une «macronomie» qu’ils ne jugent ni sociale, ni libérale. En voulant satisfaire la droite de la gauche et la gauche de la droite, Emmanuel Macron livrerait un programme fort peu ambitieux qui risque de n’être qu’une continuation du hollandisme, poursuivent-ils.

Le Cercle Necker va plus loin. «Le programme d’Emmanuel Macron, c’est la France maintenue dans son déficit et le creusement de son stock de dette. Le candidat du compromis soi-disant social-libéral fait, comme ses prédécesseurs, le pari du temps. Il espère naïvement que les marchés lui laisseront éternellement du répit. Le courage politique attendra. Tout comme le retour de la France à la prospérité et au progrès social». Leurs arguments dans le détail.

● Programme économique: «Derrière une présentation avantageuse, aucun changement d’orientation»

Pour soutenir l’économie, Emmanuel Macron souhaite baisser le niveau des prélèvements obligatoires. «Nous baisserons les taxes, les cotisations et les impôts à hauteur de 20 milliards d’euros par an à la fin du quinquennat», déclare le leader d’En Marche.

Pour le cercle Necker, «ce programme repose sur un profond malentendu» masqué «derrière une présentation habile et avantageuse» car, sur le fond, «il ne laisse espérer aucun changement d’orientation» par rapport au quinquennat en cours. Emmanuel Macron risquerait «d’entretenir la France dans sa dépendance à la dépense publique et au maintien des rentes». Et de conclure: «Il ne peut satisfaire ni les électeurs de sensibilité libérale, ni ceux qui ont à cœur la justice sociale».

● Fiscalité des entreprises: «Une baisse à dose homéopathique»

Emmanuel Macron souhaite que l’impôt sur les sociétés passe de 33,3% à 25% pour rejoindre la moyenne européenne. Le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) serait transformé en allègement pérenne de cotisations pour les entreprises. Un effort supplémentaire sera fait pour supprimer toute charge patronale au niveau du salaire minimum.

Pour les hauts fonctionnaires, «une baisse de 20 milliards d’euros des prélèvements obligatoires représenterait moins de 1% du PIB». «Cela ne permettrait pas de réduire l’écart de 8% de prélèvements obligatoires par rapport à l’Allemagne et de 7 à 8% de recettes publiques hors prélèvements obligatoires prélevés tous les ans sur les Français sous forme de taxes, de services publics payants et autres redevances», précisent-ils.

Les grands commis de l’Etat concluent que «si l’ordonnance homéopathique du Dr. Macron fonctionnait, nous serions rendus en 2022 à 52% du PIB de dépenses publiques et 44% de prélèvements obligatoires, contre 55% et 45% en début de période». «Certainement pas de quoi redonner du souffle à notre appareil productif», concluent-ils.

● Fiscalité des ménages: «Une répartition injuste et inefficace»

Emmanuel Macron veut débloquer un 13e mois pour les salariés au SMIC en augmentant de 50% la prime d’activité et en supprimant les cotisations salariales maladie et assurance-chômage. Cette dernière baisse bénéficierait à tous les Français, quel que soit leur revenu. Une mesure financée par une hausse de 1,7% de la Contribution sociale généralisée (CSG).

Le Cercle Necker y voit «l’injustice la plus frappante» car la hausse de la CSG consiste «à faire payer par le pouvoir d’achat des Français le refus de Macron de réaliser des économies franches pour notre système social».

Le logement est aussi au cœur du projet d’En Marche. D’ici 2020, «quatre Français sur cinq ne paieront plus la taxe d’habitation», écrit Emmanuel Macron. Quant à l’ISF, il serait transformé en «impôt sur la fortune immobilière». Un prélèvement unique sur les revenus du capital, de l’ordre de 30%, serait créé.

Les hauts fonctionnaires parlent à cet égard d’«inconséquence». Le financement de ces mesures ne serait possible que par une augmentation d’impôts… pesant sur les mêmes contribuables. «Les défenseurs de la progressivité de l’impôt n’y trouveront pas leurs petits», ajoutent-ils: alors que l’exonération de la taxe d’habitation est déjà quasi-généralisée pour les foyers de faible revenu fiscal, la création d’une flat tax devrait au contraire bénéficier quasi-exclusivement aux hauts revenus.

● Dépense publique: «La contenir… mais moins encore que sous Hollande»

Emmanuel Macron veut s’inscrire dans le cadre d’une «baisse durable des dépenses publiques» qui doit atteindre 60 milliards d’euros par an en fin de quinquennat.

Le Cercle Necker remarque que l’effort de 60 milliards d’économies sur cinq ans serait moins intense que l’objectif promis par le président Hollande sur trois ans (50 Md€) en 2017.

● Nombre de fonctionnaires: «Un gain de productivité inférieur à 1% par an»

Parmi les 60 milliards d’économies tendancielles, Emmanuel Macron souhaite que l’État réduise ses dépenses de 25 milliards. À cette fin, il entend notamment effectuer une baisse de 50.000 agents publics en cinq ans.

Selon les calculs des hauts fonctionnaires, cette réduction des effectifs de la fonction publique représenterait un «gain de productivité» inférieur à 1% par an. «M. Macron compte obtenir ce quantum en faisant respecter dans la fonction publique la durée légale du temps de travail», poursuivent les hauts fonctionnaires qui estiment que «ce cruel manque d’ambition» démontre que le candidat d’En Marche renonce à «mener de véritables réformes de structure».

● Sécurité sociale: «Un grand manque d’ambition»

Selon Emmanuel Macron, la sphère sociale connaîtra 25 milliards d’euros d’économie par an d’ici la fin du quinquennat. L’assurance-maladie réduirait ses dépenses de 15 milliards. L’assurance-chômage de 10 milliards grâce à une baisse significative du taux de chômage qui reviendrait à 7% d’ici 2022.

Un haut fonctionnaire déplore: «En promettant 15 Md€ d’économies sur l’assurance maladie mais aucune économie sur le système de retraites, il renforcera les travers de notre système de soins et de sécurité sociale: report des reste-à-charge sur les plus jeunes et les personnes éloignées de l’emploi, entretien de la rente de nombreuses professions de santé, report indéfini du poids de notre dette sociale sur les travailleurs de demain».

«Côté assurance chômage, M. Macron met la charrue avant les bœufs et promet 10 Md€ d’économies… en pariant sur une baisse du taux de chômage à 7% en 2022 – un niveau jamais atteint depuis 2008, après cinq années de croissance supérieure à 2%. Qui peut encore croire que les promesses de M. Macron sont à la hauteur du défi de la lutte contre le chômage?», rétorque le Cercle Necker.

● Déficits et dette publics: «Un scénario intenable»

L’ancien locataire de Bercy affirme qu’il maintiendra le déficit public sous la barre des 3% du PIB.

«Avec cette hypothétique baisse des dépenses budgétaires en fin de mandat, le candidat espère diminuer le poids des dépenses publiques dans le PIB de 3 points – c’est-à-dire de le ramener autour de 52%, point de départ antérieur à la crise de 2008. La belle affaire!», rétorquent les membres du Cercle Necker qui précisent que «cette baisse comblerait à peine le quart de la différence de niveau de dépenses publiques avec l’Allemagne, où les niveaux de service public sont équivalents malgré 13 points de dépenses publiques en moins».

«Ce dont la France a besoin, c’est de passer en dessous de 1% de déficit public, pour cesser d’emprunter à des investisseurs – majoritairement étrangers – de l’argent pour rembourser… les intérêts de sa propre dette», précise un haut fonctionnaire.

Le Cercle Necker réfute l’argument d’Emmanuel Macron selon lequel «promettre plus serait irréaliste» car «il fait fi des nombreuses expériences étrangères – Irlande, Espagne, Allemagne – qui le contredisent dans les années récentes».

«Emmanuel Macron fait le pari du temps»

Un haut fonctionnaire enfonce le clou: «Son programme pour la relance sera «financé par des taux d’intérêt bas»! Pari dangereux sur l’avenir, quand on sait que le montant des intérêts payés en 2005 était le même qu’aujourd’hui, pour un encours deux fois moindre – et qu’il pourrait donc être le double demain. Quand on sait que la France fait partie des derniers pays à relever du déficit budgétaire excessif dans la zone euro, il y a de quoi s’inquiéter».

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