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La venue à Metz pour un meeting des Affaires étrangères turc Mevlut Cavusoglu est une faute de plus à inscrire dans le bilan du quinquennat de François Hollande. En ne se ralliant pas aux positions d’Angela Merkel, il montre une Union Européenne désunie face à une Turquie de plus en plus agressive.

Meeting pro-Erdogan à Metz : quand le gouvernement français démontre qu'il ne comprend rien aux rapports de force qu'affectionne le président turc

 Alexandre Del Valle 

C’est une constante depuis Hollande que de se plier devant l’impérialisme et l’arrogance du régime de Erdogan qui est manifeste et que tout le monde commence à dénoncer. Hollande a voulu prendre le contrepied de Sarkozy qui avait soit-disant contribué à envenimer la situation entre les deux pays. Depuis le début du quinquennat Hollande a tout fait pour plaire à la Turquie. Ce n’est pas aller à l’encontre des autres pays européens puisque beaucoup se sont couchés devant la Turquie depuis pas mal d’années et l’Allemagne elle-même s’était littéralement aplatie devant Erdogan et son Premier ministre.

Aujourd’hui il y a un tandem Autriche-Allemagne qui en a assez de l’arrogance turque puisqu’il y a beaucoup de ressortissants encartés par la Turquie qui essayent de faire en sorte qu’ils ne s’intègrent pas. Pour des raisons de survie – s’ils ne veulent pas que des millions de ressortissants deviennent de moins en moins loyaux envers leurs patries d’adoption- ils ont changé de cap. C’est une mesure de salut publique d’exiger que la Turquie arrête d’instrumentaliser ces communautés. En Allemagne ça s’est traduit par une volonté de Mme Merkel de ne pas accepter certains meetings électoraux populistes qui serviraient à Erdogan à gagner son referendum. Il y a une autre dimension qu’elle ne dit pas mais qu’elle pense, c’est que ces encartés font partie de réseaux qui ont pour vocation de limiter l’intégration. En Autriche, les Autrichiens ont interdit l’influence de la Turquie sur les réseaux des mosquées locales. Ces deux pays ont la même problématique : des communautés de moins en moins intégrées et utilisées par une Turquie qui les utilisent comme une réserve stratégique à l’intérieur de leur territoire.

Il aurait été nécessaire que face à l’adversité les Européens paraissent unis. Face à l’adversité, l’union est sacrée, même si elle n’est pas totale, car l’ennemi utilise toujours les failles. C’est un message mauvais quand l’Europe se divise face à un adversaire, Erdogan, qui voudrait faire de son pays une dictature islamique et qui veut étendre son réseau sur notre territoire. Cela devrait être intolérable.

On peut soulever une énorme contradiction quand l’UE, qui est très vigilante lorsque le moindre populiste est élu démocratiquement et n’a de cesse de critiquer les régimes Hongrois et Polonais mais montre une grande mansuétude envers une Turquie qui va beaucoup plus loin que la Pologne et la Hongrie.

Il est scandaleux que les Européens passent leur temps à se critiquer entre eux, à s’accuser des pires choses alors que vis-à-vis de la Turquie, lorsqu’ils veulent prendre des îles aux Grecs, violent le domaine maritime de la Grèce ou occupent Chypre ; et que les critiques sur ce point soient toujours beaucoup plus discrètes.

Jean-Marc Ayrault a plaidé « l’absence de menace avérée à l’ordre public » pour autoriser cette venue et lancé un « appel au calme ». Mais accueillir ce meeting, n’est-ce pas d’une certaine manière se « rendre témoin » et cautionner le glissement autoritaire que connaît la Turquie ?

Je ne suis pas là pour défendre les partis populistes européens mais ce qui est étonnant c’est que l’on a souvent en Europe des pays qui interdisent des meetings de partis souverainistes, mais par contre, on ne songe pas un instant à interdire en France la venue d’un homme qui vient organiser des meetings politiques en utilisant des compatriotes dans le but de transformer la Turquie en véritable dictature. Aujourd’hui la Turquie veut passer d’un régime parlementaire à ultra-présidentialiste, sans contre-pouvoirs avec un président tout puissant et sans Premier ministre.

 Ce n’est pas une question d’ordre public. Même si la manifestation se passe sans accroc, le but de cette manifestation est de transformer la Turquie en dictature. C’est du droit des Turcs d’avoir le régime qu’ils veulent mais c’est aussi du droit des européens d’interdire des manifestations qui seraient interdites si c’était l’objet d’un parti français.

En accueillant on cautionne totalement. La France devra rendre compte de cette position scandaleuse d’un point de vue humanitaire et moral. Si la France avait un minimum de cohérence, d’abord elle s’allierait sur avec l’Allemagne face à une Turquie de plus en plus menaçante. Aujourd’hui pour moi, la Turquie est un des pays les plus dangereux du monde. Ses dérives sont de plus en plus inquiétantes.

Je pense que le message que la France envoie aujourd’hui est très grave et décrédibilise les dirigeants français lorsqu’ils réclament l’interdiction de l’extrême-droite ou quand ils prétendent défendre les valeurs de la République. Là, Hollande est en train de se coucher face à un fossoyeur de la démocratie.

Avec une Turquie de plus en plus agressive militairement, verbalement vis-à-vis de l’Europe, qui n’hésite pas à qualifier les Pays-Bas de « capitale du fascisme » par exemple, tout en rajoutant qu’ils « allaient en payer le prix ». Au regard de ces éléments, comment pourrait se solder cette crise diplomatique et comment pourraient évoluer les relations entre l’Europe et la Turquie ?

Erdogan a dit que l’Allemagne se comportait comme le régime nazi en interdisant des meetings. Il avait traité Sarkozy de complice du génocide algérien… On est habitués à la pratique d’Erdogan du point Godwin. Mais ce qui est fou c’est de se laisser impressionner comme la France le laisse entendre. A mon avis l’exemple à suivre est celui des Russes. La Russie a subi des menaces de la Turquie qui est même passée à l’acte en abattant un avion russe. La réaction c’est que la Kremlin a montré les dents, il a organisé des représailles, rappelé les ambassadeurs, menacé de représailles économiques ou autres. Bilan, aujourd’hui les deux sont amis

La Turquie a l’habitude des rapports de force. Erdogan use et comprend les rapports de force. Vous n’êtes respectés par ce pays que si vous montrez un minimum de fermeté.

Je pense que le message de Hollande va inciter la Turquie à être plus agressive avec d’autres pays européens. C’est la raison pour laquelle il fallait être solidaire parce que face à des tentatives d’intimidation et les menaces de la Turquie, il n’y a que ça qui vaille.

http://www.atlantico.fr/decryptage/

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