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par Jacques Sapir

Les dernières déclarations de Manuel Valls éclairent définitivement le processus des « primaires » dites citoyennes qu’avait initié la Parti « socialiste » en 2007. Il montre à tous ceux qui étaient encore dupes que ce mécanisme a essentiellement pour fonction de faire avaliser par une base que l’on souhaite passive un choix d’état-major, choix qui peut être conflictuel entre les différents courants.

La trahison de Valls

En de décidant à ne pas parrainer le candidat élu dans cette « primaire », c’est à dire Benoît Hamon, Manuel Valls, ancien Premier-ministre, montre de quoi il s’agit[1]. Si le résultat de cette « primaire » ne convient pas, on l’ignore ! Comment ne pas voir que ce geste, après de nombreux autres, contient un formidable mépris pour la démocratie et pour la souveraineté du peuple ? Car, un vote est un vote ! Bien entendu, on n’attend pas d’un vote qu’il fasse changer les idées. Les perdants de ce vote sont déçus, ce qui est naturel. Mais, ils se devraient de se plier à la discipline démocratique qui veut que, quand on est battu on accepte la victoire de son opposant, et on le reconnaît comme légitime. C’est du moins ainsi que fonctionnent les règles dans la politique, autrement dit non pas dans un affrontement entre amis-ennemis mais dans un affrontement entre adversaires partageant des principes communs.

 L’imposture des primaires

Le comportement de Manuel Valls, mais aussi de bien d’autres hiérarques « socialistes » qui ont entrepris la migration devant les conduire chez Macron, témoigne que, pour ces gens, les affrontements au sein du P « S » ne relevaient pas de la politique mais du politique, soit un affrontement entre amis-ennemis. Mais, que ne l’ont-ils dit plus tôt. Pourquoi, dans ce cas, prétendre organiser un « primaire » qui n’a de sens que si l’on se situe dans la politique ? C’est ce que Jean-Luc Mélenchon avait bien détecté dans le mécanisme de la « primaire » de la gauche. Quand il y a une différence irréductible de ligne, différence qui met en jeu des principes politiques, penser qu’un vote va permettre de résorber ces différences est une escroquerie. C’est pourquoi il avait analysé cette « primaire » non pas comme un exercice en démocratie (ce qu’elle n’était pas car la base électorale était indéfinie et, il faut le rappeler la démocratie implique des frontières) mais comme un exercice en manipulation. Il avait, alors justement décidé de ne pas y participer.

Sur le discrédit de « la » politique

Reste que les principes que peuvent évoquer ces hiérarques fuyant vers le paradis macroniste se réduisent à diverses prébendes et autres fiefs électoraux. Ce qui donne une forte envie de vomir tant cela dégrade l’image de la politique. Cette image est pourtant bien suffisamment dégradée avec le comportement rapace de François Fillon (au-delà de la question de savoir s’il est qualifiable ou non par la justice), son mépris affiché pour les gens du commun qui, eux, ne font pas rémunérer une note de lecture à 50 000 euros et ne se font pas offrir costumes et cravates pour 46 000 euros. Cette image est aussi profondément dégradée par l’existence même de la candidature d’Emmanuel Macron, un candidat promu comme un paquet de lessive ou de couches pour bébé, un candidat sans programme (mais, hélas pas sans idées, et ces dernières sont nocives[2]), sans expérience, et sans principes (mais pas sans valeurs, tant mobilières qu’immobilières). Le mépris du peuple qui entoure la candidature d’Emmanuel Macron, mépris dont on retiendra par exemple ses déclarations sur l’alcoolisme des gens du Nord, mépris qui s’exprime dans le langage courant des élites boboisées des grandes métropoles contres la fameuse « France périphérique », est une insulte à la démocratie et à la politique, dans ce qu’elle peut avoir de plus noble. Le populisme se nourrit de tout cela, et – dans sa version la plus progressiste – il entend abattre le système qui a produit ce discrédit de la démocratie, pour rétablir la souveraineté du peuple.

Le risque de la sécession

Mais, on ne combat pas ce discrédit, on ne se bat pas pour la souveraineté du peuple, sans accepter certaines règles. La première de ces règles est de refuser le principe de sécession. Or, ce principe devient aujourd’hui la règle. On refuse le principe de légitimité qui doit suivre une élection. Le président Donald Trump, quels que soient ses défauts, en fait constamment l’expérience aux Etats-Unis.

Le principe de sécession implique que l’on ne reconnaisse pas l’existence du « peuple » conçu comme un ensemble politique, et structuré autour de sa culture et de ses pratiques politiques. C’est assez logique pour une élite qui se veut mondialisée, et qui théorise, quoique de manière bien infantile, la mort des frontières, et partant celle de la démocratie. Mais, que cette élite fasse attention : à refuser l’existence du peuple conçu comme une communauté politique, elle ouvre la porte et prépare le terrain à tous ceux qui affirment – et ils ne sont pas une « petite minorité » – que le peuple se fonde sur une appartenance ethnique ou, pire, religieuse. Telle est ainsi la logique du communautarisme, qui est une forme embryonnaire de cette sécession, et avec lui du muti-culturalisme.

Le principe de sécession devient alors la base d’une possible guerre civile. Il est de la responsabilité de tous ceux qui se pensent et vivent comme des citoyens de refuser ce principe de sécession et de soutenir les candidats qui se battent pour l’existence d’une communauté politique unifiée, et qui dénoncent les pratiques de clientélisme ethnique ou religieux.

 

[1]http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/03/15/valls-lache-hamon-sans-pour-autant-rallier-macron_5094567_4854003.html

[2] Voire la note datant du 7 mars 2017 : http://www.atterres.org/article/emmanuel-macron-l’économie-en-marche-arrière

 

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