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  Il est clair que François Fillon a du goût pour une certaine aisance…

Christian Vanneste
Homme politique.

Au voleur ! On a volé… la démocratie. Il suffit d’écouter une émission du prétendu « service public », en l’occurrence Mardi politique, pour s’en convaincre.

Hier, une journaliste recevait Marine Le Pen. Le sujet devait être l’élection présidentielle. Non, la situation de la France, son déclin, les problèmes et les solutions, les programmes des candidats ne l’intéressent pas prioritairement. Seules les « affaires » paraissent d’abord la préoccuper. Roselyne Febvre entame donc l’interrogatoire de la candidate en la questionnant sur la mise en examen de François Fillon. Les affaires prendront quinze minutes sur les quarante de l’émission.

Peut-il continuer dans ces conditions ? demandera-t-elle même à son invitée. Celle-ci se voit alors obligée de rappeler qu’une mise en examen n’est pas une condamnation. Bien sûr, elle ne rate pas l’occasion de décocher trois flèches en direction du concurrent en difficulté : d’abord, il aime l’argent ; ensuite, son programme est d’une grande brutalité ; enfin, il s’est mis lui-même dans la nasse en ayant, par rapport à la Justice, une attitude ambiguë. Sur ce dernier point, elle a raison. La chronologie de l’action judiciaire suscite, à l’évidence, le soupçon d’une manipulation politique. Cela est patent pour François Fillon, mais aussi pour le Front national. En ne se rendant pas à la convocation des juges, la présidente du FN est cohérente.

Le CSA s’inquiète de l’avance considérable de François Fillon dans le temps d’antenne. On en arrive à ce paradoxe que les heures passées à affaiblir le candidat sur des sujets qui ne concernent en rien la campagne présidentielle vont être prises en compte à son détriment.

Le déplacement opéré du terrain politique au terrain judiciaire est une perversion volontaire et gravissime de la démocratie.

François Fillon avait été désigné comme le candidat de la droite et du centre à l’issue des primaires. Les « révélations » du Canard sur des faits largement antérieurs s’inscrivaient dans la campagne et pouvaient peser sur l’opinion des électeurs. La séparation des pouvoirs aurait dû inciter la Justice à attendre la fin de la période électorale avant d’intervenir afin de ne pas apporter son « crédit » aux imputations formulées. D’habitude, elle sait prendre son temps.Les élus bénéficient de la légitimité que leur octroie le peuple. Même lorsque la Justice s’intéresse à leurs fautes éventuelles, ses fonctionnaires doivent le faire avec fermeté, mais aussi avec le respect qu’ils semblent, comme les journalistes, avoir quelque peu oublié.

Mon expérience personnelle a forgé mon opinion à ce sujet. C’est au bout de quatre ans que je suis sorti totalement blanchi du procès qui m’était fait. En l’occurrence, les propos qui m’étaient reprochés étaient ceux que j’avais initialement tenus à l’Assemblée pour m’opposer à une loi. Par une sorte de petit coup d’État, un fonctionnaire de justice venait donc interdire à un élu du peuple de remplir sa mission. Il est plus que temps que cette inversion des légitimités cesse.

Il est clair que François Fillon a du goût pour une certaine aisance. Beaucoup d’activités infiniment moins utiles au pays procurent une richesse ostentatoire plus contestable.

Notre République bananière des copains et des coquins mérite davantage l’attention de la Justice que le salaire de madame Fillon. L’activité politique, avec ses risques, demande une certaine sécurité financière. J’ai gagné huit procès. Ceux-ci ne concernaient que ma parole et mon honneur. Le bilan financier est néanmoins lourdement négatif et m’a contraint à beaucoup de prudence dans mon engagement. Cette retenue est-elle « démocratique » ? Je ne le crois pas.

Tout porte à croire que François Fillon sortira indemne de cet acharnement judiciaire. Le mal aura été fait dans l’opinion. Si François Fillon n’est pas présent au second tour des présidentielles, on aura volé leur élection aux Français.

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