Le grand débat présidentiel à fleurets mouchetés, sans net vainqueur

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Benjamin Masse

C’est un débat de plutôt bonne tenue qui a opposé les cinq principaux candidats à cette élection présidentielle. Elle avait démarré doucement, avec des débats sur l’Ecole où les postulants ont pu chacun dérouler leur programme, sans confrontation directe. Même le thème de la sécurité, abordé ensuite, et pourtant souvent très conflictuel, n’a pas vraiment réussi à faire monter la tension.

C’est sur la question de la laïcité que les premiers échanges musclés ont eu lieu. Jean-Luc Mélenchon a ouvert les hostilités, en attaquant Marine Le Pen – qui souhaite interdire les signes religieux dans tout l’espace public – pour cette conception. Ce fut le coup d’envoi de polémiques et de piques entre les candidats. La président du Front national a répliqué, en s’attaquant de son côté à Emmanuel Macron, soupçonné par elle de s’être montré favorable au port du burkini. Piqué au vif, le leader d’En Marche a répliqué vertement : « Je ne vous fait pas parler, je n’ai pas besoin d’un ventriloque », s’est défendu l’ancien ministre de l’Economie.

Ce fut la première d’une série d’attaques contre Macron, le favori de cette présidentielle.

Benoit Hamon a ainsi taclé le leader d’En Marche sur l’opacité supposée de ses soutiens financiers. « Pouvez-vous prendre comme engagement qu’il n’y a pas plusieurs cadres de l’industrie pharmaceutique et pétrolière parmi vos donateurs ? », a demandé Hamon à Macron. « L’identité, elle est protégée par la loi », a répliqué le patron d’En Marche. « Je prends l’engagement de n’être tenu par personne. Le financement est transparent », a-t-il ajouté. A ce moment, Mélenchon a sans doute remporté le prix de la meilleure « punchline » de la soirée en lançant : « Il faut bien qu’il y ait un débat au Parti socialiste ! ». Eclats de rire dans la salle.

Le moins véhément, finalement, semblait être François Fillon, sans doute gêné aux entournures par les affaires qui lui collent aux basques. D’autant que le sujet suivant était celui de la moralisation de la vie publique, sur lequel Mélenchon n’a pas manqué d’attaquer : « Ici, il n’y a que deux personnes de concernées et qui ont des choses à se reprocher. Les électeurs le savent. Et il ne leur est pas interdit de récompenser les vertueux ! ».

Puis Marine Le Pen, de son côté, en a profité pour critiquer le pantouflage de hauts fonctionnaires qui vont travailler dans les grandes entreprises et les banques. « Je crois que c’est encore pour moi », a répliqué Emmanuel Macron, suscitant là encore les rires de l’assistance. Avant de poursuivre : « Je suis très content pour toutes et tous ce soir, si je n’étais pas là vous vous ennuieriez ! »

Enfin, sur les enjeux économiques et sociaux, chacun a défendu ses positions : réduction des dépenses pour Fillon, revenu universel pour Hamon, patriotisme économique et protectionnisme pour Marine Le Pen, assouplissement du code du travail et priorité à la négociation pour Macron, enfin relance keynésienne centrée sur la transition énergétique, pour Mélenchon. Alors que le débat s’éteignait doucement, une nouvelle passe d’armes a confronté Marine Le Pen à François Fillon sur les questions liées à la défense européenne.

Difficile, finalement de dire qui fut le grand gagnant, dans un débat où, malgré des escarmouches, les candidats sont demeurés plutôt prudents. Ils ont soigneusement évité les affrontements frontaux et violents qui auraient pu laisser un des compétiteurs définitivement sur le carreau. Ce sera sans doute pour la prochaine fois.

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