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Hamon et Mélenchon s’annulent. Le Pen perd des points. Macron assure sans plus. Et Fillon, malgré le contexte, mise sur une stratégie prudente… Le premier débat des candidats à la présidentielle a été animé.

De gauche à droite, François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine le Pen et Benoît Hamon.

De gauche à droite, François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine le Pen et Benoît Hamon. Image: Keystone

Dès le premier tour de l’arène, le ton est donné. Par ordre d’apparition, François Fillon veut faire «de la France la première puissance européenne en moins de dix ans», Jean-Luc Mélenchon sera «le président de la paix», Emmanuel Macron celui «de la liberté, comme j’ai pris la mienne et mes responsabilités», Marine Le Pen sera la présidente «de l’indépendance nationale et non d’une région de l’Union européenne», et Benoît Hamon celui du «futur désirable et du choix positif auquel je vous demande de répondre: quelle France voulez-vous?».

La séquence «Quel président voulez-vous être?» ouvre, lundi soir, ce grand débat organisé par TF1. Ce rappel à la désormais fameuse anaphore de François Hollande en 2012 – «Moi, président» – doit mettre sur orbite une présidentielle 2017 engluée jusqu’à maintenant par les affaires judiciaires et les soubresauts politiques. La France est à 34 jours du 1er tour de la présidentielle et l’incertitude des électeurs est grande. Et ce débat peut tout changer.

L’éducation d’abord. Ensuite, la sécurité avec un détour par la question spécifique de la majorité pénale à 16 ans, puis l’immigration sont les thèmes abordés lors de la première heure. Comme attendu, le ton est policé. Les cinq candidats se cantonnent dans leur couloir de course et présentent leur programme aux Français. Peu d’escarmouches et pas vraiment de franche empoignade.

Les thèmes du débat mis en musique par les journalistes Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau sont au nombre de trois. Quelle société pour la France (sécurité, immigration, écologie), quel modèle économique (travail, fiscalité et protection sociale) et quelle place pour la France dans le monde?

Première algarade à l’heure

«Ouvrez les yeux, M. Hamon!» lance ensuite Marine Le Pen sur la sécurité. «C’est votre droit d’être accros aux pages faits-divers, mais vous vous présentez à la présidentielle!» rétorque Benoît Hamon. L’intensité monte peu à peu dans cet entame d’affrontement. Et puis Marine Le Pen s’en prend à Emmanuel Macron en lui prêtant des intentions… Ce dernier, inspiré, rétorque sous les rires: «Je n’ai pas besoin d’un ventriloque!» Jean-Luc Mélenchon aussi ponctuera quelques échanges par des piques ironiques.

Le Pen versus Macron. Les deux favoris des sondages ont été le centre d’intérêt des autres compétiteurs. Emmanuel Macron s’est montré moyen dans ce premier grand rendez-vous. Il a manqué parfois de concret dans ses propos. A trop vouloir rassembler, il a perdu de la définition dans ses propos. Trop techno! Marine Le Pen l’a bien senti en l’attaquant sur le vide de ses interventions. Mais la présidente du FN s’est montrée trop agressive et, passée dans l’excès, a enlevé toute la pertinence de son attaque.

Hamon en roue libre

De manière générale, Marine Le Pen est apparue mal préparée et caricaturale en faisant porter tous les problèmes de la France à l’islam radical et à l’Union européenne. Volontiers cassante. Prompte à l’invective, parlant très fort. Elle a semblé très loin de l’image de présidentiable qu’elle s’était construite depuis deux ans. «La France apaisée» n’était vraiment qu’un slogan.

Jean-Luc Mélenchon a mis les rieurs et les révolutionnaires de son côté. Très à l’aise, volontiers dégagé, il a bien joué sa partition mais n’a pas semblé vouloir gagner. Il a déroulé pour ses convaincus. Benoît Hamon est retombé, lui, dans les travers de ses formules toutes faites du «futur désirable». Il a bien essayé de s’autocongratuler en remettant une pièce dans le «revenu universel». Mais, de toute évidence, cette idée ne le fera pas décoller au-delà de 12% dans un pays avec 10,5% de chômeurs.

La bonne stratégie de Fillon

François Fillon est sans doute celui qui a fait le meilleur débat. Etant donné son handicap de départ: les soupçons qui pèsent sur son honnête après sa mise en examen dans l’affaire des emplois fictifs de son épouse et de ses enfants. Il a ainsi traversé la séquence moralisation de la vie publique sans réellement être pris à partie ni mis en difficulté.

Les journalistes de TF1 l’ont d’ailleurs bien aidé qui n’ont jamais contextualisé le cas. Habile, l’ex-premier ministre a le plus souvent laissé les autres s’écharper (et perdre du temps avec le chrono) sur les thèmes puis intervenait au final pour donner un point de vue argumenté sans être interrompu. En termes de forme, il s’est montré le plus président.

Ce débat historique changera-t-il quelque chose? A voir. Il sera intéressant de suivre les enquêtes d’opinion ces prochains jours. Tout comme l’audience de ce débat qui s’est conclu après minuit. C’était la première fois que les candidats à l’Elysée s’affrontent avant un 1er tour de scrutin et l’hésitation notamment parmi les électeurs est grande. L’enjeu est réel. Car un Français sur deux n’a pas arrêté son choix.

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