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 Philippe Oswald

 © AFP PHOTO / Daniel LEAL-OLIVAS

Le candidat d’En marche ! serait-il un philosophe lancé en politique ? Plutôt un sophiste, un virtuose du relativisme, une doctrine à la mode… et fort ancienne. L’exercice du débat télévisé l’a encore démontré lundi soir.

Emmanuel Macron, candidat à la présidentielle, est-il « un philosophe en politique » comme le titrait en 2015 l’hebdomadaire Le 1 ? Énarque, ex-banquier, ex-ministre de l’Économie, serait-il aussi un « ami de la sagesse », un philosophe ?

Ancien étudiant à l’université Paris-X Nanterre où il obtint un DEA consacré à Hegel, Macron a en effet été l’un de ceux qui ont assisté le célèbre phénoménologue protestant Paul Ricœur (1913-2005) alors que celui-ci élaborait son ouvrage La mémoire, l’histoire, l’oubli. Mais il n’a pas été pour autant son assistant universitaire « ce qui supposerait qu’Emmanuel Macron ait enseigné la philosophie, ce qu’il n’a jamais fait » dit encore Myriam Revault d’Allonnes.

Macron ? Un sophiste, aurait jugé Platon

Dans ses dialogues, Platon oppose les sophistes à Socrate. Lui est un vrai philosophe, un amoureux de la vérité qu’il faut chercher de toute son âme – fût-ce au prix de sa vie. Eux sont des rhéteurs qui ne s’embarrassent pas de scrupules : pour se rendre maîtres du « gros animal » qu’est le peuple athénien, ils enseignent à prix d’or l’art de soutenir n’importe quelle thèse et son contraire avec un égal brio, afin de triompher dans la joute oratoire. Ils ne sont pas nécessairement malhonnêtes ou cyniques, mais ils ne croient pas qu’il existe d’autre réalité que celle, fluide et tourbillonnante, dans laquelle on plonge en se jetant dans le courant (Macron, lui, veut nous mettre « en marche » avec l’air du temps). De fait, si l’on peut prouver une chose et son contraire, c’est que rien n’est stable : « Tout coule », « on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve » professait Héraclite, maître à penser des sophistes. Protagoras, le plus doué des sophistes qu’affronte Socrate, en tire la conclusion que « rien n’est vrai » (par nature, en soi), ce qui ruine évidemment toute vérité pour ne laisser place qu’au relativisme. Morale, loi, religion, tout n’est qu’affaire de convention et d’utilité personnelle ou publique car, affirmait Protagoras, « l’homme est la mesure de toute chose, de celles qui sont, de leur existence, de celles qui ne sont pas, de leur non-existence ».

Pour Macron, les mots ne valent que par leur efficacité

Pour Emmanuel Macron, les mots ne sont que des outils ne renvoyant à aucune vérité objective. C’est ce qu’on appelle le nominalisme, fruit du relativisme. Tel est le cœur de la critique qu’adressent aujourd’hui à Emmanuel Macron des philosophes tels que François-Xavier Bellamy et Bérénice Levet. Le premier dénonce sur son blog « la passion de la post-vérité ». « Le relativisme omniprésent nous ayant conduit à l’ère de la “post-vérité”, la parole publique ne semble plus renvoyer à rien, et dénuée de toute consistance, elle perd sa signification. » Or « Emmanuel Macron semble assumer et incarner cette inconsistance du langage » réduit à n’être qu’un instrument, voire une arme. « Lorsque la parole ne renvoie plus au réel, lorsqu’on dit tout et son contraire, quand la vérité ne compte plus, c’est que seule importe l’efficacité – en termes de calcul politique, de voix rapportées, de cibles touchées. La démocratie se dissout dans le marketing, et ainsi on détruit un peuple aussi sûrement que par la censure. »

Bérénice Levet montre elle aussi dans une tribune du Figaro que Macron, ne croyant pas à l’existence d’un bien commun objectif exigé par la nature humaine, ne peut qu’ignorer la spécificité du politique, au profit de l’économique et d’un sociétal perpétuellement évolutif. Ainsi, qu’il emploie les mots de nation, culture, laïcité, intégration, « Macron sacrifie sans vergogne au nominalisme tel que défini par Platon [pour critiquer les sophistes] : “Quel que soit le nom qu’on assigne à quelque chose, c’est là le nom correct”. Chacun est ainsi laissé libre de remplir à son gré les “mots de la tribu”. Le candidat d’En marche ! s’arrange pour que chacun entende ce qu’il a envie d’entendre ».

Le programme d’une France liquide

Son but : parachever le processus de déstructuration et de décomposition de la France : « Il est le candidat du post-national. Il a programmé l’obsolescence de la France », dénonce Béatrice Levet. À la place, il envisage « une start-up (…) sans mémoire, sans passé, sans histoire », un modèle économique « à fort potentiel de croissance » (…) une « société liquide », où rien ne se fixe jamais :  « Nous sommes dans une société de statuts, je veux une société de la mobilité », promet-il. Sous prétexte d’ « adapter la France à la marche du monde ». Si bien que « les mœurs françaises, la culture chrétienne, ne seront plus que des composantes parmi d’autres d’un pays qu’on continuera, par pur nominalisme, d’appeler la France ». (On se souvient de la fameuse formule de Macron : « Il n’y a pas une culture française. Il y a une culture en France ») D’où sa promotion du multiculturalisme, d’une « société inclusive ».

Ce qui vaut pour la culture, s’applique aussi aux mœurs, observe encore Béatrice Levet : « La France sera parfaitement “adaptée” lorsqu’elle exaltera la fluidité des identités sexuelles, le “gender fluid”, lorsqu’elle aura autorisé la PMA pour tous, libéralisé la GPA » ou encore « lorsque l’école ne sera plus du tout une école des savoirs mais (…) des compétences ».

Le déclin de la démocratie athénienne

Être compétent, efficace, pragmatique sans s’embarrasser de ces vieilles lunes que sont les vertus morales et intellectuelles qu’exigerait une improbable nature humaine, tel était déjà l’art qu’enseignaient les sophistes aux jeunes citoyens d’Athènes assez fortunés pour se payer leurs leçons, au tournant des cinquième et quatrième siècles avant notre ère… C’est en écoutant ces jeunes ambitieux que la démocratie athénienne précipita son déclin.

http://fr.aleteia.org

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