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Les étudiants et leurs professeurs, notamment Scarlett Haddad et Carole Charabaty, entourant le ministre.

 

Le ministre d’État pour les Affaires des réfugiés, Mouïn Merhebi, expose à des étudiants de l’USJ les défis auxquels est confronté son ministère.
Scarlett HADDAD
 C’est un message d’espoir et un appel à s’impliquer concrètement dans l’aide aux réfugiés que le ministre d’État pour les Affaires des réfugiés, Mouïn Merhebi, a adressé aux étudiants en master de sciences politiques et droits de l’homme de l’USJ, accompagnés de la directrice de l’institut, Carole Charabati, dans le cadre d’un débat au siège du ministère.

Les conditions de vie des déplacés syriens au Liban étant l’un des principaux sujets étudiés dans le cadre de ce master, la quinzaine d’étudiants (appartenant à plusieurs nationalités : libanaise, espagnole, française, allemande, vénézuélienne, pakistanaise et bangladaise) qui a participé à la rencontre était particulièrement motivée. Il faut dire aussi que Mouïn Merhebi a tout fait pour mettre les jeunes à l’aise. La petite équipe du ministère, payée par le PNUD puisque ce ministère d’État, comme les cinq autres, n’est pas prévu dans le budget public, était mobilisée pour l’accueil et la logistique, et très vite le débat a été entamé.
Diplômé de l’AUB, M. Merhebi s’exprime en anglais, n’hésitant pas, cependant, à placer quelques phrases en français, USJ oblige. Il commence par affirmer que le Liban est la nation « la plus généreuse du monde », en raison du nombre de déplacés étrangers qu’elle accueille et qui représentent actuellement un peu moins de 50 pour cent de la population. Il précise que son ministère est aussi en charge des Palestiniens (surtout ceux venus de Syrie) et des Irakiens. Son rôle est à la fois de mettre en place une politique globale du gouvernement à l’égard de ce dossier et d’organiser la coordination entre les différents ministères concernés par ce dossier (Santé, Affaires sociales, Éducation et Enseignement supérieur, Intérieur et Affaires étrangères).
Selon le ministre, le gouvernement a adopté le point de vue que lui-même défend depuis plusieurs années sur la nécessité d’enregistrer les déplacés syriens. Certaines parties politiques y étaient opposées, notamment au sein du cabinet Mikati (2011-2013), considérant qu’il s’agissait d’une façon détournée de leur donner un statut officiel, d’où la décision d’alléger les frais d’enregistrement auprès de la Sûreté générale pour l’obtention de permis de séjour. Pour M. Merhebi, il s’agit d’une démarche indispensable si l’État veut avoir affaire à des chiffres précis. Mais il continuera à y avoir des clandestins, auxquels il faut ajouter le problème que posent les nouveau-nés syriens et la nécessité de leur octroyer des papiers. Ils seraient autour de 300 000. À cet égard, le ministre relève qu’il est difficile de vérifier les liens de parenté. Procéder à des tests ADN serait extrêmement coûteux pour le Liban (chaque test coûte 600 dollars).
Toutefois, parmi le million et demi de déplacés dont on parle officiellement, il faut compter quelque 200 000 travailleurs syriens qui ont amené leurs familles au Liban, dit-il.
Député du Akkar, M. Merhebi, voyant comment les soldats du régime syrien traitaient les civils, fut l’un des premiers à appeler à l’accueil des déplacés syriens à Wadi Khaled. Toutefois, au fil du temps et en l’absence quasi totale d’infrastructures, cette présence est devenue pesante, surtout que la communauté internationale presse le Liban de fournir aux déplacés de meilleures conditions de vie et même du travail alors que de nombreux Libanais vivent sous le seuil de pauvreté et sont au chômage.

L’« avarice » de la communauté internationale à l’égard des réfugiés
Était-ce donc une erreur d’accueillir ces déplacés ? Le ministre est catégorique : « Non, il fallait préserver leurs vies. Même s’ils étaient des Israéliens pourchassés par une armée, je les aurais accueillis ! » Il raconte comment il voyait les enfants se cacher des tirs derrière les vaches. Ces images insupportables sont gravées dans sa mémoire. Mais en même temps, le souci de préserver la vie des déplacés syriens ne doit pas être en contradiction avec l’intérêt du Liban. Ainsi, il déplore qu’aujourd’hui, selon les statistiques, les déplacés vivent en moyenne avec deux dollars par jour alors que de nombreux habitants du Akkar vivent avec 1,5 dollar par jour.
Sur le rôle des pays du Golfe, M. Merhebi indique que l’Arabie saoudite accueille près d’un million de déplacés syriens. Mais, rappelle-t-il, la situation économique des pays du Golfe n’est plus la même qu’il y a quelques années. il n’empêche : « Nous demandons à tous les pays, arabes et autres, de nous aider dans la gestion de la présence des déplacés syriens », car le poids est trop lourd pour le Liban.
Pour donner un exemple, 8 % des maisons du Akkar ont de l’eau courante. De même, la production électrique du Liban est destinée à fournir 12 heures de courant à 4 millions de Libanais. C’est dire qu’aujourd’hui, les Libanais et les Syriens se disputent les faibles services de l’État. Il faut donc établir un plan pour trouver des solutions équitables pour les déplacés mais aussi pour les Libanais. C’est sur ce volet que planche actuellement son ministère qui se prépare à participer à la conférence de Bruxelles les 4 et 5 avril, dans la lignée de la conférence de Londres en février 2016.
Et d’épingler la communauté internationale pour son « avarice » à l’égard des réfugiés. Sauf que sur le point de savoir pourquoi cette communauté a été plus généreuse avec la Jordanie qu’avec le Liban, il répond que c’est un peu la faute du Liban qui n’a pas soumis des projets bien étudiés et cohérents. Selon lui, au sein du gouvernement précédent, chaque ministre a voulu placer un projet concernant son ministère et le résultat n’a pas convaincu les donateurs.
Concernant le retour chez eux des déplacés, M. Merhebi souligne qu’en principe, nul n’empêche un Syrien souhaitant rentrer chez lui de le faire. Mais il préfère que ce retour relève de la responsabilité de l’ONU, car, selon lui, les Libanais ne veulent pas être responsables d’un éventuel massacre. Le gouvernement libanais n’a pas de prise sur le cours des événements en Syrie, tout comme il ne peut même pas demander au Hezbollah de retirer ses troupes de Syrie. D’autre part, en cas de problème humanitaire, le Liban ne peut pas fermer ses frontières, même si la souveraineté nationale est en jeu.
Toujours est-il que la priorité libanaise est aujourd’hui à la sécurité, insiste le ministre, qui conclut en appelant les jeunes à faire des pétitions pour demander à leurs gouvernements respectifs d’aider le Liban. « Nous sommes noyés sous les problèmes du quotidien, leur dit-il. Nous avons besoin de votre regard neuf et de vos idées », avant de proposer une coopération entre son ministère et les universités du pays.

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