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La députée de l’Essonne rentre d’une visite en Jordanie auprès des aviateurs français « très motivés » qui luttent contre Daech

Nathalie Kosciusko-Morizet (LR) : « Il me semble fondamental d’acter enfin une augmentation des dépenses régaliennes (défense, sécurité, justice) en réduisant les dépenses sociales : les premières représentent 3 % du PIB - contre près de 6 % dans les années quatre-vingt - et les secondes, 30 %. »

Nathalie Kosciusko-Morizet (LR) : « Il me semble fondamental d’acter enfin une augmentation des dépenses régaliennes (défense, sécurité, justice) en réduisant les dépenses sociales : les premières représentent 3 % du PIB – contre près de 6 % dans les années quatre-vingt – et les secondes, 30 %. » © Sipa Press

Nathalie Kosciusko-Morizet, députée LR, s’intéresse de longue date aux questions de défense. Polytechnicienne, elle a effectué son service militaire dans la Marine, avant d’être auditrice de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN). Après une visite auprès de la force Barkhane au printemps dernier, elle vient de passer deux jours avec les aviateurs français en Jordanie qui frappent Daech en Syrie et en Irak.

Vous rentrez de Jordanie. Quelle est votre impression sur l’opération Chammal ?

C’est sans doute la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que l’aviation française bombarde autant depuis une base aérienne. Celle-ci, baptisée H5, est en plein désert, dans une région proche de la Syrie et de l’Irak. Les avions sont à environ une heure de vol de Raqqa ou de Mossoul, beaucoup plus proches que les appareils basés aux Émirats Arabes Unis. Avec une très faible emprise française – seulement 400 hommes – on obtient des résultats remarquables. Sur la base, il y a six Rafale de l’armée de l’air et un Atlantique 2 de la marine. Il y a deux types de missions. Les premières visent des objectifs programmés à l’avance, sur la base de renseignements recueillis par la coalition ou les Français. Les secondes relèvent du « close air support » et nécessitent une présence plus permanente dans les airs. Près de 95 % des avions qui décollent mènent leur mission à bien, avec des résultats impressionnants : nos aviateurs ont largement contribué à la destruction des sites de fabrication des VBIED, les véhicules piégés de Daech, clés dans la bataille de Mossoul.

Quel est le moral des troupes ?

Les personnels sont très motivés. Ils ont conscience d’être en première ligne du combat contre Daech : c’est effectivement le cas puisqu’ils représentent 60 % de l’effort français dans cette guerre ! Les pilotes et les mécaniciens restent deux mois sur place, les autres personnels quatre mois. Seul le colonel qui commande la base reste un an. Ils sont beaucoup mieux installés que ce que j’ai vu avec les militaires de Barkhane au Sahel. Les sorties de la base ont été autorisées à une époque mais sont de nouveau interdites pour des raisons de sécurité. Beaucoup aimeraient qu’elles soient rétablies. Actuellement, les aviateurs se préparent pour accueillir un détachement de Rafale Marine.

Avez-vous observé des difficultés ?

La disponibilité des avions est très bonne, mais, outre l’absence de drones, la difficulté vient du manque d’avions de ravitaillement en vol. Même si toutes les missions n’en requièrent pas, les Français doivent faire appel aux appareils de la coalition. Les matériels s’usent beaucoup plus vite qu’en France compte tenu du rythme extrêmement soutenu de vol : 3 500 sorties et 17 000 heures de vol en deux ans !

Quel regard portez-vous sur la stratégie de la coalition anti-Daech ?

A court terme, elle est efficace. Mossoul devrait tomber d’ici à deux mois et ensuite ce sera le temps de la bataille de Raqqa. Se pose la question des terroristes qui vont fuir ces zones. Une stratégie pourrait être de chercher à les contraindre à se regrouper dans le désert, pour ensuite les « traiter » là-bas. Mais si cela ne marche pas complètement, il y a un risque de fuite vers la Jordanie et il faudra les contenir militairement. Le vrai enjeu, ce sera la suite à moyen terme, c’est-à-dire la solution politique et là, les options demeurent encore en débat.

Emmanuel Macron vient de proposer un service militaire universel d’un mois. Durant la campagne de la primaire, vous aviez proposé une mesure de ce type, alors que votre candidat, François Fillon, n’y est pas favorable. Que pensez-vous de l’idée de Macron ?

Son objectif n’est pas clair : on ne sait pas s’il est militaire ou civique. Quant au financement, il n’est pas bouclé du tout, ce n’est pas très sérieux. Personnellement, il me semble fondamental d’acter enfin une augmentation des dépenses régaliennes (défense, sécurité, justice) en réduisant les dépenses sociales : les premières représentent 3 % du PIB – contre près de 6 % dans les années quatre-vingt – et les secondes, 30 %. Or on ne peut pas dire que nous sommes en guerre et ne pas avoir un budget de guerre. C’est le sens du projet de François Fillon. Quant à la proposition de service national universel que j’avais défendue, il avait d’abord une vocation civique et se déroulait durant l’été : on ne peut pas offrir une formation militaire efficace à toute une classe d’âge. Parallèlement, il me semble intéressant de réfléchir à un service militaire long, sur une base volontaire.

Vous évoquez les casernes qui ont été fermées et vendues…

Oui, et je suis en guerre contre la vente à bas prix des emprises militaires parisiennes. Anne Hidalgo essaie de récupérer quasi gratuitement les bâtiments du ministère de la Défense, boulevard Saint-Germain, pour en faire des logements sociaux, sur un site où le mètre carré est habituellement à prix d’or. C’est plus que questionnant, quand on connaît d’une part les difficultés pour loger, à Paris, les soldats de l’opération Sentinelle et d’autre part les enjeux financiers cruciaux de nos armées.

http://www.lopinion.fr/

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