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«Cabinet noir»: les accusations ont-elles vraiment été démenties?

© AFP 2017 CHRISTOPHE SIMON

Invité hier soir de l’Émission politique sur France 2, François Fillon a dénoncé l’existence d’un « cabinet noir » à l’Elysée et s’en est pris directement au Chef de l’État.

En se basant sur le livre paru hier et écrit par trois journalistes, Bienvenue Place Beauvau, Police: les secrets inavouables d’un quinquennat (édition Robert Laffont) [1], le candidat à la présidentielle dénonce un « scandale d’état ». Le « cabinet noir » évoqué sur le plateau télévisé en direct, serait destiné à faire « remonter sur le bureau de François Hollande toutes les écoutes judiciaires qui l’intéressent ».

Didier Hassoux, l’un des auteurs du livre, a indiqué quant à lui qu’il n’avait « jamais écrit » que l’Élysée disposait d’un « cabinet noir » destiné à faire « remonter sur le bureau de François Hollande toutes les écoutes judiciaires ». Dans ce contexte d’échanges houleux et de moult commentaires médiatiques, Sputnik s’est procuré le livre en question et a relevé quelques citations qui laissent entrevoir plusieurs méthodes de fonctionnement des services de renseignement et de surveillance.

« Seize mois après avoir quitté l’Élysée, Nicolas Sarkozy a été placé sur écoute. Pendant près d’un an, la police judiciaire a espionné ses conversations. Une première dans les annales de la Vème République. […] En 2017, cinq ans après sa défaite électorale (de Sarkozy), ce ne sont pas moins de treize affaires judicaires qui empoisonnent Nicolas Sarkozy et son entourage. Au point que les sarkozystes, prompts à s’afficher en victimes, y voient la main d’un cabinet noir. »

« Le soupçon sarkozyste de l’existence d’un cabinet noir. Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire! Mais l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants interroge. Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes, et dont le rayon d’action ne se serait pas cantonné au seul renseignement territorial. »

« Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord, il y a Tracfin, le service de renseignement financier de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président. […] Afin d’allumer la mèche d’une affaire politico-judiciaire, il suffit que Tracfin pêche au bon endroit, remonte dans ses filets une infraction, et la transmette officiellement à la justice. Ou officieusement à un service enquêteur qui se chargera de mener « une enquête d’initiative » avant qu’un magistrat ne la reprenne à son compte. »

Quant au processus de l’instruction de telle ou telle affaire sensible, un des magistrats se confie aux auteurs du livre: « En fait, les choses se font plus subtilement, par exemple, sur l’opportunité d’ouvrir une information judiciaire, des consignes sont données… mais oralement. »

Et, enfin, pour en revenir aux écoutes, si on en croit la parole d’un des policiers de la PJ, cité par les auteurs: « Quand on branche une personnalité, on sait que les infos récoltées ne partent pas toujours uniquement au bureau du juge. Elles peuvent aussi nourrir des « blancs », ces « notes confidentielles» avec des renseignements sensibles anonymes ».Les services de renseignement ont toujours su garder des détails croustillants sous le coude pour pouvoir, « au moment opportun, sur une simple allusion, désarçonner un patron de presse » qui se retrouve en garde à vue après avoir roulé en scooter sous l’emprise de l’alcool ou pour « avoir carrément entre ses mains le destin d’un politique », comme dans le cas de Dominique Strauss-Kahn, que la patrouille de nuit découvre un soir dans une camionnette au bois de Boulogne en présence de deux travestis…

Et là, tout d’un coup, on se rappelle de la toute première phrase du livre: « La présidentielle se joue à l’Intérieur. »

L’Élysée a immédiatement réagi à la déclaration de François Fillon par un communiqué de presse et a condamné « les allégations mensongères de François Fillon» en affirmant que « l’exécutif n’est jamais intervenu dans aucune procédure judiciaire » et que « sur les affaires particulièrement graves concernant François Fillon, […] le Président de la République n’en a été informé que par la presse ».


[1] Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé, Bienvenu Place Beauvau, Police: les secrets inavouables d’un quinquennat (edition Robert Laffont), 2017

https://fr.sputniknews.com/

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