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Par : Sarantis Michalopoulos

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Pour éviter l’interdiction du gyphosate en Europe, ses producteurs auraient financé la publication de fausses preuves scientifiques, dénonce un rapport.

Selon le rapport Buying Science publié par l’ONG autrichienne GLOBAL 2000, avec le soutien de Avaaz, GMWatch, Campact, PAN Europe et Pan Allemagne entre autres, Monsanto et d’autres producteurs de glyphosate auraient « déformé des preuves scientifiques » sur l’impact du pesticide sur la santé publique.

Les auteurs du rapport estiment qu’entre 2012 et 2016, les entreprises ont sponsorisé une série d’articles publiés sur des journaux scientifiques, qui concluaient que le glyphosate et ses dérivés commerciaux n’étaient pas cancérogènes.

Scandaleux

« Les producteurs de glyphosate ont utilisé tous les stratagèmes possibles pour que les autorités de réglementation du monde entier minimisent les effets alarmants du glyphosate sur la santé. Le fait que les agences aient accepté leur ‘aide’ est tout simplement scandaleux », a insisté Helmut Burtscher, l’un des auteurs de l’étude.

Le 15 mars dernier, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a conclu que le glyphosate n’était pas à classer dans les substances cancérogènes.

Les ONG de défense de l’environnement ont réagi avec véhémence, Greenpeace déclarant par exemple que l’ECHA balayait « les preuves du glyphosate cancérogène sous le tapis ».

L’Agence européenne des produits chimiques assure que le glyphosate, un herbicide très controversé, ne pouvait pas être classé dans la catégorie des substances cancérigènes, au grand dam des associations de protection de l’environnement.

L’Alliance pour la santé et l’environnement (HEAL) est allée plus loin, soutenant que la décision contredisait l’agence de recherche sur le cancer la plus sérieuse au monde, c’est-à-dire le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a qualifié le glyphosate de « probablement cancérogène » en 2015.

Failles scientifiques

Les ONG estiment que ces rapports qui affirment que le glyphosate est une substance sûre « contiennent des failles scientifiques fondamentales allant d’omissions délibérées à l’introduction de données hors de propos en passant par une violation des lignes directrices de l’OCDE pour l’évaluation des études des cancers sur les rongeurs ».

« Les rapports donnent aussi beaucoup plus de poids aux études non publiées de l’industrie qu’aux études révisées par des pairs et publiées dans des revues scientifiques », note l’étude.

Elle souligne que les autorités de régulation comme l’Institut fédéral allemand pour l’évaluation des risques (BfR), l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA), se sont toutes appuyées sur ces articles sponsorisés par l’industrie, concluant que le glyphosate n’était pas cancérogène.

« En revanche, le CIRC refuse de prendre en compte les études non publiées de l’industrie dans son évaluation sur le glyphosate, et estime que les données qui y sont présentées sont insuffisantes et que d’importants détails manquent », ont conclu les auteurs du rapport.

Monsanto Papers

Philippe Lamberts, José Bové, Eric Andrieu,  et vingt-six autres eurodéputés ont adressé ce vendredi 24 mars une lettre ouverte à Jean-Claude Juncker appelant la Commission à agir pour protéger les consommateurs européens.

Ils rappellent que l’EFSA et l’ECHA ont basé leur avis sur un rapport intitulé Rapport des études de génotoxicité du glyphosate et des formulations à base de glyphosate, rédigé par Larry Kier, ancien expert de Monsanto et consultant en toxicologie et David Kirkland, qui aurait quant à lui signé un contrat avec Monsanto selon un courriel interne daté du 12 juillet 2012, révélé lors des Monsanto Papers.

Contrairement à l’EFSA et l’ECHA, les eurodéputés rappellent également que le CIRC de l’OMS a conclu que le glyphosate était probablement cancérigène pour l’homme et n’avait pas inclus l’étude de Kier & Kirkland dans son évaluation. «  Le groupe de travail a déterminé que les informations contenues dans le supplément à Kier & Kirkland ne répondaient pas aux critères d’inclusion des données tels qu’énoncés dans le préambule des monographies du CIRC, n’étant ni des rapports publiés ou acceptés pour publication dans la littérature scientifique ouverte ni des données provenant de rapports gouvernementaux publiquement disponibles », avait alors expliqué le CIRC.

Les députés européens appellent donc les deux agences européennes à réviser de manière critique la validité de leurs études et la Commission à enquêter sérieusement pour savoir si Monsanto « a délibérément falsifié des études sur la sécurité du glyphosate, et si les faits sont établis,  à prendre des mesures juridiques appropriées contre l’entreprise. »

Réactions

Le porte-parole de la Commission, Enrico Brivio, a déclaré à Euractiv que l’exécutif européen avait « pris note » de l’avis de l’ECHA, « basé sur des preuves scientifiques ».

« L’avis final de la Commission devrait être rendu avant les vacances d’été […] Après cela, les services de la Commission relanceront les discussions avec les États membres quant à l’autorisation du glyphosate en tant que substance active dans les pesticides. »

« Une décision devra être prise dans les 6 mois à compter de la réception de l’avis du comité d’évaluation des risques (CER) de l’ECHA, ou d’ici à fin 2017 », a-t-il ajouté.

Contexte

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a déclaré en novembre 2015 qu’il était peu probable que le glyphosate provoque le cancer chez les hommes et a proposé d’élever les plafonds du pesticide.

L’EFSA conseille les décideurs politiques européens, et ses conclusions étaient censées ouvrir la voie à un renouvèlement de l’autorisation du glyphosate par les 28 États membres. La molécule est entrée sur le marché en 1974. Elle est rapidement devenue le numéro 1 des ventes, notamment avec le Round Up du géant agrochimique américain Monsanto.

Les groupes environnementaux appellent à une interdiction de la substance depuis que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’OMS, a affirmé en mars 2015 que le glyphosate était un « cancérogène probable pour les humains ».

Selon un groupe d’action, 1,4 million de personnes ont signé une pétition appelant l’Union européenne à suspendre l’autorisation du glyphosate en attendant d’autres évaluations.

L’EFSA assure avoir mené une analyse approfondie et tenu compte des recherches du CIRC. L’agence a néanmoins conclu qu’il n’existait pas de risque cancérigène lié au glyphosate. Greenpeace parle pour sa part de mascarade.

http://www.euractiv.fr

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