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La coalition internationale anti-EI a confirmé avoir effectué un bombardement aérien dans la zone où s’est produit l’incident meurtrier.

 Par Hélène Sallon

Des habitants de Mossoul fuient la ville pendant les combats entre l’armée irakienne et les militants de l’organisation Etat islamique, le 25 mars.
Des habitants de Mossoul fuient la ville pendant les combats entre l’armée irakienne et les militants de l’organisation Etat islamique, le 25 mars. SUHAIB SALEM / REUTERS

Des dizaines de corps d’hommes, de femmes et d’enfants continuent d’être extraits par les membres de la protection civile d’immeubles en ruines situés près de l’hôpital Rahma, dans le quartier Al-Djadida de Mossoul, dans l’ouest de la métropole du nord de l’Irak. Plus de 130 civils auraient été tués à cet endroit, selon le gouverneur de la province de Ninive, Nawfal Hammadi. Des responsables locaux et des habitants attribuent l’effondrement à des frappes aériennes menées mi-mars en appui de l’avancée des forces irakiennes contre l’organisation Etat islamique (EI). Mise en cause, la coalition internationale anti-EI, emmenée par les Etats-Unis, a confirmé, samedi 25 mars, avoir frappé le secteur où les civils ont été tués.

« Plus de 137 personnes étaient à l’intérieur. Tout le quartier fuyait à cause des missiles qui s’abattaient. Les gens ont trouvé refuge ici », a déclaré à Associated Press (AP) Ahmed Ahmed, un résident du quartier où s’est produit l’incident meurtrier. Ces habitants ont été ensevelis dans l’effondrement des bâtiments. L’origine exacte de l’effondrement n’est pas connue mais un élu local et deux habitants ont déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) que des raids aériens contre l’EI auraient pu provoquer la destruction d’un camion rempli d’explosifs, soufflant les bâtiments alentour.

Selon des témoins interrogés par AP, un premier bombardement a visé cet ensemble d’immeubles le 13 mars, suivi d’un second quelques jours plus tard. Un général irakien, sous couvert d’anonymat, a affirmé que les frappes avaient endommagé plus de 27 bâtiments résidentiels, dont trois ont été complètement détruits.

« Des dizaines de corps encore ensevelis »

Du fait de l’intensité des combats dans la zone, les équipes de la défense civile irakienne n’ont pu accéder aux lieux que jeudi. Quarante corps ont été retrouvés jeudi et 42 autres vendredi, selon la protection civile. « Il y a des dizaines de corps encore ensevelis sous les décombres », a indiqué samedi à l’AFP Bachar Al-Kiki, le chef du conseil provincial de Ninive, dont Mossoul est le chef-lieu. « Retrouver des survivants est très difficile car la zone est complètement détruite, a dit le général Mohamed Al-Djaouari, officier de la protection civile, à la presse. On peut parler de désastre. » Les membres de la défense civile, qui ont reçu des renforts de Bagdad, disent manquer d’équipement lourd, de marteaux-piqueurs et de camions pour retirer les gravats.

« Nous sommes stupéfaits par ces morts », a réagi samedi Lise Grande, coordinatrice humanitaire des Nations unies pour l’Irak. Alors que l’ONU et des ONG avaient salué les efforts menés par les forces irakiennes pour préserver la vie des civils lors de l’offensive sur l’est de Mossoul, de mi-octobre 2016 à fin janvier, elles n’ont eu de cesse d’alerter depuis le début de l’offensive sur l’ouest de la ville, le 19 février, du nombre croissant de victimes civiles, prises entre deux feux. Environ 600 000 personnes se trouvent encore dans les zones tenues par l’EI, dont 400 000 dans la vieille ville, a affirmé jeudi un représentant du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) en Irak. Plus de 200 000 habitants ont réussi à fuir durant les combats, selon le gouvernement irakien.

Boucliers humains

La hausse du nombre de victimes civiles traduit les difficultés rencontrées par les troupes irakiennes pour déloger les djihadistes de l’Etat islamique, désormais encerclés et déterminés à se battre jusqu’au bout. Face à leur résistance acharnée, les forces irakiennes et les avions de la coalition font un recours accru aux bombardements aériens et aux tirs d’artillerie. Leur tâche est aussi rendue difficile par l’utilisation de plus en plus systématique par l’EI de civils comme boucliers humains. « L’organisation terroriste Daech essaie de stopper par tous les moyens l’avancée des forces irakiennes à Mossoul. Elle rassemble des civils (…) et les utilise comme boucliers humains », a déclaré le gouverneur Nawfal Al-Hammadi à l’AFP.

Des habitants disent avoir été retenus par l’Etat islamique dans les habitations pendant les combats. Certains accusent les djihadistes de les maintenir dans les étages inférieurs tandis que leurs snipers ciblent les forces irakiennes depuis le toit. « Les djihadistes nous ont retenus pendant une quinzaine de jours, sans nous laisser sortir », a témoigné Yassir Ahmed, 35 ans, à l’AFP. « Il y avait des snipers postés sur un entrepôt (…) et qui tiraient sur les gens », a rapporté Adel Abdel Karim, 27 ans. Les équipes médicales déclarent soigner en majorité des civils blessés par des engins explosifs improvisés et des voitures piégées, des tirs de mortiers et de snipers.

Plus de 2 700 civils tués selon l’ONG Airwars

Dans un communiqué envoyé vendredi à l’AP, la coalition anti-EI avait annoncé avoir ouvert une enquête après avoir reçu de « multiples allégations » sur ces frappes dans le quartier de Mossoul Al-Djadida entre le 17 et 23 mars. Samedi, elle a confirmé avoir visé, « à la demande des forces de sécurité irakiennes », des combattants et des équipements de l’Etat islamique, le 17 mars, « à l’endroit correspondant aux allégations sur les victimes civiles ». La coalition « prend toutes les précautions raisonnables au cours de la planification et l’exécution des frappes aériennes pour réduire le risque de toucher des civils », assure le communiqué.

L’organisation indépendante Airwars s’est pourtant alarmée, vendredi, du nombre accru de victimes civiles – plus de 1 000 en mars, selon ses estimations – occasionnées par des bombardements de la coalition internationale en Syrie et en Irak. L’organisation, sise à Londres, a répertorié plus de 2 700 victimes civiles dans les deux pays depuis le lancement de la coalition internationale anti-EI en août 2014. De son côté, le Pentagone n’a confirmé la mort que de 220 victimes civiles pour la même période.

La hausse du nombre de morts dans la population pourrait obliger les troupes irakiennes et les forces de la coalition à revoir leurs modus operandi. « Le nombre élevé de morts parmi les civils dans la vieille ville nous a forcés à arrêter nos opérations pour revoir nos plans, a affirmé à l’agence Reuters un porte-parole de la police fédérale, qui prend part à l’offensive. Nous devons à présent réfléchir à de nouveaux plans et à de nouvelles tactiques. »

 

 

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