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Par Paul-Marie Coûteaux

Lettre ouverte à Nicolas Dupont-Aignan et Henri Guaino, qui se trompent de programme et font peser le risque d’une victoire de la gauche.

Je connais et j’apprécie chacun de vous, nous nous inscrivons dans la même tradition gaulliste et je ne crains pas de dire que votre élection à la présidence de la République comblerait mes voeux. Je ne m’en trouve que plus à l’aise pour écrire ce que tout le monde sait : en dépit de vos efforts, vous n’avez pas réussi ce rassemblement qui fut l’une des oeuvres les plus nécessaires du Général. Vos talents ne sont pas en cause, mais les circonstances : le fait qu’il n’y eut aucune cristallisation autour de l’un ou de l’autre signe la déshérence du gaullisme et nous oblige à nous replier sur une solution de moindre mal. Dans l’urgence et face au péril immense que représenteraient l’élection d’Emmanuel Macron et la perpétuation au “pouvoir” de la pire des gauches, la gauche antinationale, cette solution est, pour moi comme pour beaucoup de gaullistes, François Fillon. En ne le soutenant pas, vous le privez des quelques points qui pourraient ouvrir la voie au pire et à ce que nous combattons ensemble depuis vingt-cinq ans.

Le programme de Fillon est bien plus près des vues économiques du Général que celui du CNR

Vos discours font, en effet, peser une équivoque sur notre manière de voir la question économique, que nous soumettons, nous gaullistes, à la question politique et non à la question sociale : le but de l’action de l’État n’est pas la redistribution à tout-va des richesses ; nous la soumettons au primat du politique, c’est-à-dire à la puissance, à l’indépendance et à la grandeur de notre pays.

Pour vous démarquer de François Fillon, vous prenez l’habitude d’opposer à son programme dit “de la casse sociale” celui du Conseil national de la Résistance, dont vous vous faites ainsi les gardiens sans paraître vous douter que, quand il fut élaboré en 1944, ledit CNR n’avait plus guère de rapport avec de Gaulle : dès juillet 1943, le CNR, qu’ont dominé peu à peu les socialistes, les communistes et leurs alliés, provoque la France combattante en se déclarant lui-même seul « gérant » et « organe de la souveraineté nationale » ; début, écrit Paul-Marie de La Gorce d’une « opposition radicale à de Gaulle ». Les communistes prennent la main, notamment sur le programme économique, rédigé à l’initiative de la CGT et publié en mars 1944. Et c’est ce programme que vous présentez aujourd’hui comme nos Tables de la Loi ! Oubliez-vous que de Gaulle ne l’approuva jamais, mais au contraire le contra en présentant le 12 septembre 1944 son propre programme ? Oubliez-vous que l’essentiel du programme du CNR fut appliqué après son départ ? Il y aurait ici long à dire, qui montrerait que le programme de Fillon est bien plus près des vues économiques du Général que celui du CNR.

Revenez donc au raisonnable, mes chers amis

Surtout, vous prenez le risque d’arbitrer bien mal le duel décisif de cette dramatique campagne : Fillon-Macron. Votre désistement en faveur du premier signifierait certes le retour à ce “gaullisme pour temps de paix” qu’incarna un Pompidou : il est moins prophétique que le nôtre, mais il n’est point déshonorant. À l’opposé, votre maintien pourrait, ne serait-ce que d’un point fatal, assurer l’élection d’Emmanuel Macron aux terribles effets : cet émule des “déconstructeurs” que l’hégémonie soixante-huitarde et la mondialisation sauvage ont partout installés détruirait tant nos colonnes qu’il ne resterait dans cinq ans plus grand-chose de la France — dans les domaines capitaux que sont la politique étrangère, l’Europe, les fondements moraux de notre civilisation, les conséquences de la vague migratoire, la désindustrialisation, l’abandon de notre agriculture et de nos territoires. De surcroît, vous bloqueriez ainsi le passage, que je crois presque mûr, d’une génération intellectuelle à une autre, et ce retour aux fondamentaux de la politique classique de la France que tant de Français appellent de leurs voeux mais que les gauches unies retardent encore.

Revenez donc au raisonnable, mes chers amis. C’est parce que votre responsabilité est énorme que je vous écris, vous demandant de mesurer les conséquences du choix que vous avez à faire : soit persévérer dans vos solitudes, soit participer aux côtés de François Fillon à l’oeuvre de restauration nationale à laquelle vos talents pourraient tant manquer. N’est-ce pas, en gaullistes, une attitude plus digne que la poursuite d’aventures électorales ? Faut-il rappeler que la politique consiste à gouverner la France conformément à ses principes et à ses intérêts ? Cette oeuvre, vous le dites vous-mêmes, est urgente : elle requiert toutes les ardeurs — et pour commencer les vôtres

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