A propos de l’élection française

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François Nordmann

Plus souverainiste et plus radical, François Fillon inquiète aussi les dirigeants allemands en raison de sa volonté de lever les sanctions contre la Russie

La Suisse romande est obsédée par la campagne électorale française, comme la NZZ le relevait récemment. Les conversations privées, les medias publics et la presse en Suisse romande ne cessent de braquer l’attention sur les aléas de la présidentielle française, parfois sans aucune distance. Les rebondissements spectaculaires dignes d’une série de télévision, la dramatisation des primaires, le retrait du président de la République sortant ont contribué à fouetter l’intérêt pour la consultation dans le pays voisin. Les hommes politiques français en compétition pour l‘Elysée paraissent soulever plus de passion dans nos cantons que nombre de politiciens argoviens ou saint-gallois qui ont pourtant plus à dire dans le sort de la Suisse…

Ce qu’en disent les sondages

A moins d’un mois des élections présidentielles françaises, la situation n’a pas fini d’évoluer. La moitié des électeurs se disent indécis, un tiers environ compte s’abstenir, beaucoup envisagent de procéder à «un vote utile» qui ne refléterait pas leur choix réel mais qui leur éviterait d’égarer leur vote sur une personnalité en passe d’être éliminée. Voilà qui fausse les perspectives. Cependant, au fur et à mesure que s’opèrent les choix des citoyens, les retards que les candidats accusent dans les sondages deviennent des handicaps de plus en plus difficiles à remonter. Et à force de citer le nom de ceux qui paraissent dominer la course électorale, les sondages quotidiens finissent par créer un état de fait psychologique, si bien qu’il serait étonnant que les trois candidats en tête des prévisions sondagières soient maintenant dépassés par d’autres. On ne saurait l’exclure entièrement, compte tenu de la fiabilité des enquêtes en Grande-Bretagne et aux Etats Unis depuis un an, mais cela devient moins vraisemblable de jour en jour. Cependant les sondages sont-ils en mesure de capter les intentions de vote – et d’abord le taux de participation – des milieux populaires? C’est l’une des inconnues du scrutin.

Relation franco-allemande

Dans les chancelleries, on prend chaque hypothèse au sérieux. La politique européenne est l’enjeu majeur de l’élection. Si Mme Le Pen, ennemie déclarée de l’UE, arrivait en tête au premier tour avec un tiers des suffrages, ce serait un signal d’alerte, surtout pour ce qui est du projet européen; le recul de M. Fillon et l’avance (encore instable) de M. Macron sont dûment enregistrés. C’est ainsi que Mme Merkel, la chancelière allemande a reçu M. Macron deux mois après avoir accueilli M. Fillon. La relation franco-allemande est au cœur de la campagne électorale française, et le programme réformiste de l’ancien ministre de l’économie est celui qui converge le plus avec les positions de Berlin. Il a en effet saisi la nécessité d’assainir l’économie française et de mieux gérer les finances publiques, de façon à les «réaligner avec les succès de l’Allemagne» et de rendre à la France sa part d’influence en Europe, tout en procédant avec modération.

L’homme qui incarne la réforme

Plus souverainiste et plus radical, François Fillon inquiète aussi les dirigeants allemands en raison de sa volonté de lever les sanctions contre la Russie. Pour sa part, le créateur d’En Marche! a adopté un langage plus ferme envers Moscou. Sur l’immigration, M. Macron est favorable à une politique concertée avec les partenaires européens de la France alors que M. Fillon comme Mme Le Pen s’opposent à l’arrivée de nouveaux immigrants. M. Macron espère que sa bonne volonté sera récompensée par un assouplissement de la politique budgétaire allemande. Il est peu probable que Mme Merkel modifie sa politique d’austérité alors qu’elle doit faire face à des élections parlementaires le 24 septembre prochain. Cependant la croissance qui a repris en Europe, y compris en France, devrait atténuer l’effet de la rigueur.

On a beaucoup reproché à M. Macron les coûts et le flou de son programme. Mais le renouveau qu’il incarne est le gage à la fois de la continuité et de la réforme de la politique européenne.

https://www.letemps.ch

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