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Interview à Ouest-France


Élu, quelle serait votre première grande décision ?

Une initiative envers l’ensemble des pays de l’Union européenne pour organiser une conférence sur la sécurité et la guerre contre le terrorisme islamique.

Et sur le plan national, la promesse que vous vous engagez à tenir, coûte que coûte ?

Relancer immédiatement la machine économique pour atteindre le plein emploi. C’est la priorité absolue. La plupart des pays de l’Europe du nord ont fait des réformes qui leur permettent d’être quasiment au plein-emploi, c’est-à-dire un taux de chômage inférieur à 7 %.

Dépenses, recettes, fiscalité : quelle est l’économie globale de votre projet ?

Je suis le seul à proposer un projet réaliste et financé. M. Mélenchon, c’est 173 milliards de dépenses en plus ; Mme Le Pen, 150 milliards ; M. Hamon, 71 milliards ; M. Macron, c’est 60 milliards d’économies, mais 50 milliards de dépenses nouvelles. Moi, je propose 100 milliards de baisse de dépense publique, chiffre nécessaire pour atteindre l’équilibre des comptes au bout de cinq ans : 35 à 40 milliards pour l’administration publique de l’État, les collectivités locales pour 15-20 milliards ; le secteur social avec la retraite à 65ans (20 à 25milliards), les dépenses de Sécurité sociale (20 milliards), le retour à l’équilibre de l’Unedic (10 milliards). Cet effort résolu sur les dépenses de fonctionnement nous permettra de préserver l’investissement public et d’augmenter de 12 milliards les dépenses consacrées à la Défense, la Sécurité et la Justice. Il nous permettra également de réduire de 40 mds les impôts et les charges sur les entreprises pour rétablir leur compétitivité et d’augmenter les petites retraites. Grâce à une augmentation modérée de la TVA, les importations participeront au financement de notre protection sociale permettant ainsi de réduire les cotisations sociales des salariés et donc de préserver leur pouvoir d’achat.

Touchez-vous à l’impôt sur le revenu ?

Ma priorité, c’est l’augmentation du salaire net à travers la baisse des charges sociales. La baisse de l’impôt sur le revenu devra intervenir plus tard, quand la situation économique le permettra.

Au-delà du chiffrage, comment sortir du blocage de la société ?

Le blocage est plus souvent dans la tête des dirigeants que dans la réalité du pays. On a fait deux réformes des retraites, considérées comme impossibles, qui ont mis des gens dans la rue, mais qui ont été faites quand même. Au moment de la loi El Khomri, il y a eu quelques jours de grèves, 50 000 personnes dans les rues, mais le pays n’a pas du tout été bloqué. Il faut de la détermination. Je suis allé défendre mon projet devant la CFDT : je ne dis pas que l’accueil était enthousiaste, mais le dialogue était engagé.

Premier ministre, vous avez mis en œuvre la diminution des fonctionnaires. Sauf que, dans les territoires, on a embauché à tour de bras !

C’est pour cela que, cette fois, la diminution des effectifs porte sur les trois fonctions publiques. La modulation des dotations de l’Etat aux collectivités locales en fonction de leurs efforts, c’est aussi un moyen de les inciter à réduire leurs effectifs. Mais je propose aussi d’interdire à l’État d’imposer des contraintes qui ne soient pas financées. Et ainsi d’abroger l’application des rythmes scolaires, de faciliter les recrutements hors statut et de donner une très grande liberté aux communes et aux départements pour s’organiser, fusionner. Je fais le pari que cette liberté donnera plus de résultats que la contrainte venue d’en haut.

Quels leviers pour réduire les fractures numérique, sanitaire ?

La base, c’est la croissance, l’emploi, le retour de l’activité. Je propose un plan très haut débit des territoires ruraux à travers la vente, par l’État, de participations non stratégiques, pour créer un fonds d’investissement servant à financer le très haut débit. Je propose un plan d’équipement en maisons de santé, avec un numerus clausus régionalisé, et la poursuite des ouvertures de maisons de service public. Enfin, de revoir les critères des zones de revitalisation rurale en souffrance.

Comment la rendre l’agriculture compétitive ?

Je veux que l’on traite les agriculteurs comme des entrepreneurs, avec un statut simple et souple, que l’on fasse de la vente directe, du commerce, ou de la grande exploitation. Ensuite, une baisse des charges dans le cadre des 40 milliards d’allègements que je propose pour l’ensemble des entreprises. Troisièmement, que l’on nettoie, par ordonnance, toutes les normes ajoutées aux normes européennes qui expliquent une grosse partie du handicap de l’agriculture française. Je propose un compte aléas climatiques permettant de placer les résultats des bonnes années, sans impôt et sans délai, pour financer les mauvaises. Enfin, je veux que la France vienne avec une proposition de réforme de la politique agricole commune orientée sur la production et l’investissement.

Respecterez-vous les engagements de la COP21 ?

Oui, bien sûr. Je considère qu’ils sont nécessaires et engagent la parole de la France. Mon objectif en matière énergétique est de parvenir à une économie complètement décarbonée. Nous engagerons un processus de fermeture de toutes les productions d’énergies fossiles, en les compensant par du renouvelable, un gros effort, mais aussi par le maintien du parc nucléaire modernisé.

Notre-Dame-des-Landes ?

On le fait. Je ne change pas de position. D’abord parce que c’est un projet qui a un vrai sens stratégique pour l’Ouest français. Ensuite, parce que la démocratie consiste à respecter les décisions de justice, les élections, les référendums. La manière dont a été géré le dossier de Notre-Dame-des- Landes a eu un impact sur le climat général en France en renforçant le sentiment d’absence d’autorité de l’État, incapable de faire respecter l’ordre public.

Votre maître mot, c’est libérer. Mais dans le cas de secteurs stratégiques, comme les chantiers de Saint-Nazaire, l’État doit-il intervenir ?

Oui, et je l’ai déjà fait pour les Chantiers de l’Atlantique. Il ne s’agit pas de nationaliser, mais de s’assurer que les acteurs publics pèsent d’un poids suffisant au capital et dans les décisions importantes d’investissement et de localisation de l’activité.

Faut-il faire bouger les lignes européennes sur les aides d’État ?

Sur les aides d’État et sur la concurrence. Les menaces que fait peser M. Trump sur le libre commerce doivent nous conduire d’abord à des mesures de rétorsion dissuasives et à une politique de la concurrence favorable aux entreprises européennes, et pas simplement destinée à favoriser la concurrence à l’intérieur du territoire européen. Il me semble que nos amis allemands, réticents à ces perspectives, devraient progressivement changer de point de vue, notamment après l’accueil réservé à Mme Merkel par M. Trump.

Les Allemands doivent changer quoi ?

Accepter l’idée que les États-Unis défendent d’abord leurs intérêts et que l’Europe doit défendre les siens. J’ai senti une très grande résistance de milieux politiques et économiques allemands à cette idée que l’Europe devait se protéger par rapport à une politique américaine agressive. Avec la menace de Trump de taxer les importations de BMW et Mercedes, je pense que l’Allemagne va commencer à réfléchir à une stratégie plus offensive et donc à une forme de solidarité européenne.

En imposant des droits de douane ?

Ce n’est pas ce que je propose. Mais il faut dire aux Américains que l’on n’acceptera pas qu’on nous impose des règles sans que nous réagissions. Sur le numérique, par exemple, l’Europe peut se fixer un cadre fiscal et réglementaire qui permette de rééquilibrer la concurrence. On doit mettre sur la table cette affaire absolument scandaleuse de l’intervention de la justice américaine dans les entreprises européennes, contraire aux règles d’exterritorialité du droit international.

Le Franco-Allemand est moribond. Vous le relancez par quoi ?

Il est moribond parce que François Hollande a commencé son quinquennat en essayant d’opposer les pays du Sud à l’Allemagne, tentative qui a laissé des traces. Ensuite, parce que la France ne respecte pas ses engagements sur le déficit. Il faut avoir une stratégie de croissance et de réforme qui rétablisse une forme de confiance.

Pas en prenant nos ordres à Berlin, comme le dit Mme Le Pen ?

Respecter ses engagements, ça ne veut pas dire être soumis. C’est sûr qu’avec Mme Le Pen, en six mois, c’est le Fonds monétaire international qui gérera le pays ! L’Europe est en grand danger. Le brexit est un coup de tonnerre. On a besoin d’un projet de relance. Et il ne peut pas passer par un nouveau traité, parce que ce serait des mois de négociations, des concessions à chacun des 27, un traité qui serait rejeté. La voie possible, c’est une initiative franco-allemande sur quelques sujets prioritaires.

Lesquels ?

L’euro, d’abord. La monnaie commune, pour en faire un atout, il faut engager un effort d’harmonisation au moins sur la fiscalité des entreprises. Je préconise une forme de gouvernement de la zone euro, composé des chefs d’État et de gouvernement, une structure légère, un agenda fiscal, cinq ans pour harmoniser la fiscalité des entreprises, dix ans pour les ménages. L’objectif, c’est de faire de l’euro un instrument d’indépendance et de souveraineté, à côté du dollar et de la monnaie chinoise, qui va devenir convertible.

Vous pousserez pour un Brexit soft ?

On ne peut pas à la fois quitter l’Europe et en garder les avantages. Je défendrai nos intérêts avec vigueur dans la négociation avec les Britanniques et je renégocierai les du Touquet en matière d’immigration.

Quels sont vos rapports personnels avec Mme Merkel ?

J’ai une relation de confiance, nous avons des caractères qui sont assez proches, une forme de calme et de solidité. On partage la même vision de la société et de l’économie, ce qui n’est pas le cas avec le président de la République française. Alors, c’est vrai, j’ai dit à Mme Merkel, et en Allemagne, que la France, certes n’avait pas de leçon à donner sur sa politique de réfugiés, mais qu’elle n’était pas en mesure d’accueillir un nombre important de réfugiés, compte tenu de la situation économique, sociale, des tensions que nous avions sur notre territoire.

Que vous a-t-elle répondu ?

Je ne veux pas la faire parler, mais j’ai le sentiment que l’Allemagne est consciente des difficultés que cette politique entraîne.

En matière de politique migratoire, y a-t-il des terrains d’entente entre Européens…

Il faut bien que chacun comprenne que s’il n’y a pas un effort pour sécuriser les frontières, nous allons vers une explosion de Schengen et le retour des frontières nationales.

Vous décrivez la menace stratégique, le défi migratoire, la menace djihadiste… que vous considérez comme une priorité absolue…

C’est aujourd’hui le totalitarisme islamique qui nous menace, à l’intérieur de nos frontières comme à l’extérieur.

La réforme Schrœder de l’assurance chômage est-elle un exemple pour vous ?

C’est ce que je propose. Notre système d’indemnisation du chômage est très lourdement déficitaire. Avec bientôt quarante milliards de dettes et un déficit annuel de l’ordre de quatre milliards. Je propose qu’on revienne à l’équilibre et pour cela il faut intégrer une dégressivité de l’assurance chômage.

Vous vous dites proche de Mme Merkel, mais si c’est Martin Schulz qui gagne et gouverne avec la gauche radicale, ce serait un problème ?

Je n’ai pas à intervenir dans la vie politique allemande. Je prendrai les initiatives nécessaires avec tout gouvernement allemand, quel qu’il soit. L’Allemagne, c’est l’Allemagne. L’Allemagne est notre partenaire historique et notre allié. Mais il est vrai que j’ai une proximité idéologique avec Mme Merkel que je n’ai pas avec M. Schulz. Dans le passé on a vu des présidents et des chanceliers de bords différents. La relation franco-allemande transcende les résultats des élections. Nicolas Sarkozy, au début de son mandat, voulait privilégier la relation britannique, et je lui avais dit qu’entre la France et la Grande-Bretagne, il y aurait toujours la Manche. Il faut être réalistes : la réalité c’est que la France et l’Allemagne sont deux puissances continentales dont les destins sont liés.

Êtes-vous pour la fin des sanctions contre la Russie ?

Même si nos amis allemands n’y sont pas favorables, il faut lever le plus vite possible l’embargo sur la Russie. La confrontation ne peut déboucher que sur des catastrophes. Les Russes ne plieront pas. Ce n’est pas un peuple qui baisse la tête devant des sanctions économiques. Je ne dis pas qu’ils ne commettent pas des erreurs ; je dis que la méthode ne convient pas. On dit que la partie russe ne respecte pas les accords de Minsk, mais la partie ukrainienne non plus ! Donc, il y a bien un moment où il faut que l’Europe se fâche.

… Jusqu’à ce que la Crimée soit rendue à l’Ukraine ?

Cela, c’est une vue de l’esprit. La Russie ne rendra jamais la Crimée parce que les trois quarts des habitants de la Crimée sont russes. Autant la question de l’Est de l’Ukraine se pose de façon tout à fait différente, autant quand on connaît l’histoire de la Crimée, quand on sait pourquoi la Crimée a été rattachée à l’Ukraine, on ne peut pas être aussi catégorique.

Mais vous êtes prêt à reconnaître l’annexion de la Crimée ?

Il faut une discussion internationale, que l’Onu se saisisse du sujet. L’intangibilité des frontières est une donnée importante de la stabilité internationale, mais le droit des peuples à disposer d’eux- mêmes aussi. Chacun connaît la situation de la Crimée par rapport à la Russie. À la fois historique, linguistique, culturelle. Donc, poser comme préalable qu’il n’y aura aucune discussion avec la Russie tant qu’elle n’aura pas rendu la Crimée, c’est se placer dans une impasse totale.

Vous avez déclaré que M. Poutine est un homme honorable. Le pensez-vous toujours après les bombardements d’Alep ?

Vladimir Poutine est le président de la Russie qui est le plus grand pays du monde par la superficie et une puissance incontournable dans la région. Nous devons en tenir compte, au-delà du jugement moral que l’on peut porter sur sa politique. Mais n’oublions pas que la Russie n’a pas de tradition démocratique. Quant au martyr d’Alep, il avait commencé bien avant l’intervention russe. Intervention que nous aurions pu éviter si nous nous étions engagés dans une vraie coalition pour libérer la Syrie.

Estimez-vous qu’il faut parler à Assad ?

Le régime syrien a tenu. Je suis très critique à son égard, mais il a tenu. Donc il faut faire un état des lieux. Dans un premier temps se débarrasser de l’État islamique, c’est la priorité absolue, et ensuite la question de l’avenir de la Syrie se posera. Ma conviction, c’est que Bachar el Assad ne peut pas être l’avenir de la Syrie. A un moment, il faudra qu’il soit remplacé. Mais on n’y parvient pas simplement en prenant des postures morales…

Vous préconisez d’accroître l’effort de défense en France. Quel schéma d’organisation entre Européens ?

Aujourd’hui, la menace principale et la plus immédiate, c’est celle qui vient de la montée de ce que j’appelle le totalitarisme islamique. Face à cette menace, je considère que l’Europe doit prendre ses responsabilités. Parce qu’elle est directement menacée, au contact, parce que la rive Sud de la Méditerranée, c’est à une heure de l’Europe. Et parce que la politique américaine semble, au moins pour le moment, être plutôt une politique de retrait et de recul. Donc, nous avons besoin d’un effort de défense européen.

De quel type ?

Il peut y avoir une réflexion sur la mutualisation des moyens. On a des manques en matière de transports, de guerre électronique, de drones, etc. Il y a certainement un travail de complémentarité à faire.

Vous avez critiqué jeudi soir le fait que l’armée allemande ne combat pas. Où devrait-elle combattre ?

Par exemple, au Sahel, la France ne va pas pouvoir éternellement toute seule porter l’effort. Ce n’est pas sain et c’est au-delà de nos possibilités financières. Puisque l’Allemagne a des excédents, elle peut peut-être participer un peu plus au financement de la politique de sécurité européenne.

Le problème, c’est que l’opinion publique allemande est foncièrement opposée à toute intervention extérieure…

Les Allemands sont réalistes et les événements récents, notamment à Berlin, ont montrés qu’ils étaient eux aussi la cible du terrorisme islamique. C’est une réalité dont ils doivent tenir compte. Quant à l’idée qu’un pays occidental peut intervenir massivement dans la vie d’un autre pays, en Afrique ou au Moyen Orient comme cela s’est fait en Irak ou en Libye, je pense que c’est une vision qui appartient au passé. Les forces occidentales peuvent intervenir de façon ponctuelle, en soutien à des armées locales ou pour sécuriser de façon temporaire des territoires, mais en aucun cas être dans une stratégie à l’américaine d’occupation dans la durée. 

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