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Par : Aline Robert

Marine Le Pen en meeting à Lille, le 26 mars 2017. EPA/THIBAULT VANDERMERSCH

L’écart de  mobilisation entre les pro-FN et le reste des votants risque de faire élire la candidate minoritaire dans les intentions de vote du second tour, Marine Le Pen, selon une étude du Cevipof.

Un candidat minoritaire dans les intentions de vote peut remporter une élection : on l’a vu aux États-Unis, où les différentes strates électorales ont rendu possible l’élection de Donald Trump.

Mais aussi pour le Brexit : en quelques mois, la dynamique du rejet de l’Europe est passée de minoritaire à majoritaire. Au Cevipof, Serge Galam, physicien de formation, et spécialiste des dynamiques électorales, s’est penché sur l’hypothèse pour l’élection présidentielle française, en se concentrant sur l’enjeu de l’abstention.

« Je suis parti d’un constat empirique dans mon entourage: certains électeurs n’ont pas envie d’aller voter au second tour des élections, parce qu’ils rejettent à la fois Marine Le Pen, François Fillon et Emmanuel Macron. En modélisant cette abstention, on se rend compte qu’elle peut faire élire Marine Le Pen », explique le chercheur à Euractiv.

« Front républicain »

Jusqu’à maintenant, lorsque le Front national atteignait le second tour d’une élection, un « front républicain » s’organisait, empêchant le plus souvent le candidat FN d’être élu, qu’il s’agisse d’une élection locale ou nationale. Or, ce front républicain, qui a tendance à s’effriter, pourrait être mis à mal par cette élection présidentielle atypique, dans laquelle les principaux candidats font aussi l’objet d’un très fort rejet.

Quand on l’interroge sur ce qu’il fera si le deuxième tour oppose Marine Le Pen à Emmanuel Macron, l’ex-conseiller de Sarkozy, Henri Guaino, n’hésite pas à dire qu’il ira à la pêche. Au Front de gauche, le mot d’ordre de la dernière manifestation des mélenchonistes était particulièrement violent : il s’agissait du « dégagisme » : le fait de faire dégager la classe politique actuelle, dont François Fillon, député depuis 30 ans, ou Emmanuel Macron, ancien conseiller de Hollande. Au second tour, à l’exception des électeurs de Marine Le Pen, bon nombre de votants risquent donc d’être peu motivés pour aller voter.

Abstention par oubli

« C’est de l’abstention par oubli, un peu comme si on  devait prendre un médicament efficace, mais très mauvais : on a tendance à oublier de le prendre » estime Serge Galam.

À l’opposé, la mobilisation des partisans de la candidate a priori minoritaire pourrait la faire élire dans certaines conditions développées par Serge Galam. Dans l’hypothèse où la candidate ait  44 % d’intention de vote au second tour, elle pourrait être élue avec 50,07 % des suffrages exprimés si son électorat se mobilise à 90 % contre seulement 70 % pour le reste des votants, si la participation totale atteint 76 %. « Tout repose sur le différentiel d’abstention, mais ce qui est surprenant, c’est qu’il n’est pas très important », constate le chercheur.

Avec seulement 20 % de différence de mobilisation, on voit que la position minoritaire dans les intentions de vote peut se retrouver majoritaire dans les sondages. « J’avais l’intention de ne pas voter, mais  ce n’est plus le cas. J’espère que l’étude va ouvrir les yeux sur le fait que ne pas voter revient à voter Marine Le Pen au second tour », précise le spécialiste. Pour l’heure, selon le dernier sondage publié le 28 mars, Marine Le Pen arrive en tête des intentions de vote au premier tour de la présidentielle (26%) devant Emmanuel Macron ( 24 %) et François Fillon(20 %), mais perdrait au second tour avec 39 % des voix face à Emmanuel Macron et 42 % des voix face à Fillon.

http://www.euractiv.fr

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