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L'ambassade de France à Athènes. L'approche de la fin du mandat de François Hollande accélère la valse des ambassadeurs de France, en passe de laisser place à leurs successeurs dans nombre de grandes capitales, de Washington à Moscou, de Berlin à Pékin. /Photo d'archives/REUTERS/Alkis Konstantinidis

par Elizabeth Pineau et John Irish

PARIS (Reuters) – L’approche de la fin du mandat de François Hollande accélère la valse des ambassadeurs de France, en passe de laisser place à leurs successeurs dans nombre de grandes capitales, de Washington à Moscou, de Berlin à Pékin.

Environ un tiers des quelque 200 hauts diplomates français – dont moins du quart sont des femmes – déménagent ou se préparent à le faire en cette année charnière, selon une tradition française bien ancrée.

Nommés pour trois ans sauf situation exceptionnelle, les représentants permanents formulent des voeux sur la suite de leur carrière auprès du ministère des Affaires étrangères, qui les examine et valide une liste présentée ensuite au président de la République.

Une trentaine de changements ont été actés en février dernier, et environ autant sont appelés à être approuvés par le nouveau chef de l’Etat, issu du scrutin des 23 avril et 7 mai.

« Il n’est pas de tradition de remettre en cause les noms d’ambassadeurs proposés par le président sortant », explique un diplomate français.

GOURDAULT-MONTAGNE À WASHINGTON, RIPERT À PÉKIN

    Le jeu de chaises musicales fait des heureux et des insatisfaits, à la mesure du prestige des postes les plus convoités.

« Dans tout mouvement il y a des gens qui sont déçus, il y a des gens qui n’ont pas trouvé de case mais qui vont finir par en avoir une », souligne ce même diplomate.

Pour ce qui est des changements importants déjà actés, on sait que Jean-Maurice Ripert passera de Moscou à Pékin. Il sera remplacé en Russie par Philippe Etienne, jusqu’ici en poste à Berlin où une femme, Anne-Marie Descôtes, lui succédera.

Représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne à Bruxelles, Pierre Sellal pourrait exceptionnellement rester jusqu’après l’été afin de terminer sa carrière.

La patience est donc de mise pour les prétendants à ce poste-clé, notamment convoité par l’actuel secrétaire des Affaires européennes, Philippe Léglise-Costa.

Une source diplomatique évoque, pour ce poste, « une affaire de spécialistes des questions européennes ». « C’est une question d’expertise, de réseaux, de procédures. Il faut quelqu’un qui connaisse très bien le sujet », dit-elle.

L’expérimenté Maurice Gourdault-Montagne, ancien « sherpa » du président Jacques Chirac aujourd’hui ambassadeur en Chine, devrait achever sa carrière à Washington, en remplacement de Gérard Araud.

Ce dernier s’est fait remarquer pour son franc-parler assez inhabituel dans le monde feutré des diplomates.

Alors que Donald Trump était en passe d’être élu, en novembre dernier, le diplomate s’était permis ce message sur Twitter, effacé de son compte après avoir été partagé plus de 2.000 fois : « Après Brexit et cette élection, tout est désormais possible. Un monde s’effondre devant nos yeux. Un vertige. »

Des « états d’âme » peu appréciés en haut lieu.

« Ambassadeur, ce n’est pas une profession libérale. Gérard Araud n’est pas propriétaire de son château à Georgetown. C’est un serviteur de l’Etat. Il n’a pas à twitter ses états d’âmes. Ou alors il démissionne », a dit à Reuters un membre du gouvernement.

N’en déplaise à ses détracteurs, Gérard Araud s’est aussi illustré en commentant, début mars dans le Washington Post, la candidature à l’Elysée de Marine Le Pen dont l’élection serait, selon lui, « une catastrophe totale ».

LE « SHERPA » DE HOLLANDE PASSE AU PRIVÉ

Si la présidente du Front national mène à bien son projet de retirer la France de l’Union européenne et de la zone euro, « ça veut dire l’effondrement de l’UE, parce que l’UE sans la France ne veut rien dire », prévenait-il. « Et ça veut dire l’effondrement de l’euro et une crise financière, qui aura des conséquences dans le monde entier ».

Un avis partagé par son collègue en poste au Japon, Thierry Dana, dans une tribune publiée dans Le Monde le 9 mars. « Je préférerais renoncer à occuper les fonctions qui me seraient confiées plutôt que de servir la diplomatie du Front national. »

« La fille de Jean-Marie Le Pen a sifflé la fin de la récréation démocratique », écrivait-il. « Juges, fonctionnaires, journalistes, il faudra filer doux ».

Mécontent de ces commentaires, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a rappelé à l’ordre les diplomates dans un courrier invitant chacun à son « devoir de réserve et au principe de neutralité ».

En poste à Tokyo depuis 2014, Thierry Dana, 60 ans, est en passe de laisser sa place à Laurent Pic, directeur de cabinet de Jean-Marc Ayrault.

D’autres hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères seront envoyés à l’étranger, tel Romain Nadal, porte-parole du Quai d’Orsay, annoncé à Caracas.

Stéphane Romatet, conseiller diplomatique de Manuel Valls puis Bernard Cazeneuve à Matignon, est attendu au Caire. Frédéric Laplanche, spécialiste de l’Asie, est annoncé en Malaisie.

A l’Elysée, le « sherpa » du président, Jacques Audibert, rejoint le privé. Il deviendra le 1er juillet secrétaire général adjoint du groupe Suez.

Le conseiller Afrique du Nord et Moyen-Orient de François Hollande, David Cvach, est annoncé à Stockholm. Le spécialiste de la Syrie Franck Gellet devrait aller au Koweït.

Le conseiller diplomatique du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, Luis Vassy, est pour sa part nommé ambassadeur à Oman, une nomination rare à 37 ans.

Quant au poste d’attaché culturel à Londres, il pourrait échoir à Claudine Ripert, conseillère en communication de François Hollande.

(avec Marine Pennetier, édité par Sophie Louet)

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