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Les Français sont malheureux alors qu’ils jouissent d’un confort de vie parmi les plus élevés sur la planète.

Philippe G. Müller*

La France est un véritable paradoxe. Et il ne s’agit pas ici des prochaines élections, mais de la position si particulière du pays, la fameuse exception française. Certains lecteurs peuvent trouver que la France fascine, irrite et même intrigue. Les Français sont parfois jugés impolis et arrogants et pourtant ils sont également si charmeurs, élégants et bien éduqués. Malgré un service public pléthorique (près d’une personne active sur cinq est fonctionnaire), une dette nationale énorme et en augmentation constante, un taux de chômage à deux chiffres (en baisse) et une économie sur-réglementée, la productivité horaire en France est à peu près égale à celle de l’Allemagne et 20% supérieure à celle des travailleurs britanniques sur les vingt dernières années. Les Français boivent, fument et mangent plus gras que presque n’importe quel peuple dans le monde, mais ils ont moins de problèmes cardiaques que les Américains et un taux d’obésité dérisoire. La France a l’un des réseaux routiers les plus développés et les moins encombrés d’Europe,  son système ferroviaire est équivalent à ceux de l’Italie et du Royaume-Uni combinés. Le pays est l’une des destinations de vacances les plus populaires au monde, qui attire 85 millions de visiteurs chaque année, soit plus que l’Allemagne et le Royaume-Uni ensemble. Le Club Med a introduit un modèle de villégiature informel, tout compris.

Paris est un écrin d’architecture et d’histoire fabuleux. Et, malgré toutes les rivalités internationales et l’émergence d’autres styles culinaires, la gastronomie française reste la référence mondiale par excellence. Aucun autre pays ne produit autant de fromages ou de vins différents. Et pourtant: les Français sont parmi les plus pessimistes au monde. En fait, un sondage récent a classé le pays tout en bas de l’échelle de l’optimisme: seuls 3% des Français estiment que le monde va en s’améliorant, 81% pensent qu’il va de plus en plus mal.

Et les choses empirent: selon le World Happiness Report de l’an dernier, la France était 101e sur 126 pays pour l’évolution du bonheur entre 2005 et 2007 ainsi qu’entre 2013 et 2015. Alors, pourquoi les Français sont-ils malheureux, alors qu’ils jouissent d’un confort de vie parmi les plus élevés sur la planète? Cela tient probablement au fait qu’ils ont tout à perdre. L’Organisation mondiale de la santé classe leur système de santé parmi les meilleurs au monde. Leur système de protection sociale est l’un des plus généreux d’Europe.

Pour ce qui est de l’éducation, les grandes écoles sont de rang mondial et, contrairement aux meilleures universités britanniques et américaines, gratuites. En France, on travaille 35 heures par semaine et la pause-déjeuner peut durer une heure et demie. Mais comme l’a dit un jour l’économiste américain Herbert Stein: «If something cannot go on for ever, it will stop» (traduction: «si un phénomène ne peut continuer indéfiniment, il finira par s’arrêter»). La France ne peut pas continuer à vivre au-dessus de ses moyens. Depuis 1974, le gouvernement n’a pas une seule fois publié de budget équilibré. Il faut qu’il reprenne le contrôle de ses finances et qu’il réforme un marché du travail beaucoup trop rigide. Bien que les enseignements de l’histoire ne soient pas de bon augure, espérons qu’après les élections du printemps le nouveau président et son pouvoir législatif pourront faire accepter les réformes structurelles si urgentes, de préférence en harmonie avec le reste de l’Union européenne et de la zone euro. Il est en effet difficile d’imaginer celles-ci sans la France.

* Économiste responsable   pour la Suisse romande, Chief Investment Office d’UBS

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