Étiquettes

, ,

http://i2.wp.com/lenouveaucenacle.fr/wp-content/uploads/2017/03/1280x720-wMo-1.jpg?resize=990%2C601
Andrés Rib

L’émission politique, le programme phare du service public, est sous les feux des projecteurs. Après l’altercation entre Christine Angot et François Fillon, elle a connu un record de tweets et ne laisse personne indifférent. 

L’émission politique est une savoureuse recette de cuisine : prenez un homme politique, cassez-le en deux dans une casserole médiatique. Mélangez-le à des intervenants aussi impartiaux qu’ignares. Laissez mijoter à feux doux, puis saupoudrez le tout de journalistes insipides. Dressez la table et les chaises destinées au public, et servez le tout à 20H50.

Exit donc le débat d’antan qui filmait dans un décor austère deux journalistes assis autour d’une table en Formica.

Si la recette fonctionne, elle repose avant tout sur des ingrédients de choix, triés sur le volet, des produits du terroir que n’aurait pas reniés Bernard Loiseau.

En 2016, le service public souhaite produire une émission phare à un an des présidentielles afin que les citoyens français puissent se forger une opinion. L’on met alors les petits plats dans les grands, et l’on tire de son manuel de journaliste une recette ancienne, qui a fait ses preuves, mais dont les étapes de préparation ont été modernisées. Si c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, ils se doivent d’être passés au lave-vaisselle. Exit donc le débat d’antan qui filmait dans un décor austère deux journalistes assis autour d’une table en Formica et affublés de costumes à carreaux en train de débattre du sort de la France avec hommes et femmes politiques. Les temps changent. Et les méthodes aussi.

L’émission politique et … du spectacle

L’on débauche Léa Salamé d’Itélé, qui remettait chaque année en jeu son titre de Miss passe-plats dans l’émission Ça se dispute, pour devenir l’une des chroniqueuses d’On n’est pas couché. Après deux ans de bons et loyaux sévices, elle intègre la nouvelle sacrosainte émission politique de France 2, et avec elle revient la lourde tâche de remplacer dans le cœur des téléspectateurs les dinosaures Duhamel ou Elkabbach, aujourd’hui en voie de disparition. A ses côtés, David Pujadas.

 Voir Nicolas Dupont-Aignan dans Touche pas à mon poste n’est pas pire que de s’assoir à la même table que Christine Angot.

En sa compagnie, le spectateur ne peut que constater le désastre. Depuis son lancement, et davantage depuis la passe d’armes entre Christine Angot et François Fillon, rarement une émission de télévision du service public n’aura été aussi gênante. Le cynisme dont a fait preuve le présentateur du vingt heures lorsqu’il s’enorgueillissait du nombre de tweets occasionnés résume le caractère mercantile de la démarche. Au moment où les médias français pointent du doigt les dysfonctionnements de la présidentielle américaine, comparée souvent à un show médiatique, France 2 s’est permis de reprendre à son tour tous les codes de l’entertainment. Après la mise en scène de l’information sur Itélé et BFM, place au débat spectacle. Dans ces conditions, voir Nicolas Dupont-Aignan dans Touche pas à mon poste n’est pas pire que de s’assoir à la même table que Christine Angot, et Cyril Hanouna déguisé en fleur ressemble autant à Pujadas qu’à un saltimbanque.

Mais la rédaction de France 2 ne s’arrête pas en si bon chemin. Les rubriques des « invités mystères » et des « Français anonymes » offrent autant de moments indignes que de vues sur Youtube. «Ce qui est remarquable, c’est que nous choisissons des invités surprises hors système », affirme Michel Field, directeur exécutif de l’infirmation sur France 2. Entendez par là, des contradicteurs que l’on ne rencontre habituellement pas sur les plateaux Télé : Kerviel, Buisson, Torreton, ou encore Angot. Panel aussi large qu’inégal. Et quand certains « jouent » leur rôle avec retenue dans un débat constructif, d’autres se complaisent dans la fange pseudo-intellectuelle. Comme pour mettre le feu aux poudres, la rédaction a choisi dernièrement Christine Angot pour faire face à François Fillon. Silence, on tourne. On reste cois devant ses éructations. On coupe. On guette les réactions. La séquence passe sur tous les réseaux sociaux. Le crime est presque parfait. Ne reste plus qu’à porter le coup de grâce avec la séquence des Français anonymes.

Des citoyens sont invités à débattre avec les personnalités politiques. Une simple recherche sur Internet suffit aux téléspectateurs pour comprendre les pédigrées. Les réseaux sociaux s’emparent alors des informations qu’ils ont glanées et s’empressent de les rendre publiques. Pour autant, prétendre que la rédaction de France 2 ne connaît pas outre mesure ceux présents sur le plateau, c’est faire preuve d’une grande naïveté. Les journalistes ont pleinement conscience du passé des intervenants, et espèrent alors que ces Français anonymes seront vite identifiés pour parler davantage de l’émission. Et créer du buzz.

Charline Vanhoenacker quant à elle, réussit à résumer à chaque apparition l’indigence et le néant intellectuel de cette émission politique qui est devenue, par bien des aspects, le nouveau cabinet blanc du service public.

http://lenouveaucenacle.fr

Publicités