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Dans un courrier rendu public lundi 27 mars, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, saisie par Anticor, blanchit l’ancien ministre de l’Economie quant à sa déclaration de patrimoine

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Olivier Berruyer et Eric Verhaeghe

 Dans un courrier rendu public lundi 27 mars, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, saisie par Anticor, blanchit l’ancien ministre de l’Economie quant à sa déclaration de patrimoine. « Les contrôles mis en oeuvre par la Haute autorité (…) n’ont révélé aucun élément de nature à remettre en cause le caractère exhaustif, exact et sincère de la déclaration ». Quelles sont les questions qui selon vous sont toujours sans réponses ?

Olivier Berruyer : Quand on observe son patrimoine, issu des déclarations ministérielles obligatoires qu’il a faites en arrivant en 2014 et en repartant en 2016, il apparaît qu’il détenait alors un patrimoine extrêmement faible, voire, suivant certaines des estimations, légèrement négatif. Ce qui est très étonnant venant de quelqu’un qui a travaillé au sein de la banque Rothschild et qui a gagné trois millions d’euros, ce qui fait à peu près un million et demi d’euros net après impôts. Cette situation est assez étonnante, même si je précise très clairement qu’il est quasi certain qu’il n’y a rien d’illégal : ces déclarations sont contrôlées, le fisc a connaissance de tous ses revenus.

 Donc il n’y a pas de doute à ce niveau-là. Après, M. Macron a bien le droit de dilapider son argent comme bon lui semble. Maintenant, on ne connaissait pas cet homme il y a trois ans, il n’a jamais été élu, et il veut être président de la République dans un mois. Or l’observation de son style de vie laisse un peu dubitatif quant à sa personnalité, son mode de vie, sa relation à l’argent, à la dette, et aux millionnaires.

Est-ce que c’est un flambeur ?

Olivier Berruyer : Il ne s’agit pas de lui faire des « reproches » ! S’il aime lui aussi les beaux costumes ou le caviar – je n’en sais rien -, c’est bon pour notre PIB… Mais ses proches le disent à demi-mots : « Il a adapté son train de vie à ses revenus et donc pas mal dépensé » ou « il a vécu pendant ses années Rothschild sur un grand train de vie » ; or il a gagné pas loin de 2 000 euros par jour en 2011 (nets d’impôts)… Ce qui est intéressant dans ceci, c’est simplement qu’il se dit être « le candidat des classes populaires ». Je pense que ces classes populaires aimeraient simplement savoir quel a été son rythme de dépenses, et quelle est sa relation à l’argent.

Est-ce qu’il fait de gros dons aux bonnes œuvres ? Est-ce que c’est quelqu’un de prudent dans ses choix financiers ? Est-ce une personne qui a besoin de s’endetter régulièrement – et alors auprès de qui ? Quand on regarde son patrimoine, est-ce que tout semble normal, ou faut-il au contraire se poser des questions ? Tout ceci n’est pas sans impact sur le choix des électeurs.

A-t-il vraiment dilapidé un SMIC par jour pendant 2 ou 3 ans ?

Olivier Berruyer : Il affirme que non, mais n’explique strictement rien – et ne donne pas le vrai chiffre, c’est assez intriguant. Cet homme a gagné des sommes colossales entre 2011 et 2012 – l’équivalent d’un petit pactole au Loto – mais quand il fait sa déclaration en 2014, il n’y a presque plus rien en terme de patrimoine net. Pressé de questions, il a simplement dit “J’ai fait des travaux” dans la résidence de sa femme (500 k€ !), sauf qu’en bonne partie ils ont été financé par de l’endettement (350 k€). Et il aurait aussi fait 250 k€ de travaux chez lui, selon le JDD. Mais même si vous prenez les sommes qu’il annonce, vous êtes toujours à des montants qui sont autour des 1000 euros par jour pendant 2. J’ai regardé cette semaine les nouvelles déclarations de tous les candidats à la présidentielle. Avec 200 k€ de patrimoine net, sa situation s’est améliorée – mais uniquement car il a perçu 350 k€ de droits d’auteurs en décembre et janvier derniers…Heureusement que Philippe Poutou a réussi au final à avoir toutes ses signatures, sinon Macron aurait été le candidat le plus pauvre de tous ! Dans la liste, Nathalie Arthaud a plus d’argent que lui en terme de patrimoine net. Bref, c’est assez étonnant ; des 11 déclarations, c’est clairement la situation financière de M. Macron qui interpelle le plus. Mais je le répète, ce n’est probablement en rien illégal – mais il serait utile qu’il s’explique…

Ces autres points qu’Emmanuel Macron devrait particulièrement éclaircir aujourd’hui

Olivier Berruyer : Il a déclaré avoir acheté, à 28 ans, d’occasion, une voiture à 40.000 euros – ce n’est pas commun, surtout quand on gagne justement environ 40.000 euros par an. Est-ce vrai ? Comment a–telle été payée – c’est le montant des économies d’une vie de quelqu’un des classes populaires justement. Ce n’est qu’un exemple, mais qui n’est pas inintéressant. Il achète également, en 2007, pour un million d’euros, un appartement qui n’est alors pas du tout dans ses faibles moyens de fonctionnaire à l’époque.

 On notera aussi qu’il a revendu en 2016 cet appartement à peine plus cher qu’il l’avait acheté, alors que les prix ont augmenté de 30 %. J’ai soulevé plusieurs autres questions de ce type. Une dernière : pour financer l’achat il a donc dû emprunter plus de 900.000 euros ; mais cela n’a été possible que parce que son ami multimillionnaire Henry Hermand lui a prêté 550.000 euros à rembourser bien plus tard – un bon ami donc. Sans que l’on sache comment il comptait à l’époque pouvoir rembourser, n’ayant pas encore été embauché chez Rothschild. Le plus intéressant est qu’il a d’abord refusé de donner son nom au Canard Enchaîné en juin dernier. Tout comme il a aussi refusé de répondre à d’autres questions soulevées par le Canard – rendons au Canard ce qui est au Canard, qui a levé les principaux lièvres ! Ce sont ces cachotteries très étonnantes de M. Macron qui ont fait que je m’intéresse à son patrimoine depuis 8 mois…

Emmanuel Macron, redressé fiscalement en 2016

Eric Verhaeghe : Décidément, et contrairement à ce qu’en dit la Haute Autorité de Transparence de la Vie Publique, le patrimoine d’Emmanuel Macron n’en a pas fini de semer le doute. Pour tous ceux que les affaires usent et agacent, un petit retour aux faits s’impose.

Si Emmanuel Macron n’avait pas été redressé fiscalement l’an dernier, les choses seraient sans doute beaucoup plus claires. Or, voici ce que le grand journal complotiste Le Monde avait publié à l’époque:

 le patrimoine de M. Macron a dépassé le seuil auquel un foyer fiscal est assujetti à l’ISF, soit 1,3 million d’euros. Le ministre restant dans la première tranche du barème de l’ISF, il devra payer 1 % du montant de son patrimoine supérieur à 1,3 million d’euros.

L’affaire avait alors été révélée par Mediapart: l’épouse d’Emmanuel Macron, la désormais célèbre Brigitte, possède une maison au Touquet d’une valeur d’1,3 million €. De son coté, le ministre alors en exercice avait acquis un appartement d’une valeur proche de 900.000€ à Paris, mais avec des emprunts déductibles du patrimoine assujetti. Tout ceci est évidemment légal, mais montrait que le couple Macron disposait d’un patrimoine très supérieur à 1 million d’euros

Un patrimoine devenu inexistant en 2017

Eric Verhaeghe : Ce qui frappe, c’est que, un an plus tard, le candidat Macron fait une déclaration sans aucun patrimoine immobilier.

Si cette situation peut se comprendre par le fait que la maison du Touquet appartient à sa femme et n’a donc pas à figurer sur sa déclaration personnelle, et par le fait que le ministre a vendu son appartement personnel à Paris, la facilité déconcertante avec laquelle la HATVP a considéré que tout cela était normal soulève quand même quelques questions.

 Initialement, Macron a en effet affirmé avoir financé, en 2007, l’achat de son appartement à Paris uniquement par de l’endettement auprès de son futur témoin de mariage Henri Hermand. Emmanuel Macron a eu la malchance de perdre cet ami et de ne pas devoir rembourser totalement la somme due. Selon des calculs approximatifs, on peut estimer qu’il restait 200.000 euros à rembourser au moment du décès.

Selon Le Monde, le futur ministre contracte ensuite deux prêts: l’un de 600.000€ pour refinancer l’achat de sa résidence principale, en 2012, et l’autre de 350.000 euros, en 2011, pour des travaux de résidence secondaire.

En 2016, Macron vend son appartement parisien acheté entièrement à crédit. L’appartement vaut plus de 900.000 euros. Que fait-il de cette somme? Il rembourse ses prêts? Pas complétement, puisqu’il est toujours débiteur d’environ 250.000€ auprès du Crédit Mutuel (prêt contracté pour les travaux dans la résidence secondaire de sa femme, dont il a remboursé 90.000€).

Il semblerait donc qu’Emmanuel Macron ait liquidé le prêt de 600.000 € contracté en 2012. Reste une différence d’au moins 300.000€ avec la valeur marchande du bien dont on pourrait imaginer que la HATVP s’empare. Mais, manifestement, c’est trop petit pour intéresser cette instance. En tout cas, elle ne figure pas dans les comptes.

Antico, l’association pleine d’accointances avec la gauche, a utilement protégé Macron en saisissant la HATVP sur sa déclaration de patrimoine pour mieux dégonfler la baudruche. Elle a permis, en tendant une perche monumentale, de légitimer sans question des opérations financières qui ont permis au candidat Macron de passer de l’ISF en 2016 à un patrimoine immobilier nul en 2017, après avoir gagné quelques millions d’euros en très peu de temps.

Voilà une habileté dont Fillon aurait pu faire preuve: faire porter par ses amis des requêtes en apparence hostile, mais qui permettent d’éviter aux abcès de s’infecter. Bien joué!

http://www.atlantico.fr

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