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Par Edouard de Mareschal

Le général Bertrand Soubelet a annoncé mercredi son départ du mouvement En Marche!.

L’ex-numéro trois de la gendarmerie quitte «En marche!». Il fustige le mouvement d’Emmanuel Macron qui «accepte tous les ralliements, y compris ceux issus d’un gouvernement qui nous met dans le mur depuis cinq ans».

Entre le général Bertrand Soubelet et Emmanuel Macron, la rupture est consommée. Le ralliement de l’ex-numéro trois de la gendarmerie au candidat du mouvement En marche! n’aura duré que deux mois. Pour le général quatre étoiles, Emmanuel Macron ne tient pas ses promesses de renouvellement en acceptant le ralliement de personnalités comme Jean-Yves Le Drian, ou le soutien public de Manuel Valls.

 Pourquoi avez-vous décidé de quitter le mouvement En marche!?

Général Bertrand Soubelet – Je ne me retrouvais plus dans le mouvement En marche!. Emmanuel Macron m’a proposé de rejoindre son mouvement avec la promesse qu’il ferait de la politique autrement, qu’il sortirait des clivages partisans, qu’il participerait au renouvellement du personnel politique en s’appuyant sur des personnalités de la société civile. Or, je constate le contraire. Il accepte tous les ralliements, y compris ceux issus d’un gouvernement qui nous met dans le mur depuis cinq ans. Après l’actuel ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, voilà que le premier ministre Manuel Valls appelle à voter pour lui. Le mouvement est devenu une recyclerie où tous ceux qui nous gouvernent depuis toujours tentent de sauver leur place.

Après avoir côtoyé Emmanuel Macron pendant plusieurs mois, quel regard portez-vous sur lui?

Lorsqu’il m’a proposé de le rejoindre, en novembre dernier, je l’ai rencontré une heure en tête à tête. J’ai vu une personne honnête et ouverte, qui comprend à la vitesse de la lumière. Il m’a posé beaucoup de questions sur la défense et la sécurité. Par la suite, j’ai travaillé sur la question du service national que je lui ai fait intégrer à son programme. J’ai aussi aidé sur les questions de sécurité, et notamment sur les enjeux autour de la biométrie. Mais je pense qu’il n’est pas toujours bien entouré. Certains membres de son équipe de campagne fonctionnent sur des méthodes archaïques de centralisation.

Parallèlement à votre ralliement à Emmanuel Macron, vous avez lancé votre candidature pour les législatives dans la 10e circonscription des Hauts-de-Seine. Votre défection serait-elle due à une refus de leur part de vous investir?

Pas du tout! Ça n’a rien à voir avec les investitures. Le mouvement En marche! n’en a d’ailleurs décidé aucune pour l’instant. Je ne m’étais pas engagé auprès d’Emmanuel Macron pour cela. J’ai décidé de me présenter aux élections législatives dans la 10e circonscription quoi qu’il advienne, avec ou sans le soutien d’un parti. Ça a toujours été très clair dans mon esprit. La preuve: aujourd’hui, j’ai décidé d’y aller sans étiquette.

Vous vous défendez donc de toute logique politicienne.

Si on m’avait prédit, il y a dix mois, que je me lancerais en politique, j’aurais répondu «même pas en rêve!» Je n’ai rien calculé. Certains insinuent que j’ai demandé l’investiture à l’UDI, puis au PS, puis chez Macron… C’est faux. J’ai simplement rencontré le député sortant André Santini (UDI) que j’ai informé de ma démarche. Je suis ensuite allé voir le candidat qui était déjà investi par les socialistes, Thomas Puijalon. Enfin, j’ai adressé une longue lettre aux élus d’Issy-les-Moulineaux et de Vanves. Mais là où je vois une simple démarche de politesse et de transparence, d’autres imaginent des manœuvres politiciennes… Je me suis aussi rapproché des comités En marche!, dont les militants honnêtes, dévoués, formés et intelligents ne s’aperçoivent pas que les coordinateurs qui les gouvernent se sont déjà partagés les postes.

Vous estimez que par votre profil et votre parcours, vous êtes en mesure de renouveler le genre en politique. Comment, concrètement?

J’ai été officier de gendarmerie pendant 35 ans. J’ai observé notre société au quotidien, je l’ai vu se dégrader. J’ai aussi été en charge d’appliquer les lois. Par mon expérience, je pourrai donc contribuer à faire des lois simples, applicables et utiles aux Français. Le Parlement tombe trop souvent dans le déni de réalité en votant des lois totalement hors sol. Pour ne citer qu’elle, la loi de sécurité publique promulguée en février dernier oblige les forces de l’ordre à demander l’autorisation au procureur avant de pouvoir fouiller un coffre de voiture. C’est absurde! Les gendarmes ont d’autres priorités, à commencer par leur propre sécurité.

Et une fois élu, votre politique serait-elle de droite ou de gauche?

Je mènerai une politique pour les Français, point. Je ne veux pas rentrer dans les clivages partisans et dans les manoeuvres d’appareil. De toutes façons, le président élu, quel qu’il soit, n’aura pas la majorité requise pour gouverner, j’en ai la certitude. Nous entrons dans une situation inédite où tous les équilibres politiques sont à reconstruire. Il n’y a qu’à voir l’état actuel du PS, au bord de l’implosion. Les parlementaires devront donc raisonner en dehors de toute logique d’appareil pour se mobiliser sur des projets transpartisans. Quoi qu’il en soit, il est évident que je ne compte pas siéger seul.

http://www.lefigaro.fr/elections

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