Loyalitude oblige, Valls rallie Macron : le soutien de trop ?

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« Oui, j’ai signé la charte de la primaire, mais l’intérêt va au-delà des règles »

 
Nicolas Gauthier , Journaliste, écrivain
 C’était le vrai-faux suspense de ces dernières semaines : Manuel Valls allait-il lâcher Benoît Hamon pour Emmanuel Macron ? Ce mardi matin, les Français ont fini de suspendre leur souffle. L’ancien Premier ministre trahira donc le Parti socialiste tout en reniant sa promesse, signée lors de la primaire, dans laquelle il s’engageait à en soutenir le vainqueur.

« Oui, j’ai signé la charte de la primaire, mais l’intérêt va au-delà des règles », affirme-t-il avec les mêmes accents churchilliens que Charles Pasqua assurant, jadis, que « la démocratie s’arrête là où commence la raison d’État »… Il est vrai qu’en 1987, la France était la proie d’une campagne d’attentats – des vrais, ceux-là, pas l’actuel terrorisme improvisé – et que près de dix de nos compatriotes avaient été tués ou retenus en otages au Liban.

Comparaison n’est évidemment pas raison, mais pour Manuel Valls, si : « Je ne veux prendre aucun risque pour la République. » Et de pointer d’un doigt accusateur « le danger du populisme, de l’extrême droite, du Front national ». En attendant, probablement, de recevoir une médaille pour un tel acte d’héroïsme et d’abnégation, il tient néanmoins à préciser : « Il ne s’agit pas d’un ralliement, mais d’une prise de position responsable. »

Pas d’un ralliement ? C’est, en tout cas, rudement bien imité. Ou alors d’une sorte de crise de loyalitude en phase terminale ?

D’un putsch en interne ? Il y a évidemment de ça. Appeler à respecter les lois non écrites d’une République fantasmée, alors qu’on n’est pas capable d’en faire de même de celles de son propre parti politique, voilà une étrange vision du fonctionnement démocratique de nos institutions…

Ce que confirme, d’ailleurs, l’un des directeurs de la campagne de Benoît Hamon, Mathieu Hanotin : « Je trouve toujours bizarre ces responsables politiques qui font appel à ce qu’il y a de plus beau dans notre République, à la démocratie, à ces grands concepts pour, à la fin, défendre leurs propres intérêts. » Plus lapidaire et cruel encore, Arnaud Montebourg, d’un seul tweet : « Chacun sait désormais ce que vaut un engagement signé sur l’honneur d’un homme comme Manuel Valls : rien.

Ce que vaut un homme sans honneur. »Assez logiquement, Emmanuel Macron ne plastronne pas plus que ça. Pour l’homme qui se veut être celui du renouveau, ça fait évidemment un trop-plein de haridelles en son écurie ; à quand le ralliement du fantôme d’Antoine Pinay et de Valéry Giscard d’Estaing ? Beaucoup d’hommes et de femmes de gauche et assez peu de femmes et d’hommes de droite, pour celui qui entend être à la fois de droite et de gauche. D’où cette précision : « Chacun de nos candidats sera investi sous la bannière de la majorité présidentielle et non d’une étiquette ancienne, et devra se rattacher politiquement et administrativement à cette majorité. » Une intransigeance qui ne s’appliquera pas aux élus du MoDem, laissés libre de concourir sous leurs propres couleurs lors des prochaines élections législatives.

Après le puputsch de Manuel Valls, comme aurait pu dire Jean-Marie Le Pen, le putsch d’Emmanuel Macron, visant à dynamiter ce qui demeurait de l’UMPS. Et dire que c’est la candidate du Front national qui est suspectée de dérive factieuse.

Pour parachever l’ensemble, cette nouvelle sortie lyrique : « Notre pays, aujourd’hui, n’a pas besoin de la gauche de 1981 ni de la droite de 1934. » On sait qu’il a épousé son professeur de français ; pour sa culture générale, il aurait tout aussi bien fait de coucher avec celle d’histoire, pour éviter ces comparaisons plus que hasardeuses. Voire avec celle de géographie, ce qui lui aurait probablement permis de mieux situer la Guyane sur une mappemonde.

Bref, à force d’enclencher turbo et surmultipliée, le moteur macronien commence à chauffer dangereusement. Et les freins à lâcher, ce qui peut toujours se révéler un brin fâcheux quand on est en marche. Vers le mur ou le précipice ?

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