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Pendant toute la durée de son quinquennat, la seule préoccupation de FrançoisHollande aura été de ne pas couler.


Cette faute que l'Histoire ne pardonnera jamais à François Hollande
Christian Combaz,

Il y a plus de trente ans, Les Nouvelles Littéraires ont demandé à une poignée d’écrivains dont je faisais partie un petit texte pour caractériser le tandem Giscard-Barre mais rédigé dans l’esprit des mémoires d’antan, c’est-à-dire un peu saint-simonien.

Dans le cas du passage de François Hollande à l’Elysée, s’il fallait revenir à cette façon sèche de décrire les faits sans aucune illusion sur le courage des hommes, on peut dire que François Hollande fut, dans sa lâcheté cafarde, mielleuse, le sujet idéal, mais hélas il n’y a presque rien à dire. On aurait peine à distinguer en lui quelque chose qui relève de la volonté, du pari, de l’audace, et donc de l’Histoire. Si l’on parle de l’histoire de France au sens classique, celle des grands hommes et des grands destins, François Hollande n’aura laissé aucun sillage par manque de tirant d’eau.

Le sobriquet qui lui a été donné au début de son mandat frappe par sa justesse, il fut juché sur un pédalo cet esquif impossible à diriger dans les tempêtes, qui ridiculise celui qui le chevauche, mais qui se caractérise par son insubmersibilité. La seule chose qui lui importait était de ne pas couler. Pendant cinq ans, il n’a pas navigué, il a flotté. Sa course est allée au gré du courant dans un flux Atlantique permanent qui rencontrait de temps à autre une dépression continentale européenne dont les vents venaient d’Allemagne. Pour avoir l’air d’avancer dans les tempêtes, il a hissé toutes sortes d’oripeaux troués sur un mât de fortune, la démocratie, la République, les valeurs, tout en cédant absolument tout à ceux qu’il flétrissait avant d’être élu. Il prétendait avoir pour ennemi la Finance, elle n’a jamais autant prospéré que sous son règne et son héritier est un banquier. Il voulait représenter la paix entre les courants, les tendances, les ethnies, les conditions sociales, jamais les haines mutuelles n’auront été aussi vives en France depuis la guerre d’Algérie. Il voulait faire croire à une oeuvre collective, il s’est enfermé dans un égoïsme narcissique qui n’aura montré ni la hauteur de Giscard, ni la solennité de Mitterrand, ni l’énergie de Sarkozy. « J’ai décidé, j’ai résolu, je ferai, j’ai entrepris », a t-il souvent glapi à la télévision pour faire croire à son peuple qu’il commandait aux éléments. En vérité, il aura passé cinq ans à se faire tremper par d’énormes paquets de mer debout dans son ciré jaune en espérant que sa dérive allait le mener quelque part. Il ne sait toujours pas où il va aborder. Son équipage le déteste, il échoue à des milles nautiques de l’endroit où il voulait aller, le bateau connaît des avaries sévères, mais il s’en fiche car dans trois semaines, il sera au sec.

Il est tout de même une chose que l’Histoire ne lui pardonnera jamais, et les écrivains encore moins que les autres, c’est sa parfaite insensibilité à ce qui ne sert pas ses propres constructions mentales. La crise des migrants et les cruautés des islamistes, les massacres passés et futurs auraient autorisé le recours à l’émotion, au commentaire solennel, à l’action dans des proportions rarement atteintes depuis cinquante ans dans la politique française. Or sous la pression de Laurent Fabius et des Américains, sa seule mention de « souffrances épouvantables » n’a concerné que les victimes du régime de Bachar Al Assad. On peut vérifier. Rien sur les chrétiens crucifiés, l’otage américaine violée par le chef des islamistes, les homosexuels précipités du septième étage et achevés par les combattants à coups de pierres, les ennemis grillés vivants sur la plage, pendus à des câbles, le pilote jordanien brûlé dans une cage, le directeur du musée de Palmyre torturé à 82 ans, le citoyen français décapité au milieu de la France profonde qui l’avait vu naître. Même à propos du chômage, même à propos des agriculteurs, la parole présidentielle ne fait jamais aucune mention de la détresse morale des intéressés qui se suicident par milliers. En revanche, le seul moment où elle s’anime et semble trouver un peu de chair, un peu de solennité, c’est dans le registre : « Je veux pouvoir continuer à me regarder dans la glace, je veux que la France soit digne de ses principes (entendez les miens, les principes socialistes, donc c’est encore de mon image qu’il s’agit). En somme je veux, surtout, ne pas perdre la face. »
Trop tard, c’est fait. François Hollande fut le contraire d’un homme d’Etat.

http://www.atlantico.fr

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