Henri de Castries: «Emmanuel Macron, c’est le syndrome de la voiture d’occasion»

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Henri de Castrie, ancien président directeur général d’Axa, dans la cour de l’Elysée, le 10 avril 2015. © Alain Jocard / AFP

Conseiller économique de François Fillon, l’ancien président directeur général d’Axa Henri de Castries défend le projet économique pour la France de son candidat. Un plaidoyer animé par deux convictions: la clarté des propositions et la capacité à réunir une majorité parlementaire pour gouverner et réformer

Devant plusieurs correspondants européens basés à Paris, l’ancien patron d’Axa, numéro un mondial de l’assurance, s’affirme convaincu que les «affaires» n’empêcheront ni François Fillon d’être élu, ni la mise en œuvre des réformes envisagées par l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy (2007-2012). Une détermination inébranlable, malgré les attaques lancées contre son candidat lors du second débat télévisé présidentiel, le 4 avril.

– Seul François Fillon peut réformer la France dites-vous. En êtes-vous vraiment convaincu?

Henri de Castries: Que proposent les quatre autres principaux candidats? Des fausses réformes pour l’un, des dépenses insoutenables pour un autre et sans doute le chaos pour les deux derniers qui ont d’ailleurs des programmes qui se ressemblent. Le socialiste Benoît Hamon préconise une augmentation massive des dépenses publiques pour financer des propositions sociales et alternatives qui n’ont jamais marché. Marine Le Pen, comme Jean-Luc Mélenchon, nostalgiques d’une autre époque, veulent refermer la France sur elle-même, ce qui conduirait à l’asphyxier sur le plan économique. Emmanuel Macron perpétue les arrangements de l’ère Hollande, c’est-à-dire le transfert de l’égoïsme d’une génération à l’autre, via de multiples dépenses nouvelles et des économies insuffisantes. Le pilotage d’un pays exige de définir une vision, des priorités, un chemin pour parvenir aux résultats envisagés. Emmanuel Macron a une certaine vision, mais qui peut discerner ses priorités? Il ne propose pas de renouveler la donne économique hexagonale. Il fait du recyclage.

Sauf que les Français semblent lui faire confiance. Les sondages continuent de le placer devant votre candidat. Sa performance aux deux débats télévisés a été saluée.

La primaire de la droite et la nette victoire de François Fillon ont montré ce qu’il faut penser des sondages. Emmanuel Macron, c’est le syndrome de la voiture d’occasion. L’annonce est séduisante. Le prix vous convient. Son propriétaire vous a charmé au téléphone, ou sur Internet. Mais tout change lorsque vous examinez le véhicule et que vous soulevez le capot. Un bon mécanicien ne se laisse pas facilement berner. Il sait repérer un moteur usagé, réparé, bricolé. Mon expérience de l’économie et de la concurrence internationale m’a appris à distinguer les voitures d’occasion des véhicules capables de vous mener loin, sans avoir sans cesse à s’arrêter.

– Concrètement, que reprochez-vous au programme économique d’Emmanuel Macron?

Il ne contient que des demi-mesures. Il repousse les vraies réformes après le quinquennat, donc à 2022. Or on ne réglera pas les problèmes actuels de la France en termes de compétitivité ou de régime des retraites à 10 ou 15 ans! Il faut s’y atteler tout de suite, sur la base d’un contrat clair passé avec les Français. La France d’Emmanuel Macron est celle de François Hollande: celle d’une croissance économique annuelle inférieure à la moyenne européenne depuis 2012. Notre pays est économiquement malade et on ne peut pas remettre les traitements à après-demain ou n’avoir recours qu’à des placebos. Exemples? Pas d’abandon des 35 heures hebdomadaires de travail, que nous proposons de supprimer. Pas de véritable abandon de l’Impôt de solidarité sur la fortune, ni complet, ni daté, alors que nous voulons abroger. Une proposition de passer à un régime de retraites à points, alors que tout le monde sait qu’il faudra du temps, beaucoup de temps pour y parvenir. Sa proposition d’un service national obligatoire d’un mois n’a aucun sens et coûtera très cher. Je vais vous amuser. Savez-vous qui a déjà utilisé en France le slogan «En marche!»? Le centriste Jean Lecanuet, en 1965, face au Général de Gaulle… Ce n’est pas du recyclage, ça?

– On vous rétorquera que François Fillon, enlisé dans les affaires, sera bien mal placé pour exiger des réformes et des efforts…

Parlons d’abord des législatives de juin prochain. Pour gouverner et réformer la France qui en a tant besoin, un président doit pouvoir disposer d’une majorité parlementaire solide. François Fillon peut l’obtenir. Emmanuel Macron sera condamné à des compromis boiteux. Je suis désolé de le dire: hormis François Fillon, tous les candidats font, sur le plan économique et financier, des promesses intenables. Qui a dit, à part François Fillon, que la France court le risque de se retrouver en faillite, ce qui est vrai quand on regarde le niveau de ses déficits? Vu de l’étranger, en particulier de Suisse, vous savez que cette analyse est juste. Un ménage français sur deux ne paie pas d’impôts sur le revenu. Or que veut faire Emmanuel Macron? Supprimer la taxe d’habitation pour 80% des contribuables, alors que cet impôt est presque payé par tous et alimente les collectivités locales. François Fillon est le seul qui ne veut pas déresponsabiliser les Français.

L’une de vos propositions phares est la suppression, en cinq ans, de 500 000 postes de fonctionnaires. Vous allez y parvenir malgré l’opposition des syndicats, dans le climat problématique engendré par les «affaires» et les soupçons d’emplois fictifs qui pèsent sur la famille de François Fillon?

Aucun candidat à la présidence de la République n’a subi un tel tsunami d’insultes et de mises en cause. Or que fait François Fillon? Il tient bon. C’est déjà une première réponse. Je constate que la présomption d’innocence comme le secret de l’instruction existent. Je sais aussi que de nombreux hommes politiques français ont été mis en examen, amenés à démissionner, puis blanchis par un non-lieu de la justice. Alors, quelles conséquences en tirer? Qui sera légitime pour diriger le pays le 7 mai? Le président de la république tout juste élu? Ou les syndicats, par ailleurs de plus en plus divisés? S’ils élisent François Fillon, les électeurs l’auront fait en connaissance de cause, parce qu’ils lui font confiance.

François Fillon s’exprime lors du second débat présidentielle, le 4 avril 2017. Lionel Bonaventure / Reuters

– Et pour revenir aux coupes dans la fonction publique, comment voulez-vous y parvenir?

– Sur le sujet des fonctionnaires, prenons quelques chiffres. Il y a environ six millions d’employés du secteur public en France. Si nous supprimons 500 000 postes en cinq ans en ne remplaçant que la moitié des départs à la retraite et que nous les compensons par des efforts de productivité d’environ 1,5% par an, nous arrivons au même niveau de services rendus. 1,5% alors que pour la plupart des entreprises, le double serait considéré comme un minimum. Ce serait un effort surhumain, alors que le numérique change toute la donne administrative? La réponse est non, évidemment.

– La fiscalité est votre autre angle d’attaque? Mais votre proposition de baisse d’impôts et des charges sur les entreprises et sur le capital ne revient-elle pas à répéter le bouclier fiscal instauré sous Nicolas Sarkozy par le premier ministre Fillon, puis abandonné?

Vous avez raison. Le bouclier fiscal a été un échec parce qu’il n’est pas allé assez loin. L’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) aurait dû être supprimé, et le système alors mis en place, qui conduisait l’administration fiscale à rembourser certains riches contribuables, était politiquement intenable. Combien d’impôts et taxes, en France, rapportent moins de 100 millions d’euros? 179. Nous avons un besoin urgent de simplification et d’efficacité fiscale. Les Français paient trop d’impôts et de charges, c’est une réalité qui étouffe le pays et ruine sa compétitivité. Notre programme répond à cette réalité-là.

Marine Le Pen flirte avec l’idée d’abandonner l’euro. Jean-Luc Mélenchon parle, comme elle, de renégocier les traités européens. Qu’en dites-vous?

Le quart de la consommation des revenus les plus modestes est importé. Faites le calcul. La perte de pouvoir d’achat sera immédiate, puis vertigineuse en cas d’abandon de l’euro. La fermeture de notre économie est un non-sens. On ne redressera la France qu’en rehaussant son niveau de jeu économique, en permettant à ses entreprises de jouer en première ligue, à cartes égales avec leurs concurrentes étrangères.

Reste le sujet qui fâche une grande majorité des Français: une possible réforme de la sécurité sociale à laquelle ils sont tant attachés. Vous avez dirigé Axa. N’y a-t-il pas conflit d’intérêts, de votre part, à travailler sur ce sujet de l’assurance maladie?

François Fillon n’a jamais dit qu’il allait démanteler la sécurité sociale. Il a admis avoir été imprécis sur ce sujet et il a ajusté son projet. Son objectif est de réformer la Sécurité sociale pour en préserver les acquis grâce à une meilleure répartition avec les mutuelles, et un meilleur contrôle de celles-ci. Pour ma part, en raison de mes anciennes responsabilités, je n’ai jamais touché à ce dossier ni de prés ni de loin, ni directement ni indirectement.

https://www.letemps.ch/

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