François Fillon, l’heure du forcing

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François Fillon va enchaîner Paris et le sud de la France, où il visera l’électorat conservateur des «seniors» tentés par Marine Le Pen.
© SEBASTIEN BOZON / AFP PHOTO

Son entourage n’en démord pas. «Nous avons toujours dit que cette campagne se jouerait au sprint, dans les deux dernières semaines avant le premier tour», expliquait encore jeudi Vincent Chriqui, le directeur de la campagne de François Fillon. Et tant pis si la justice française a refusé, hier, d’ouvrir une enquête sur l’existence, à l’Elysée, d’un «cabinet noir», comme l’avait demandé le candidat de la droite mis en examen pour détournement de fonds publics le 14 mars. Le parquet a jugé trop imprécises les informations fournies par l’entourage du candidat, sur la base du livre Bienvenue place Beauvau (Ed. Robert Laffont).

Nous sommes solides, déterminés, prêts pour la bataille des derniers mètres

Pas question néanmoins, côté judiciaire, d’abandonner la théorie du harcèlement et du complot anti-Fillon. «Notre dossier est solide, accuse un de ses collaborateurs. Il est clair que les investigations déclenchées contre notre candidat par le Parquet national financier le 25 janvier (le jour même de la publication des révélations sur les supposés emplois fictifs de Penelope Fillon) ont été orchestrées. Ceux qui ne le voient pas doivent se préparer à une énorme surprise électorale, comme lors de la primaire.»

Vincent Chriqui, qui avait remplacé au pied levé le préfet Patrick Stefanini, démissionnaire début mars, est désormais bien installé dans son rôle de chef d’état-major au QG de campagne, à deux pas de la Porte de Versailles, où le candidat de la droite espère «casser la baraque» dimanche pour son dernier grand meeting parisien avant le premier tour du 23 avril. «Nous sommes solides, déterminés, prêts pour la bataille des derniers mètres comme lors de la primaire», a confié au Temps le maire de Bourgoin-Jallieu (Isère), qui rencontrera la presse européenne le 12 avril.

La primaire, argument massue

La primaire. C’est aujourd’hui l’argument massue des fillonistes, qui établissent un parallèle: le grand nombre d’indécis (entre 30 et 40% des électeurs) et la position d’hyper-favori occupée par Emmanuel Macron comme un certain… Alain Juppé. Entendez: l’ancien ministre de l’Economie, crédité selon les enquêtes de 23,5 à 25% des suffrages au premier tour (au coude à coude avec Marine Le Pen), a le même talon d’Achille que le maire de Bordeaux.

«Macron rassemble des électeurs par défaut. Mais lorsque, avant de voter, les Français vont regarder une dernière fois son programme, ils verront la différence. La crédibilité économique et institutionnelle est du côté de Fillon, car lui seul peut obtenir une solide majorité législative les 11 et 18 juin», poursuit Vincent Chriqui. Un scénario que n’écarte pas le politologue Frédéric Dabi, de l’IFOP: «On sait que, dans les derniers jours, les électeurs s’interrogent. Si Fillon paraît alors en position de se qualifier, les électeurs de droite qui l’ont abandonné lui donneront peut-être une nouvelle chance.»

Tournée dans le sud de la France

Ce pari est, selon les fillonistes, déjà en train de se réaliser. L’écart dans les sondages entre Macron et Fillon, qui avait culminé à près de dix points fin mars (26% contre 17%) s’est désormais réduit de moitié dans un récent sondage Elabe. Autre argument: une partie de la jeunesse qui s’était entichée de Macron pourrait être tentée de lui préférer la star des réseaux sociaux, Jean-Luc Mélenchon, candidat de la gauche radicale reconverti en «sage» lors des deux derniers débats télévisés.

Après Paris, François Fillon enchaînera une tournée dans le sud de la France où il vise, entre autres, l’électorat conservateur des «seniors» tenté par Marine Le Pen: Marseille le 11 avril, Lyon le 12, Toulouse le 13, Montpellier le 14. Deux thèmes principaux: la France menacée par l’islamisme radical et le risque du chaos si la candidate du FN l’emporte. «Son créneau, c’est d’être le candidat rempart. Le seul capable de résister…» poursuit le politologue Jean Garrigues.

Faire passer Macron pour un «mou»

De ce point de vue, la crise syrienne peut le servir. Plus l’instabilité règne, plus l’expérience prime. D’où, aussi, sa conférence de presse sur l’Europe organisée vendredi, pour redire que Marine Le Pen veut sortir de l’euro et qu’il est le seul à pouvoir, grâce à son expérience, ressouder le couple franco-allemand.

François Fillon s’est aussi montré volontariste sur l’espace Schengen, proposant s’il est élu l’organisation très rapide d’une conférence des pays membres (dont la Suisse) sur la question de l’asile et du rapatriement des clandestins. Il veut aussi lier l’aide à la coopération au retour de ces illégaux dans leurs pays d’origine. Un volontarisme destiné à faire passer Macron pour un «mou». Comme Juppé lors de la primaire.

https://www.letemps.ch

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