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Impossible de vous le rappeler. Pourtant, vous le connaissez, ce mot. Il est là quelque part, dans un coin de votre tête, sur le bout de votre langue. Pour étudier ce phénomène ô combien frustrant, des neuroscientifiques américains ont mis au point, dans les années 1960, un protocole consistant à demander à des volontaires de reporter sur un journal ces bugs de la mémoire. Résultat : ceux-ci surviennent en moyenne une fois par semaine et concernent davantage les noms propres que les noms communs. Quand cela arrive, les volontaires peuvent malgré tout donner de nombreuses informations sur la signification du mot et sa structure : le nombre de syllabes, la première lettre, la sonorité, etc.

Comment l’expliquer ? Dans le cerveau, l’information est stockée dans des assemblées de neurones. Chaque souvenir correspond ainsi à l’activation d’un réseau neuronal spécifique. Or un mot comprend deux informations complémentaires, une information sémantique et une information phonologique, qui sont encodées dans deux réseaux neuronaux distincts. On peut donc parvenir à activer un réseau correspondant à la signification du mot et ses attributs sémantiques sans parvenir à activer le réseau correspondant à sa phonologie, autrement dit le mot lui-même.

D’une façon générale, le rappel d’un souvenir commence par une phase d’amorçage : l’information neuronale se propage à partir d’un neurone, puis de proche en proche jusqu’à activer l’assemblée de neurones correspondant au souvenir. Ce réseau peut être activé par plusieurs voies. Toutefois, pour certains noms communs rares ou noms propres, ces « chemins cognitifs » sont moins nombreux, ce qui rend le rappel plus difficile. Pour autant, quand on nous donne le nom d’une personne que l’on avait oublié, le souvenir nous « revient » en l’entendant. Preuve que le souvenir existe bien, mais que c’est son accès qui est mis à mal.

Certains actes routiniers, automatiques, reproduits des centaines de fois rendent difficile l’identification d’un événement unique. Ainsi, lorsque nous égarons nos clés ou que nous oublions l’endroit où nous avons garé notre voiture, c’est essentiellement parce que nous n’avons pas enregistré correctement l’information au départ. Un phénomène favorisé par un manque d’attention. Si, au moment de garer votre voiture, votre attention est concentrée sur le passage en revue de votre planning de la journée, vous ne mémoriserez pas l’emplacement de votre place de parking. Vous aurez l’impression d’avoir oublié cette information qui, en réalité, a été mal, voire pas du tout encodée dans votre cerveau.

Les trous de mémoire ont aussi une explication physiologique. En effet, pour toute tâche cognitive, le cerveau consomme de l’énergie, en l’occurrence du glucose. La fatigue et le stress sont autant de facteurs qui agissent sur cette physiologie. Dans le premier cas, le cerveau a moins d’énergie disponible pour encoder de nouvelles informations. De la même façon, si un petit stress peut améliorer la mémorisation, il peut aussi avoir l’effet inverse. Tout simplement parce que le cerveau utilisera une grande énergie à la gestion du stress et sera donc moins performant pour mémoriser une nouvelle information ou rappeler un mot, un nom, une date.

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