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Par Marc de Boni

Emmanuel Macron, candidat à la présidentielle d'En Marche!

Souvent moqué pour le caractère abstrait de certaines de ses tirades, le candidat s’est trouvé pris à défaut vendredi par la complexité du discours qui avait été écrit pour lui sur l’Enseignement supérieur, et l’a donc décrypté en direct.

C’est à la fois une clé de son succès et une source de critiques: Emmanuel Macron a, dans ses discours, une certaine appétence pour les grandes envolées lyriques. Un trait que le candidat féru de philosophie revendique au nom du droit à la pensée complexe. Au risque parfois de se prendre les pieds dans le tapis quand la complexité du propos se fait trop audacieuse. Exemple, ce vendredi 14 avril en Isère, à l’occasion d’un discours sur l’Enseignement supérieur et la recherche. Le candidat lit un passage du discours – qu’il n’a visiblement pas écrit – au sujet de la gouvernance des universités. «Mon équipe m’a préparé un texte dont la subtilité mériterait que je le lise comme un entomologiste pour ne froisser personne. Comme je n’arrive pas à être convaincant en ânonnant des textes lus, je suis obligé d’être sincère et de vous dire ce que je pense et donc ce que je vais faire si je suis élu», a d’abord prévenu l’ancien patron de Bercy, avant d’exposer sa vision de l’université de demain. Un discours déconcertant qui n’a pas échappé au jeune conseiller national LR Jens Villumsen, soutien de François Fillon, qui en a diffusé des extraits sur les réseaux sociaux.

«Je suis tout à fait favorable à ce qu’on construise de nouveaux modèles de gouvernance. Ces nouveaux modèles pourront être mis en place à l’initiative des acteurs eux-mêmes et assureront une plus grande souplesse», lance-t-il d’abord, sans grande conviction, avant de se livrer à un premier aveu. «Je vous lis ce qu’on a m’a mis», glisse-t-il avant d’essayer de reprendre le fil du propos: «…dans la composition des instances dirigeantes et dans les modalités d’organisation interne». «Initialement je n’ai pas compris cette phrase. Moi, la relation que je veux instaurer avec vous, c’est plutôt une relation de clarté pour qu’on puisse agir efficacement», ironise le candidat sous les rires de la salle.

Pour ne pas rester sur une incompréhension générale, le fondateur d’En Marche tente ensuite de reprendre dans ces mots le jargon technocratique. «Ça veut dire que je suis favorable à ce que localement, quand c’est porté, il puisse y avoir une organisation ad hoc qui soit retenue, du type des grands établissements. Une organisation qui permet d’être mobile, d’avoir une activité la plus réaliste possible, de s’adapter à l’écosystème, d’être pragmatique. Je ne suis pas pour un modèle unique en termes d’organisation de nos universités. Je suis pour qu’elle puisse y associer les partenaires à leur gouvernance, toutes celles et ceux qui sont pertinents pour avoir une action efficace. Donc je suis pour plus d’autonomie, je suis pour une gouvernance plus simple portée par des acteurs de terrain et qui ne soit pas imposée dans un modèle unique d’en haut», a-t-il décrypté. Une circonvolution complexe pour dire simplement son soutien à l’autonomisation des universités.

On peut constater que l’autonomie des universités n’est pas le seul sujet complexe s’être heurté à la complexité du verbe des plumes de Macron. «On a un gros problème avec l’évaluation. Personne n’aime l’évaluation. Donc là c’est pareil, on m’a préparé un texte qui est absolument illisible sur l’évaluation», a encore admis le candidat, un peu plus tôt dans le discours.

http://www.lefigaro.fr

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