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par Henri Hude

Voici quelques réflexions sur la campagne présidentielle et une conjecture sur son résultat.

 1° Comment expliquer la montée de Mélenchon ? Réponse : par la peur de la prolétarisation.

Le fait majeur est ici la tendance à la prolétarisation, qui frappe un peuple jusqu’alors aisé. En raison de l’absence de politique économique adaptée, et depuis quarante ans, un grand nombre de Français sont prolétarisés et un nombre plus important encore est en passe de le devenir. La raison en est l’incohérence de nos dirigeants, tentant de préserver le socialisme au niveau national, tout en voulant jouer le jeu de la concurrence au niveau mondial.

Les Français prolétarisés votent Le Pen de manière très significative et représentent la grande majorité de ses électeurs. Mais, il y a aussi les prolétarisables. Eux, votent Mélenchon. Les prolétarisés sont pour l’essentiel issus du secteur privé (agriculteurs, ouvriers, employés d’industries mortes ou délocalisées). Les Français prolétarisables se situent dans la sphère publique, ou s’y rattachent. L’emploi public permet de masquer la réalité du chômage, mais chacun sait que cela n’est pas éternel.

Ni le vote Le Pen, ni le vote Mélenchon ne se produiraient avec cette ampleur, sans cette tendance à la prolétarisation des classes moyennes et populaires.

Jusqu’à l’élection de 2012, beaucoup de Français prolétarisables se sentaient encore en sécurité. Mais aujourd’hui, beaucoup votent par anticipation comme des pauvres. Depuis la politique de Valls, ils ont pris peur et ne se sentent plus sécurisés par les socialistes. Les prolétarisables de la sphère publique, étant donnée leur culture d’origine, se tournent vers un autre candidat populiste, qui leur parle davantage.

2° Si ce qui précède est exact, on comprend alors sans difficulté la montée de Mélenchon, la chute de Hamon, la remontée de Fillon et le glissement régulier de Macron et de Marine Le Pen.

Premièrement, l’électorat de Macron incluait sans doute un certain nombre de Français prolétarisables qui subjectivement se sentaient encore sécurisés. Cette campagne agit sur eux comme un électrochoc. Ils prennent peur et cherchent un protecteur,  comprenant tout à coup que Macron = Hollande = Valls = prolétarisation inévitable.

Deuxièmement, il est vraisemblable  que la montée de Mélenchon se poursuive au détriment de Marine Le Pen. Appelons ce phénomène : « vote utile populiste ». Les prolétarisables ont intégré que Marine Le Pen ne sera pas élue, en tout état de cause, et que Mélenchon offre de plus grandes chances de l’être. Quant aux prolétaires, ils ont bien du mal à croire à l’élection de Madame Le Pen. D’où un phénomène possible de porosité entre leurs électorats respectifs, notamment au niveau des couches ex-ouvrières, ce qui serait simplement au retour au bercail communiste d’une partie de l’électorat ouvrier ou prolétaire, mais dans des proportions qui permettraient à Jean-Luc Mélenchon de dépasser Marine Le Pen.

C’est probablement ce qui se produit. Hamon ne rassemble plus aujourd’hui que la clientèle minimale socialiste, mais pratiquement incompressible. La montée de Mélenchon ne peut donc s’expliquer que s’il mord sur Le Pen et Macron, mais surtout sur Le Pen.

 Troisièmement, l’électorat de Macron se dégonfle aussi au profit de Fillon, pour deux raisons.

  1. A)            D’abord, cet électorat inclut bien des modérés chez lesquels tout à coup renaît la vieille « peur des Rouges ». L’inertie des systèmes et mentalités est très grande. Macron, c’est encore la gauche ; or, la gauche, c’est traditionnellement l’union de la gauche ; cette union avait permis sous Mitterrand d’annuler le « rouge » en le rendant très minoritaire ; mais voilà que le « rouge » fait de nouveau jeu égal avec les « roses », les socialistes, voire les écrase ; donc, l’union de la gauche redevient  le socialo-communisme dur. Et la peur du « rouge » profite à Fillon.
  1. B)            Ensuite, les électorats de Macron et Fillon incluent tous ceux qui sont adaptés à la mondialisation. Mais, pour rassurés qu’ils soient sur leur avenir personnel,  ces électeurs, relativement cultivés, savent qu’il faut absolument une rénovation, c’est-à-dire une réforme du système. Or, Macron représente la politique conservatrice, la continuité avec Hollande, qui évidement le soutient. Très habilement, on avait réussi à déguiser le conservatisme sous une apparence d’invention, de jeunesse, de nouveauté, de changement, d’outsider, de hors-système, etc. Telle était la ruse de Hollande. Cette ruse est en train de faire long feu. De plus, il n’y aura pas de réforme sans majorité parlementaire. Or, nul ne voit plus désormais comment Hollande-Macron pourrait échapper à la malédiction de l’impuissance, qui a frappé Valls durant tout son ministère. Avec Hollande II, la France sera dans l’impasse pendant encore cinq ans. Conclusion : glissement vers Fillon, dont on peut raisonnablement espérer qu’il tente une vraie réforme et dispose d’une majorité.

 

3° Peut-on anticiper dans ces conditions le résultat du premier tour ?

Ma réponse est oui. Bien entendu, il s’agit de « futurs contingents », que l’homme ne peut connaître avec une entière certitude. Toutefois, le raisonnement permet d’anticiper avec une certaine assurance. Voici le principe du raisonnement : outre la tendance à la prolétarisation, l’autre fait majeur aujourd’hui, c’est la fin du magistère des médias. Le gouvernement de l’opinion par le magistère des médias se change en son contraire ; car l’opinion fait désormais systématiquement le contraire de ce que lui disent les médias. Si donc on prend en compte ce que prescrivent les médias, il est aisé de prévoir ce que fera l’électorat. Voici le rappel des preuves :

Premièrement, les médias avaient dit que des primaires de la droite et du centre, devaient sortir Juppé, ou alors Sarkozy – c’est pourquoi, l’opinion a choisi Fillon.

Deuxièmement, les médias avaient dit que des primaires de gauche devait sortir Valls – c’est sans doute pourquoi l’opinion  a choisi Hamon.

Troisièmement, les médias sont entrés à fond dans la manœuvre d’élimination de Fillon, qui apparemment n’avait pas le droit de gagner contre l’avis du magistère médiatique, et devait donc être remplacé ou par Juppé bis, ou par rien du tout. Mais voilà, l’opinion a fait le Trocadéro et permis, contre toute attente, le maintien de Fillon.

Conclusion ? Jusqu’à aujourd’hui, les médias, sondeurs, etc. prescrivent un second tour Macron/Le Pen. Et Marine Le Pen a probablement commis l’erreur d’entrer dans ce jeu. Nous pouvons donc conjecturer que, très probablement, l’opinion éliminera aussi cette solution. De plus, les médias continuent d’anti-prescrire Fillon et de prescrire indirectement Le Pen, la tenant pour incontournable, ce qui semble les arranger[1]. Si donc l’opinion réagit une fois de plus comme elle vient de le faire trois fois, et si nous admettons ce phénomène de « vote populiste utile », alors nous pouvons anticiper logiquement le résultat probable du premier tour : 1° Mélenchon ; 2° Fillon.

C’est d’autant plus probable que le Président Trump, par opportunisme politique, risque de nous entraîner dans la guerre et peut-être même la guerre nucléaire. Or les Français veulent la paix. Mais, dans la conjoncture présente, Macron, c’est Washington, l’OTAN  et la guerre ; Fillon, c’est l’indépendance relative et la paix – tout comme Chirac au temps de la guerre en Irak. Idem d’ailleurs pour Mélenchon.

Voilà pourquoi j’estime qu’il faut aussi se préparer à un second tour Mélenchon/Fillon.

[1] En effet, les prolétarisés pourraient venir voter en masse Mélenchon avec les prolétarisables ; mais inversement que les prolétarisables viennent déjà voter avec les prolétarisés, cela semble beaucoup moins sûr, pour des raisons à la fois culturelles et matérielles.

http://www.henrihude.fr/

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