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Christian Rioux 

Emmanuel Macron a rassemblé quelque 20 000 personnes à Bercy, lundi, pour sa dernière grande assemblée avant le premier tour.
Photo: Eric Feferberg Agence France-Presse Emmanuel Macron a rassemblé quelque 20 000 personnes à Bercy, lundi, pour sa dernière grande assemblée avant le premier tour.

La tension est à son comble à cinq jours du premier tour de l’élection présidentielle française. Il n’y a donc pas eu de congé pascal pour les candidats, qui entrent dans la dernière ligne droite alors que les sondages mettent les quatre principaux prétendants dans un mouchoir de poche. Les deux favoris des sondages depuis des semaines tenaient lundi une assemblée géante chacun à leur extrémité de Paris. Emmanuel Macron a rassemblé 20 000 personnes à Bercy alors que la présidente du Front national en réunissait 6000 au Zenith.

Faisant monter le suspense à quelques jours du scrutin, le tassement des deux favoris dans les dernières enquêtes d’opinion laisse entrevoir une course non plus à deux ni à trois, mais véritablement à quatre. Selon certains sondages, le tassement des intentions de vote à l’égard d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, presque à égalité, les met à moins d’un ou deux points de François Fillon et même de Jean-Luc Mélenchon. Même si le nombre d‘indécis est à la baisse, il atteint des taux historiques et frise tout de même le quart des électeurs. Pour les sondeurs, presque tous les scénarios sont donc aujourd’hui possibles au second tour.« Génération nouvelle »

En terrain conquis sur les bords de la Seine, Emmanuel Macron a dû refuser des participants aux portes du stade de Bercy où il tenait sa dernière grande assemblée lundi. Galvanisés par des dizaines de « helpers » en t-shirt jaune (c’est ainsi que l’on nomme les bénévoles chez Emmanuel Macron), les supporters étaient gonflés à bloc même si certains gradins se sont vidés assez tôt. Plusieurs vedettes du show-business étaient de la partie, comme les comédiens Pierre Arditi, Vincent Lindon, habitués des assemblées socialistes, ainsi que la populaire Line Renaud.Dans une salle chauffée à blanc au son de la techno, le favori de cette élection a prêché « l’accession aux responsabilités d’une génération nouvelle. Notre génération ». Le candidat s’en est surtout pris à François Fillon, que de nombreux analystes créditent d’un « vote caché ». Évoquant tour à tour Dylan, Diderot, Havel et Mitterrand, il s’est revendiqué de l’héritage de mai 1968. Talonné depuis peu sur sa gauche par Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron montera d’ailleurs sur scène mercredi avec l’ancien leader étudiant et député européen Daniel Cohn-Bendit à Nantes. Une ville qui symbolise le combat des militants libertaires qui paralysent la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes depuis presque dix ans.

Photo: Alain Jocard Agence France-Presse Marine Le Pen devant ses partisans au Zenith de Paris, lundi

La défense des frontières

Quatre heures plus tard, l’ambiance était tout autre à l’assemblée de la candidate d’extrême droite, Marine Le Pen, qui rassemblait près de 6000 partisans au Zenith, dont une nette majorité de jeunes. Ici, pas de techno, mais le Boléro de Ravel. Pas d’éloge de mai 1968, mais, au contraire, la dénonciation de ses mots d’ordre. Marine Le Pen a repris ses thèmes familiers de la défense des frontières et de la lutte contre l’immigration. « Ce qui se joue dimanche prochain […] c’est un enjeu de civilisation », dit-elle. Avant d’ajouter : « nous voilà aux portes du donjon qu’il nous faut conquérir ».L’assemblée, où l’on comptait quelques gradins vides, a brièvement été perturbée par une femme qui a fait irruption sur scène. À l’extérieur, quelques jeunes venus en découdre avec les policiers se sont attaqués au député Gilbert Collard. « J’entends vous protéger, a conclu Marine Le Pen. Ma première mesure comme présidente de la République sera de remettre des frontières. »

À Nice, François Fillon était quant à lui sur ses terres de droite afin de rabattre sa famille politique, dont une partie est toujours échaudée par les « affaires » qui ont marqué sa campagne. Samedi, sur BFMTV, le candidat a affirmé qu’il n’écartait pas la possibilité qu’un représentant du mouvement Sens commun, opposé à l’adoption par les couples homosexuels, puisse faire partie de son gouvernement. Emmanuel Macron y a vu une attaque au « coeur de la démocratie et ça, c’est dangereux », a-t-il dit.En péniche

Loin des grands rassemblements, Jean-Luc Mélenchon avait choisi de parcourir paisiblement les canaux de la région parisienne en péniche. « Cette semaine, c’est là que tout va se jouer », a prédit celui qui veut dorénavant canaliser un « vote utile » à gauche. Sur le thème « Dégagez ! Dégagez ! » le candidat de La France insoumise va accélérer le pas cette semaine, comme ses concurrents. Il tiendra notamment une assemblée à Dijon, qui sera répliquée simultanément en hologramme dans six autres villes.Pour la plupart des analystes, la campagne entre dans une phase d’accélération où, compte tenu de l’exceptionnelle proximité des candidats, les enquêtes deviennent illisibles. « Plus que jamais, les électeurs vont donc se faire stratèges. Ils ne vont pas se déterminer uniquement en fonction de leurs convictions, mais de la configuration de second tour qu’ils imaginent ; ou plutôt qu’ils redoutent », écrit l’éditorialiste du Figaro Guillaume Tabard.

Pour son collègue du Parisien, le favori Emmanuel Macron « a perdu le monopole du vote utile pour barrer la route à Marine Le Pen. Obsédé par l’idée de ne pas apparaître comme l’héritier de François Hollande, Emmanuel Macron s’est concentré sur sa droite, […] sans voir, sur sa gauche, décoller la fusée Mélenchon. La percée dans les sondages du candidat de La France insoumise montre aussi qu’Emmanuel Macron n’arrive pas à incarner la France d’en bas, celles des ouvriers, des employés… Cette France des invisibles qui peut faire basculer une élection. »

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