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Par Fabien Piliu 

Pierre Gattaz, le président du Medef appelle les chefs d'entreprises à ne pas se laisser tenter par les votes Mélenchon et Le Pen.
Pierre Gattaz, le président du Medef appelle les chefs d’entreprises à ne pas se laisser tenter par les votes Mélenchon et Le Pen. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Pierre Gattaz, le président du Medef a signé deux textes dans la presse pour alerter sur les risques et dangers des votes Mélenchon et Le Pen, rompant avec les habitudes de neutralité du patronat.

En 2012, certains avaient reproché à la CGT de Bernard Thibault d’avoir pris fait et cause pour François Hollande, le candidat socialiste, avant le premier tour de l’élection présidentielle. Nicolas Sarkozy, son rival au second tour, avait alors très mal pris le silence du patronat, espérant un soutien qui n’est jamais venu.

Cette initiative fut alors considérée comme un écart. En effet, historiquement, les partenaires sociaux avaient jusqu’ici un devoir de réserve ou, à tout le moins, de neutralité. Seule exception, l’élection présidentielle de 2002. Au nom de la défense des valeurs républicaines, les syndicats de salariés avaient appelé à faire barrage à Jean-Marie Le Pen au second tour, demandant implicitement à leurs militants de voter pour Jacques Chirac.

Lors de son retour à la politique, Nicolas Sarkozy ne s’était pas privé, en public et en privé, de reprocher au patronat la faiblesse de son soutien avant le second tour.

Certes, en 2012, Laurence Parisot, alors présidente du Medef, avait fait un bilan plutôt élogieux du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Mais ce soutien était à la fois trop timide pour inciter le patronat à s’engager résolument en faveur du président sortant, et trop appuyé pour lui épargner les critiques de son rival qui lui demanda alors de ne pas se mêler de ce qui ne la regardait pas.

Des candidats pointés du doigt

Cette fois, Pierre Gattaz a franchi le Rubicond. Dans deux textes publiés cette semaine dans Les Echos et Le Monde, le président du Medef a fait une charge violente contre les candidats qui plaident pour une sortie de l’euro et pointe du doigt les indécis et les abstentionnistes.

Dans une de ces tribunes, Pierre Gattaz, qui ne s’est jamais réellement privé pour pointer certains défauts de l’Europe, notamment sa bureaucratie empesée, évoque le « saut dans le vide » que représenterait la victoire de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon en dépit des précautions prises par ces deux candidats sur les sujets européens. En effet, Marine le Pen a depuis longtemps précisé que la sortie de l’euro serait soumise à un référendum populaire. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a également tenu à indiquer qu’il n’était pas favorable au Frexit, c’est-à-dire à une sortie de la France de l’Union européenne.

Au sein du patronat, Pierre Gattaz n’est pas le seul à avoir pris la parole avant le premier tour. François Asselin, le président de la CPME a également donné son avis… quand on lui a demandé, et de manière plus voilée. A plusieurs reprises, il a estimé que les risques d’une sortie de l’euro semblaient plus importants que les avantages espérés.

Préparer l’après 7 mai

Comment interpréter l’appel lancé par Pierre Gattaz aux citoyens chefs d’entreprises ? Avec ces deux textes, pense-t-il réellement peser sur la campagne en incitant les 3 millions de chefs d’entreprises à voter d’une seule voix pour des candidats aux programmes plus « classiques » ? Peut-être. Mais le Medef est-il représentatif de l’ensemble des entreprises tricolores ?

Ce n’est peut-être pas la seule raison. Avec ces deux prises de positions, le président du Medef poursuit probablement un autre objectif  : préparer l’avenir. En cas de victoire de François Fillon ou d’Emmanuel Macron, le 7 mai, les partenaires sociaux – organisations patronales et syndicats de salariés – seront vraisemblablement au pied du mur.

Au cours de la campagne, François Fillon a multiplié les attaques contre le modèle de protection sociale et le rôle joué par les partenaires sociaux pour en assurer la gestion.

Pour le fondateur d’En Marche, Emmanuel Macron, le paritarisme devrait également être bousculé. S’il applique réellement son programme, les partenaires sociaux seront dessaisis d’un certain nombre de dossiers importants : les retraites, le chômage, via l’Unedic, et la formation professionnelle…

Certes, certains membres du patronat ne verraient pas d’un mauvais œil de se voir délester de certaines missions gérées depuis les ordonnances de 1945 par le paritarisme. C’est un fait. Mais rayer d’un trait de plume le paritarisme est une autre affaire. Le Medef et les autres n’y sont pas prêts. Si tel devait être l’issue, les corps intermédiaires que sont les partenaires sociaux verraient leur rôle diminuer pour se transformer en simples lobbies, en simples éléments constitutifs du rapport de force entre l’Etat et la société civile qui n’assumeraient plus aucune responsabilité. Qui ne seraient plus consultés.

C’est avec cette menace en arrière-plan que les partenaires sociaux se sont récemment empressés de trouver un accord sur l’assurance-chômage, juste avant l’élection présidentielle. Certes, cet accord satisfait peu de monde, même au sein du patronat. Mais en parvenant à un compromis, les partenaires sociaux, pour témoigner de leur capacité à assumer leurs responsabilités.

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