François Fillon: «Liberté et ordre, voici ce que je propose aux Français de l’étranger»

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Discours de François Fillon à Montpellier, avril 2017
© JEAN-PAUL PELISSIER / Reuters

Dans le sprint présidentiel avant le premier tour, les Français de Suisse sont très courtisés. Le candidat des Républicains leur lance un appel dans «Le Temps». Sur ce terrain pourtant acquis à la droite, il bataille avec Emmanuel Macron

Le Temps: Plus de deux millions de Français résident à l’étranger. Près de 200 000 vivent en Suisse. Leur mobilisation sera-t-elle, cette fois, plus déterminante que jamais?

François Fillon: Cette élection présidentielle est peut-être la plus importante de la Vème République. La France est sur une ligne de crête. Le choix qui s’offre à nous est clair, celui du sursaut ou du déclin. Nous n’avons pas le droit de nous diviser, de nous perdre dans des votes inutiles. Ce serait courir un risque grave. Chaque voix va compter. Les Français de l’étranger doivent se mobiliser. Ce qui est en jeu, l’avenir de la France, sa place dans le monde, le futur de notre jeunesse.

– Avez-vous écrit et pensé votre programme économique de rupture pour répondre à leurs attentes? 

– Pendant quatre ans, je suis allé à la rencontre de la communauté française dans le monde. Lors de ces visites, y compris en Suisse, lors de ma venue au Forum des 100 à Lausanne voici tout juste un an, ces Français m’ont interpellé avec angoisse et franchise. Beaucoup m’ont dit qu’ils avaient quitté la France à contrecoeur parce qu’ils étouffaient sous les contraintes et les taxes, parce qu’ils avaient le sentiment que la réussite n’était plus possible dans notre pays, parce qu’ils craignaient pour leur sécurité au quotidien et qu’ils n’y voyaient plus d’avenir pour leurs enfants. Liberté et ordre : voilà ce qu’a été leur appel. Un appel en tout point similaire à celui des Français de l’hexagone et d’outre-mer. J’ai construit un projet autour de cette double exigence.

– La Suisse, comme la Belgique, continuent d’accueillir de nombreux Français exilés à l’étranger pour des raisons fiscales. Que pouvez-vous leur promettre?

– Ma priorité absolue, c’est le retour au plein emploi. Pour l’atteindre, il faut que les entreprises soient compétitives et qu’elles puissent investir. Or aujourd’hui, la fiscalité sur le capital, et, en particulier, l’impôt sur la fortune (ISF), fait fuir les investisseurs français. En moins de 10 ans, nous avons perdu la moitié de nos investisseurs individuels. Je le déplore et j’agirai pour restaurer un capitalisme français car c’est l’assurance que nos entreprises n’auront pas à se coucher devant des fonds de pension étrangers pour financer leur outil de production. Cela passera par la suppression de l’ISF, impôt d’un autre siècle, d’ailleurs abandonné par toutes les économies modernes. Cela passera également par l’instauration d’une taxe forfaitaire unique de 30% sur tous les revenus du capital. Nous pourrons ainsi favoriser le retour en France de tous les Français exilés à l’étranger pour des raisons fiscales. Pour simplifier et faciliter ce retour, et dans un autre domaine que celui de la fiscalité, je m’engage aussi à supprimer le délai de carence pour l’accès à la couverture sociale et à créer un interlocuteur unique spécialisé au niveau des collectivités territoriales.

– Revenons sur la fiscalité. C’est la clef?

– Les Français de l’étranger incarnent l’audace, la prise de risque. Ils sont aux avant-postes d’un monde en mouvement. Mieux que d’autres, ils mesurent les atouts de la mondialisation. Ils en saisissent les changements, les opportunités et les menaces. Il est très clair qu’ils ont une grande part à jouer pour aider au redémarrage de l’économie et il faut les encourager dans cette voie. En plus des mesures que j’ai mentionnées, je m’engage à créer un cadre fiscal incitatif pour les entrepreneurs qui souhaiteraient développer leur activité en France, en ouvrant plus largement les conditions d’exercice de la profession de représentant fiscal quel que soit l’Etat de résidence. J’étendrai aussi à nos compatriotes expatriés le principe de la déductibilité des charges sur leurs revenus français. Dans un souci de justice et de cohérence, je réaffirmerai également le principe de territorialité du système d’imposition français et en exemptant définitivement de la CSG-CRDS les revenus du patrimoine des non-résidents fiscaux.

– Beaucoup de Français de l’étranger s’inquiètent des fractures françaises. Les affaires, votre campagne y ont contribué. Allez vous  cicatriser ses plaies une fois élu?

– La principale ligne de fracture qui existe dans notre pays est celle du chômage. Lorsque sera rendu à chacun la possibilité d’occuper un emploi, les tensions seront moins vives et les Français se réconcilieront avec eux-mêmes et avec leurs dirigeants. Le Royaume-Uni ou l’Allemagne ont su obtenir des résultats positifs. Imitons-les. Baissons massivement les charges sur les entreprises et la compétitivité pour soutenir l’activité. Supprimons les 35h. Recentrons le code du travail sur ses principes fondamentaux comme c’est le cas en Suisse. Doublons les seuils sociaux pour faire disparaître la peur de l’embauche. Réformons la fiscalité du capital afin de faire revenir les investisseurs français dans notre pays.

– En quoi votre programme, pour ce public spécifique, est meilleur que celui d’Emmanuel Macron ou Marine Le Pen?

– Dans cette élection présidentielle, je suis le seul à porter un projet solide, ambitieux et conquérant. Je suis l’unique candidat qui ait autre chose à proposer aux Français que le chaos et la ruine comme le fait Marine Le Pen, ou le statu quo, comme Emmanuel Macron. Je ne suis pas un produit marketing. Ma parole ne m’est pas soufflée par le microcosme parisien. Mon projet est un projet qui est dicté par la conscience de ce qui doit être fait pour relever la France et non pour plaire. S’agissant des Français de l’étranger, je ne vois que des imprécisions et des oublis dans les projets de mes concurrents qui ont très certainement rédigé leurs propositions à la va vite.

– Le spectre d’un second tour Mélenchon-Le Pen commence à surgir. Il effraie à l’étranger. N’est ce pas l’échec de la droite et de la gauche de «gouvernement» qui est ici sanctionné ? Comment l’Europe peut en sortir?

– Notre pays traverse une situation difficile : chômage, insécurité, montée de l’islamisme radical… Tous ces éléments contribuent à alimenter des peurs et jettent beaucoup de Français dans les bras du FN ou de la France insoumise. Cette situation est le résultat de 30 années d’impuissance politique. C’est l’ensemble d’une génération politique qui a échoué. Ma génération s’est laissée enliser. Quand j’ai quitté Matignon, j’ai pris la résolution de corriger ces erreurs. Ma détermination est inébranlable. Je ne me résoudrai pas à laisser la France partir dans les mains de la firme Le Pen. Cela signerait la ruine de notre pays avec la sortie de l’euro. Le programme du FN c’est de la dépense publique à n’en plus finir. C’est la vieille politique de l’endettement irresponsable. Et, en cela, il n’est pas très éloigné de celui de Jean-Luc Mélenchon.

Ma priorité pour l’Europe est de faire de la zone euro une véritable puissance économique mondiale. Pour cela, nous devons doter la zone euro d’un vrai gouvernement économique qui réunira les chefs de gouvernement se réunissant tous les trois mois. En parallèle, je veux créer un Secrétariat Général de la zone Euro – complètement autonome de la Commission européenne – qui assurera le suivi et la gestion de la zone économique. La zone euro renforcée devra se fixer pour objectifs ambitieux d’assurer la convergence fiscale entre ses membres d’ici à 2025. Je veux aussi coordonner la politique de la Banque Centrale Européenne avec une stratégie économique globale. Enfin, je veux créer un Fonds monétaire européen pour permettre à l’Europe d’être indépendante du FMI.

https://www.letemps.ch

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