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Par Joseph Macé-Scaron

Joseph Macé-Scaron : «J'ai participé à l'écriture des discours de Fillon, et j'en suis fier»

Le Canard Enchaîné révélait ce mercredi que le président du comité éditorial du magazine Marianne, Joseph Macé-Scaron, avait participé à l’écriture des discours de François Fillon. Le journaliste s’explique en exclusivité dans FigaroVox.


Joseph Macé-Scaron est journaliste et écrivain. Il est président du comité éditorial de Marianne.


«La France est en fermentation: donnera-t-elle du vinaigre ou du vin, on l’ignore encore». Cet aphorisme du philosophe allemand Lichtenberg, contemporain de la Révolution française, n’illustre que trop bien cette étrange campagne présidentielle.

De mémoire de journaliste politique, jamais je n’avais vu un tel déchaînement de passions tristes.

C’est simple: la prime revient désormais aux piètres censeurs dont le job est de flinguer quiconque ignore l’unique façon de marcher. Quant à ceux qui ricanent à l’idée qu’il puisse exister un système ou une pensée unique, ils donnent, si cela était encore nécessaire, un bel exemple de panurgisme. C’est très précisément ce qui m’arrive, au risque d’accabler ma modestie.

Mardi soir, donc, Le Canard Enchaîné affirme que j’aurais été «embauché» par la société Image 7 pour «muscler» les discours de François Fillon. Sans que l’on prenne la peine de vérifier la véracité de cette allégation, me voilà sommé, dans l’heure, de m’expliquer puis, dans l’heure suivante, une fois la tonsure honteuse et la lettre écarlate apposées, de monter dans la charrette médiatique.

Une précision, d’abord, sur l’argent puisque son spectre obsède certains esprits: je n’ai été recruté par personne, n’ai reçu aucun émolument d’aucune sorte et ne suis le salarié de quiconque autrement qu’au vu et au su de tous comme président du comité éditorial de Marianne. Ceux qui ont mauvaisement fabriqué cette fausse information, ceux qui l’ont complaisamment relayée seront bien en peine de prouver le contraire.

Mais venons-en au véritable chef d’inculpation: avoir collaboré a des écrits ou discours de François Fillon. Pour la meute, l’énoncé suffit à qualifier le crime. Et bien j’avoue. François Fillon n’a pas besoin de «plumes» pour muscler ses discours mais il est vrai que j’ai participé avec d’autres à l’élaboration de textes. Comme certains confrères, et c’est bien leurs droits, le font régulièrement avec des politiques. Et pour aggraver mon cas, je dois dire que je suis fier de cette participation.

N’importe quel journaliste politique se trouve un jour marqué par une rencontre inattendue. De mon côté, j’eus la chance de fréquenter de près Philippe Seguin et demeure pour toujours convaincu que la France rata en 1995 un rendez-vous historique en l’absence du face-à-face qui l’aurait opposé à Jacques Delors. Ce fut au côté de celui qui était devenu président de l’Assemblée nationale que je fis pour la première fois connaissance avec François Fillon.

Depuis je n’ai jamais cessé d’avoir de l’estime pour l’homme politique que je n’ai jamais ménagé, notamment lorsqu’il était premier ministre. À l’époque, il était pourtant de bon ton dans la presse de chanter ses louanges. Était-il alors moins taciturne, moins catholique, moins libéral? Non, il était au pouvoir, tout simplement.

J’ai demandé à le voir l’été dernier. La manière dont sa démarche et ses convictions étaient minorées par la confrérie des suffisants me frappait. J’ai écrit dans Marianne un éditorial qui prévoyait sa victoire au premier tour des primaires quand tout le monde était prêt à lui jeter sur la tête la première pelletée de terre. Que n’avais-je pas fait! Je prenais place immédiatement sur la liste des suspects. Depuis ce moment, nous avons repris des discussions comme si elles s’étaient interrompues la veille. Car autant le souligner ici: en dépit de son extrême pudeur et grâce à sa capacité de trancher, j’ai rarement rencontré de politiques aussi ouverts au dialogue.

François Fillon savait – et sait toujours – ce que je pense du mariage pour tous, des familles homosexuelles, du suicide médicalement assisté et de bien d’autres sujets de société. Autant le dire: mon opinion n’a pas changé sur ces questions et je continue et continuerai à la donner. Pour autant, j’ai suffisamment écrit contre l’assignation à résidence pour redire, aujourd’hui, que mes idées ne sont pas inféodées à une allégeance partisane et ne ressentent pas le besoin d’être adoubées par l’air du temps.

En revanche, ce qui a changé et ce qui devrait tous nous bouleverser est ce qui s’est passé un certain 7 janvier 2015. Ce jour-là, le pays tout entier découvrait les effets d’une radicalisation qui allait être le défi majeur de ces vingt prochaines années. François Fillon a été le premier, et pendant bien longtemps le seul, à dire «non» aux accommodements déraisonnables, à dire «non» au totalitarisme islamique contre la ligue des «déni oui-oui» qui ne voulait pas comprendre que nous étions entrés en guerre contre un adversaire qui avait juré notre anéantissement.

Et voilà que les ravis qui psalmodient la fin du clivage gauche-droite au son des fifres et tambourins s’indignent que je puisse trahir un camp qui, selon eux, n’a plus de raison d’être.

Les historiens de demain se demanderont par quel aveuglement ce tournant décisif aura été pratiquement absent de cette campagne présidentielle. Rien n’est plus important que ce sujet. Rien. Et tout découle de ce «non» au fatalisme qui nous menace: le souci de refonder l’école et d’affirmer la fierté de transmettre la culture française ; l’ardente nécessité de redresser l’économie de la France pour lui donner les moyens de mener ce combat tout en protégeant les Français ; l’obligation de trouver à l’extérieur la plus large alliance possible pour abattre ce fléau ; la conviction que désormais l’amour de la République et celui de la France se confondent. Tout cela sans céder à la tentation de trier entre bons et «mauvais» français. Deux siècles après Lichtenberg, ce n’est pas seulement la France qui fermente. Ce sont le monde, l’histoire. Aussi, à bon entendeur, salut!

http://www.lefigaro.fr

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