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Jean-Luc Barré

Jean-Luc Barré © Sipa Press

Historien et écrivain, Jean-Luc Barré est l’auteur de Devenir De Gaulle (éditions Perrin), a collaboré à la rédaction des Mémoires de Jacques Chirac et dirige la collection « Bouquins » chez Robert Laffont. Il porte un regard critique sur la tendance des candidats à invoquer le général De Gaulle dans la course à l’Elysée.

Pourquoi la référence à De Gaulle est-elle communément partagée par François Fillon, Nicolas Dupont-Aignan, Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ?

Citer De Gaulle apparaît comme un passage quasi-obligé pour les aspirants à la fonction présidentielle. Par cette référence, ils tentent de donner de la couleur à leur candidature et d’être à la hauteur du fondateur de la Ve République. Mais, fait surprenant, c’est la première fois que l’on se réfère autant au général. Aujourd’hui, tout le monde peut s’en réclamer, comme si De Gaulle était une maison ouverte à tous les vents. Premièrement, cette tendance témoigne de l’appauvrissement ou de l’improvisation de la classe politique. De Gaulle est une bouée de sauvetage pour les candidats. Deuxièmement, cette référence partagée par des responsables d’horizons parfois inconciliables pourrait être la preuve d’une reconnaissance quasi unanime, mais il s’agit dans bien des cas d’un abus ou d’une facilité de langage confinant à l’imposture. « Tout le monde a été, est ou sera gaulliste », prédisait Malraux, non sans savoir que les authentiques fidèles risquaient un jour d’être moins nombreux que les convertis tardifs et les faux paroissiens. Il est facile de se dire gaulliste tant que cela n’engage à rien.

Cette référence a-t-elle la même signification pour tous les candidats ?

Non, dans la mesure où ils n’y puisent que ce qui convient à leurs ambitions, en oubliant que le gaullisme est un tout. Marine Le Pen, dont la culture gaulliste est assez récente, croit y trouver la forme la plus accomplie du nationalisme. Or De Gaulle était avant tout un patriote épris d’universalité. Il n’était en rien un homme de frontières et n’a cessé de combattre toutes les formes d’ostracisme et de discriminations. On se trompe tout autant en se servant de lui, comme le fait Nicolas Dupont-Aignan, comme d’un étendard anti-européen. De Gaulle a largement contribué à la construction de l’Europe, même s’il n’aurait probablement pas approuvé toutes ses évolutions. Emmanuel Macron reprend à son compte la volonté de transgresser les clivages politiques et de rassembler des hommes et des femmes de convictions diverses autour d’un projet commun. Mais De Gaulle a voulu doter notre pays d’un exécutif fait pour gouverner, non pour dépendre, comme au temps de la IVe, de majorités de compromis. Il a lui-même vécu en 1945, puis en 1958, les difficultés de concilier des opinions contraires au sein d’une même équipe dirigeante. Quant à François Fillon, si sa filiation gaulliste paraît incontestable, celle-ci s’appuie sur une vision traditionaliste et conservatrice dans laquelle De Gaulle ne se serait reconnu que partiellement. Ajoutons que le général reste pour tous un modèle d’intégrité…

http://www.lopinion.fr/

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