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La déclaration de Bernard Cazeneuve ciblant François Fillon et Marine Le Pen, vendredi, pourrait bien être le signe d’un mépris à l’égard d’une population vue comme facilement influençable.

Les Français, ces veaux instrumentalisables à toutes les sauces ? Comment une bonne partie des élites politiques en sont venues à mépriser leurs électeurs
 Eric Verhaeghe

Vendredi 21 avril , le Premier ministre Bernard Cazeneuve à accusé ceux qui voudraient « exploiter sans vergogne la peur et l’émotion à des fins exclusivement politiciennes », en visant clairement François Fillon et Marine Le Pen, suite à l’attentat des Champs Elysées. Une telle déclaration n’est elle pas le signe d’un mépris à l’égard de la population, feignant de croire que les électeurs se laisseraient influencer aussi facilement ?

Eric Verhaeghe : Cazeneuve cherche clairement à cliver, comme Sarkozy préconisait de le faire en son temps à l’approche du premier tour. Pour le coup, si quelqu’un fait de la tactique électorale, c’est bien lui! Face à un premier tour où Fillon et Le Pen pourraient virer en tête, le gouvernement a besoin de remettre du clivage et de l’opposition droite-gauche. De fait, compte tenu de la sociologie de la gauche actuelle, le clivage repose volontiers sur un implicite ou un « suggéré » largement fondé sur du mépris social.

 D’un côté, une gauche rationaliste, généreuse, maîtresse de ses passions, qui seraient apte à lutter dignement contre le terrorisme. De l’autre, une droite obscurantiste, proche de ses émotions, de ses passions, dont les discours politiques seraient guidés par des pulsions pour ainsi dire animale. On retrouve ici, mais inversés, les stéréotypes qui structuraient le discours politique il y a un siècle. A l’époque, la gauche était la force du prolétaire proche de la bête. L’ironie de l’histoire veut que cette décomposition sociologique se soit retournée et que le peuple soit désormais de droite. Les techniques utilisées pour le flétrir n’ont toutefois pas changé.

De la même façon, les Français peuvent-ils « ignorer » ce sujet en allant voter comme le suggérait un éditorial du Monde vendredi 21 avril en indiquant  « A deux jours du premier tour de la présidentielle, les Français ne doivent pas céder à la panique ni s’en remettre aux candidats qui prônent la loi du Talion » ?

La citation est jolie, puisqu’elle émane d’un journal qui s’est transformé en une sorte de feuille de propagande bienpensante sous l’influence de ses propriétaires. Le Monde, avec son Decodex, avec ses prises de positions de plus en plus binaires, concentre l’expression du mépris social en France. Il est, parmi les journaux subventionnés, le vaisseau-amiral de l’ordre établi. Cet éditorial n’a donc rien de surprenant : il déploie une analyse tout entière fondée sur la conviction qu’il faut défendre un système et un gouvernement en place qui exprimeraient la rationalité, la lumière, la vérité scientifique, contre un peuple archaïque, relevant de l’Ancien Testament, une sorte de vieille tribu guidée par des pulsions. Dans cet univers, tout est dans l’implicite, dans le non-dit, dans l’entre-les-lignes. Il faut décoder que ceux qui accèdent à l’intelligence ne peuvent évidemment voter ni pour Le Pen ni pour Fillon. Le seul choix raisonnable est celui de Macron. Cette technique de manipulation propagandiste est vieille… comme le monde.

Outre ces questions, quels sont ceux qui ont été le plus méprisés par les « élites » au cours de ces dernières semaines, entre les partisans de Sens commun, voire les électeurs potentiels de Jean Luc Mélenchon ?

Il serait en fait amusant d’établir une sorte de cercles concentriques des plus méprises jusqu’aux moins méprisés dans l’esprit bobo. Incontestablement, les électeurs du Front national, et la frange catholique conservatrice de Sens commun s’est attiré des foudres de la bienpensance, probablement les plus violentes. Dans un second cercle, je placerais volontiers le mouvement Debout la France, avec qui les médias subventionnés n’ont jamais été tendres, y compris à droite. Dupont-Aignan l’a d’ailleurs bien fait remarquer en lisant les messages reçus de Serge Dassault, l’appelant à collaborer avec la droite et à retirer sa candidature. Ce faisant, il a souffert des mêmes formes d’accusation qu’un Asselineau ou un Cheminade. Ultimement, n’oublions pas le mépris profond des bienpensants pour la pensée libérale libertarienne qui rejette l’équation française entre l’Etat et le bien commun. Etre libéral, c’est largement s’exposer aux foudres de ceux qui considèrent que le rationalisme fait mauvais ménage avec la libre concurrence.

http://www.atlantico.fr

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