Dominique Reynié : « Marine Le Pen a l’opportunité incroyable d’annexer une partie de la droite »

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Kevin Badeau

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 Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol. – Alain Robert/Sipa

 Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol, analyse l’élimination de François Fillon au premier tour de la présidentielle.

Douche froide pour François Fillon et la droite de gouvernement. Avec seulement 20,01 % des voix, le candidat Les Républicains est éliminé de la course à l’Elysée. Il a appelé à voter pour Emmanuel Macron (En marche) face à Marine Le Pen (Front national), qualifiés pour le second tour. Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol, think tank d’inspiration libérale, estime que l’avenir de la droite se joue dans les prochaines semaines.

Quel regard portez-vous sur la défaite de François Fillon ?

L’élimination du candidat Les Républicains à une signification particulière. C’est bien sûr la défaite de François Fillon. Mais c’est aussi celle du parti politique héritier du fondateur de la Ve République et de l’élection présidentielle. Précisons que le score de François Fillon – autour de 20 % des suffrages exprimés – est proche des scores de Jacques Chirac au premier tour des élections présidentielles de 1995 et 2002 [20,84 % et 19,88 %, NDLR].

Notons qu’il n’y a que 500.000 voix d’écart entre François Fillon et Marine Le Pen, seconde et qualifiée. Les affaires, mais aussi les candidatures hétéroclites ont fait du mal à Fillon. Elles l’ont privé d’un demi point par-ci, d’un demi-point par-là.

Le programme du candidat de la droite était aussi très critiqué…

Oui, et c’est la raison principale de son élimination dès le premier tour. François Fillon s’est coincé dans un discours radical. L’électorat s’est rétracté, car il a estimé que les réformes préconisées par le candidat Les Républicains étaient trop douloureuses. D’ailleurs, la peur de la réforme explique, selon moi, la mobilisation des pro-Mélenchon pour défendre l’Etat-providence et le modèle étatiste français. Finalement, François Fillon a concentré tout les tirs. Tout le corps politique s’est contracté pour l’expulser.

Finalement, la primaire à droite, qui a porté le candidat le plus radical, était-elle une mauvaise idée ?

Les deux partis qui ont choisi la primaire, Les Républicains et le Parti socialiste, sont éliminés dès le premier tour. Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon s’en sont passés. Résultats : Macron réussi son pari, Le Pen se qualifie comme prévu et Mélenchon fait une percée.

La défaite de la droite ne signe-t-elle pas son arrêt de mort ?

C’est possible, mais c’est pas sûr. Les Républicains pourront se reconstruire assez vite, à condition qu’ils fassent bloc contre le Front national et qu’ils imposent une cohabitation à Emmanuel Macron après les élections législatives, s’il est élu.

Et quel serait le scénario le moins optimiste pour LR ?

Il se peut que chacun décide de jouer sa propre partition et que le parti se scinde en trois camps. Celui qui s’oppose à Emmanuel Macron. Celui qui compose avec En marche. Celui qui nouera des accords avec le Front national.

Marine Le Pen a l’opportunité incroyable d’annexer une partie de la droite de gouvernement. Et cela se fera de toute façon. Une partie de l’électorat de droite votera de toute façon Le Pen au second tour de la présidentielle. Le risque de démantèlement de la droite dépendra de la discipline des élus et des électeurs.

Qui dit discipline dit chef. Autour de qui peut se rassembler la droite, aujourd’hui ?

Pour l’heure, c’est difficile à dire. Je distingue deux lignes. Une ligne François Baroin, pragmatique, proche des territoires, favorable à des compromis. Et une ligne plus à droite, plus agressive, plus dogmatique, plutôt représentée par Laurent Wauquiez.

Propos recueillis par Kévin Badeau
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