Emmanuel Macron, quinze jours pour devenir président

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Porte de Versailles, hier soir. © YOAN VALAT

Fort de 23,87% des voix, Emmanuel Macron n’a pas prononcé, dimanche soir, un discours de candidat qualifié pour le second tour de la présidentielle. Le candidat centriste avait déjà, devant ses partisans réunis au Parc des expositions de Paris, les accents d’un chef de l’Etat en devenir. Tel est bien, en effet, l’enjeu de ces deux prochaines semaines, durant lesquelles se dessinera aussi la bataille future des législatives.

Rassembler les Français en conservant sa liberté politique

Le candidat «d’En Marche !» ne peut que se réjouir des appels à voter pour lui lancés par plusieurs de ses adversaires du premier tour, à commencer par François Fillon et Benoit Hamon, candidats des deux principaux partis politiques français. Sur le papier, sa victoire est assurée face à Marine le Pen le 7 mai et un sondage de l’institut Ipsos, réalisé dimanche soir, le donne vainqueur à 62%.

Politiquement, la question est en revanche plus complexe. L’ancien ministre de l’Economie, qui devrait recevoir le soutien officiel du président sortant François Hollande dans les jours prochains, doit mettre à profit cette première victoire historique pour installer sur le terrain son mouvement et préparer la prochaine bataille des législatives. Il doit aussi, durant ces deux prochaines semaines ponctuées de meetings, préparer son premier gouvernement, lequel devra incarner le renouveau promis, et la rupture avec le quinquennat écoulé dont il est l’un des héritiers. C’est enfin dans les prochains jours qu’Emmanuel Macron doit commencer à se familiariser avec les jeux des deux prochains sommets auxquels il devra rapidement participer s’il accède à l’Elysée: celui de l’Otan le 24 et 25 mai à Bruxelles, en présence du président américain Donald Trump, et celui du G7 qui se tiendra le 26 et 27 mai à Taormine, en Sicile.

Parallèlement, Emmanuel Macron devra confirmer qu’il peut rassembler les Français. Il devra en particulier éviter de diaboliser la «France de la colère» qui a accordé ses suffrages à Marine Le Pen, et gérer au mieux le Front républicain qui va sans doute se constituer contre le Front national. Battre Marine Le Pen (21,43% des suffrages) le plus nettement possible sans humilier son électorat populaire: tel est le défi du «futur président» Macron.

Mener de front la bataille présidentielle et la bataille législative

Emmanuel Macron va devoir se pencher très vite sur la totalité des 577 circonscriptions en jeu lors des élections législatives des 11 et 18 juin. Ses experts vont devoir pointer, pour chacune d’entre elles, les députés amis déjà ralliés ou disposés à se rallier à son mouvement, à droite comme à gauche. Cette dentelle parlementaire est indispensable car elle doit aussi permettre aux centristes de l’ex Modem de François Bayrou de faire leur retour à l’Assemblée nationale.

L’ancien ministre de l’Economie l’a dit: il ne veut pas d’un gouvernement d’union nationale, mais d’une majorité d’idées. Or pour l’obtenir, Emmanuel Macron aura besoin de solides alliés à l’assemblée. L’ancien premier ministre Manuel Valls peut en être un. François Bayrou en est un autre. S’y ajoutent les grands «barons» de province comme le maire socialiste de Lyon Gérard Collomb.

L’autre défi, pour Emmanuel Macron, est de se réconcilier avec les élus. Jusque là, le candidat «d’En Marche !» a plutôt fait campagne contre les sortants, profitant d’une sorte de «dégagisme soft». Comment va-t-il expliquer maintenant qu’il pourrait passer des accords avec tel ou tel pour consolider l’avenir ? Pour l’heure, la meilleure arme du candidat Macron reste sa jeunesse (il a 39 ans), son charme, et sa formidable popularité. Il lui faut la transmettre à «En Marche !» le mouvement qu’il a lancé en avril 2016 et qui porte ses initiales.

Accepter les réalités de la France du FN

Parler de rassemblement est une chose. Comprendre l’électorat français acquis à Marine Le Pen en est une autre. Emmanuel Macron va pourtant devoir prouver à cette frange du pays (près de 22% des électeurs, soit plus de sept millions de personnes) qu’il n’est pas un banquier insensible à son sort. Il va devoir aussi rassurer tous ceux qui voient en lui un suppôt du libéralisme et de l’uberisation de la société. La France du FN n’est plus, en 2017, celle qui avait permis à Jean Marie Le Pen d’accéder au second tour en avril 2002. C’est une France qui a peur et qui s’inquiète d’être abandonnée. C’est aussi une France qui ne croit plus en l’Union européenne, dont Macron veut faire le pilier de sa politique étrangère.

La pire des erreurs, pour l’ancien ministre de l’Economie, serait de croire que cette France de la colère est aujourd’hui endiguée. Le niveau électoral de Marine Le Pen, peut-être décevant pour la candidate qui espérait sortir en tête au premier tour, prouve qu’elle gagne encore du terrain. Le FN n’a pas atteint son seuil maximal et son ancrage territorial est un atout qu’il compte faire fructifier.

Simultanément, Emmanuel Macron va devoir se battre. La présidente du Front national va le sommer de s’expliquer sur la multiculturalité, sur ses déclarations controversées passées sur la colonisation ou sur ses positions vis-à-vis de l’islam en France. La bataille que va mener Emmanuel Macron ne sera ni simple, ni facile. En face de lui, le candidat centriste risque de trouver ces deux prochaines semaines une partie du pays qui lui est très hostile, en particulier dans cette France «périphérique» qu’il connaît mal. Ses gaffes initiales, après sa nomination ministérielle, sur les «ouvrières illettrées» de l’entreprise Gad, en Bretagne ont montré que le chemin du peuple est piégé pour l’énarque brillant habitué aux arcanes de la haute administration et de la finance.

https://www.letemps.ch/

 

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