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Par Judith Waintraub

Emmanuel Macron reçu par Christian Estrosi, président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, le 1er avril à Marseille.

Le président de la région Paca et l’ancien ministre de l’Agriculture n’excluent pas de travailler avec le candidat d’En marche ! s’il est élu président de la République.

De l’appel à voter Emmanuel Macron au ralliement au candidat d’En marche!, il y a un pas que personne, chez Les Républicains, ne se dit officiellement prêt à franchir. En tout cas, pas avant d’en savoir un peu plus sur les intentions du favori des sondages. «Depuis dimanche, il est muet. J’attends son discours de second tour, explique Christian Estrosi au Figaro. Il y a cinq grands sujets – l’emploi, la fiscalité, la compétitivité, la lutte contre le terrorisme et pour la sécurité et le financement de l’innovation – sur lesquels je serais intéressé qu’il puisse y avoir une vision partagée.» Et plus si affinités, par exemple un ministère pour mettre en œuvre ces priorités communes?

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a déjà fait savoir avant le premier tour qu’il ne l’excluait pas, mais il affirme n’avoir eu «aucun contact» avec le candidat d’En marche! depuis qu’il l’a reçu à Marseille, le 1er avril. L’entrevue, le lendemain d’un meeting de François Fillon où Christian Estrosi s’était fait huer, avait fourni à Emmanuel Macron une occasion de pointer le «sectarisme» de son adversaire de droite.

Estrosi a de nouveau été sifflé au meeting de Fillon à Nice, le 17 avril, mais il n’en a cure: si Macron vient dans sa ville entre les deux tours, comme il en a l’intention, il aura droit une nouvelle fois à un «accueil républicain» de l’ancien maire. Selon lui, «ce n’est pas parce qu’on n’est pas présent au second tour qu’on va se dire “on attend cinq ans pour que la France se réforme”». Mais «tout dépend d’Emmanuel Macron et de sa capacité à intégrer dans son projet des propositions des réformistes de droite», précise-t-il, tout en se projetant plutôt dans l’après-législatives, et plus précisément dans le scénario où Macron, élu, ne disposerait pas d’une majorité à l’Assemblée. Estrosi refuserait alors un quinquennat «de chamailleries». «Nous n’avons pas le droit de rendre la France ingouvernable», estime-t-il.

Dans ce cas de figure, Bruno Le Maire lui non plus n’aurait «aucune hésitation» à agir pour «l’intérêt de la France» au côté d’Emmanuel Macron. L’ancien ministre confie subir des «pressions» pour rejoindre le leader d’En marche! avant le second tour. Il ne dit pas si le candidat l’a lui-même approché, mais il affirme qu’il est «absolument hostile à tout débauchage individuel». Député sortant dans l’Eure, il est «sûr de gagner» même si, selon toute probabilité, il devra affronter le secrétaire général du FN Nicolas Bay.

Dans une circonscription où le score de Marine Le Pen est passé de 19 % en 2012 à 31 % dimanche, le combat s’annonce difficile. Si Le Maire revient à l’Assemblée et que, comme il le «redoute», la droite n’y est pas majoritaire, il faudra selon lui «regarder comment on travaille utilement avec le prochain président pour que la France ne perde pas cinq ans». L’ex-ministre des Affaires européennes ne repousse pas l’idée d’une coalition à l’allemande, fondée sur un projet.

Nathalie Kosciusko-Morizet, elle, ne croit pas à une telle recomposition. Elle n’exclut pas des accords «au coup par coup» mais répugne à se projeter dans l’après-législatives. Quant aux rumeurs selon lesquelles elle aurait rencontré Emmanuel Macron, elle les dément «formellement». «Je n’ai jamais eu de contact avec lui ni avec un de ses émissaires, nous a-t-elle assuré. Et nous devrions tous nous occuper de faire battre Marine Le Pen plutôt que de nous projeter après le second tour, car sa défaite n’est pas acquise.»

NKM, qui appelle à voter Macron «sans condition», lui a demandé de «clarifier sa position» sur plusieurs points, notamment sur le communautarisme et la lutte contre le terrorisme, mais «pas pour préparer une future recomposition»: elle estime juste que les appels de la droite à voter pour le candidat d’En marche! et empêcher ainsi une victoire du FN seront «plus faciles à suivre pour des électeurs de droite si on lève leurs doutes sur ces sujets».

Sur une ligne proche de celle de NKM, l’ex-juppéiste Pierre-Yves Bournazel, conseiller régional d’Île-de-France, préconise lui aussi de faire les choses dans l’ordre. «Bien évidemment nous allons nous battre pour notre projet pour la France aux législatives en espérant l’emporter, précise-t-il. Mais si ce n’est pas le cas, il faudra voir si ces majorités de projet sont possibles, si Emmanuel Macron est capable de définir un certain nombre de points précis auxquels nous pourrions nous rallier.»

http://www.lefigaro.fr/

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