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 Philippe Oswald

 © Lionel BONAVENTURE / AFP

Qui vote pour qui au second tour ? Qui vote blanc ? Qui s’abstient ?  Les uns annoncent leur ralliement, les autres se taisent, gauche et droite classiques se divisent.

Le « front républicain » a vécu. « Contrairement à 2002, les élus de gauche et de droite ne font pas bloc contre le Front national en vue du second tour de la présidentielle » constate Le Parisien. « On ne sait plus, dans ce brouillard général, faire la différence entre amis, ennemis et adversaires, regrette Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées. On pourrait multiplier les exemples, de Gérard Filoche à Martine Aubry pour qui “appeler à voter Macron est au-dessus de ses forces”, alors qu’elle n’avait pas hésité lors des régionales à appeler à voter Xavier Bertrand. Sans parler de ceux, à gauche, qui en arrivent à souhaiter la victoire du FN ! » Beaucoup, en effet, tel à gauche l’écrivain Jérôme Leroy qui exprime son désarroi dans Causeur, refusent de choisir « entre Orwell et Kafka ». Après avoir gardé le silence depuis le début de la semaine, Jean-Luc Mélenchon s’est exprimé longuement vendredi 28 avril sur sa chaîne YouTube. Pour déclarer finalement : « Est-ce qu’il y a une seule personne parmi vous qui doute que je ne voterai pas FN ? » avant d’ajouter : « Moi j’irai voter, mais ce que je vais voter je ne vous le dirai pas », laissant chacun libre de son vote. Au même moment, le comité national de Debout la France réuni autour de Nicolas Dupont-Aignan, annonçait n’avoir « pas pris de décision » à l’issue de la réunion où « tous les avis se sont opposés », rapporte Le Dauphiné. Mais quelques heures plus tard, coup de théâtre : Nicolas Dupont-Aignan annonce au journal de 20 heures de France 2 : « Je soutiendrai Marine Le Pen et je ferai campagne avec elle », précisant avoir signé un « accord de gouvernement élargi » avec la présidente du Front national.

Fillon et Hamon voteront Macron ou plutôt « contre Marine Le Pen »

Certes, les principaux évincés du premier tour, « François Fillon et Benoît Hamon ont appelé à voter pour Emmanuel Macron » rappelle La Croix. « Plusieurs responsables de droite lui [Fillon] ont emboîté le pas : Christian Estrosi, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (…) la députée LR Nathalie Kosciusko-Morizet, l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, ainsi qu’Alain Juppé, le maire de Bordeaux, qui veut barrer la route à « une extrême droite qui conduirait la France au désastre » (…) François Baroin, président LR des maires de France, votera également pour le candidat d’En Marche ! « à titre personnel », tout comme Jean-François Copé, qui le fera « la mort dans l’âme ». Public Sénat résume : « La question est si délicate pour le parti, absent pour la première fois d’un second tour d’une élection présidentielle, que le bureau politique s’en est saisi, afin de dégager une position commune. Le 24 avril en fin de journée, un communiqué annonce que « l’abstention ne peut être un choix ». Les mots ont leur importance, il appelle à « voter contre Marine Le Pen », mais pas à « voter pour Emmanuel Macron ». Ce compromis, adopté après plusieurs heures de réunion, laisse la porte ouverte au vote blanc. »

Côté Hamon, sa porte-parole Aurélie Filippetti a également jugé « indispensable » de « contrer la menace FN », tout comme Martine Aubry, maire de Lille et soutien de Benoît Hamon, qui a appelé à « faire barrage au Front National (…) comme en 2002 », sans mentionner le nom d’Emmanuel Macron.

« Nous, Républicains, risquons de disparaître »

Mais sur BFMTV le député LR George Fenech, qui s’était opposé à la poursuite de la campagne de Fillon englué dans « les affaires », a dit dès le 24 avril, lendemain de la défaite de Fillon, son refus d’appeler à voter Macron au nom du « front républicain » :  « Nous, Républicains, risquons de disparaître de l’Assemblée nationale dans un mois », a déclaré le député LR du Rhône, estimant que l’appel à voter pour Emmanuel Macron afin de faire barrage au FN était une stratégie suicidaire avant les législatives. « Il n’y a plus de consensus chez Les Républicains » constate le président du Parti chrétien-démocrate, Jean-Frédéric Poisson, interviewé par Le Point. « J’irai voter, dit-il, mais je réclame, comme pour tous les autres citoyens, le droit au secret de l’isoloir. » Ainsi le PCD n’appelle « à voter pour aucun des deux candidats au second tour de l’élection présidentielle » laissant « chaque électeur choisir selon sa conscience. »

« Macron, c’est non »

Beaucoup à droite refusent eux aussi de choisir « entre le chaos porté par Marine Le Pen et le pourrissement politique d’Emmanuel Macron » comme l’a confié le président de Sens commun, rattaché au parti LR, à Famille Chrétienne. Le collectif  La Manif pour tous appelle, lui, à s’opposer à Emmanuel Macron, relève RTL car il « reproche au candidat d’En Marche ! de défendre une “politique anti-famille”. » « Pour les familles, pour les enfants, pour l’avenir, le 7 mai : Macron, c’est non », déclare la présidente du collectif, Ludovine de la Rochère un communiqué de La Manif pour tous publié mardi 25 avril : « Emmanuel Macron entend prendre la suite du quinquennat qui s’achève (…) Candidat ouvertement anti-famille, il fait passer l’argent avant l’humain  (…) Nous refusons ce bouleversement de civilisation qui entraîne de nouvelles injustices et inégalités pour les femmes et pour les enfants ». « Un engagement politique risqué » estime La Croix. « Nous n’appelons pas à voter Marine Le Pen, on peut aussi s’abstenir ou voter blanc. Mais son programme ne va pas à l’encontre du respect de l’altérité homme-femme ou de la filiation, de l’intérêt de la famille » répond Ludovine de la Rochère.

Quant à ceux qui, de droite ou de gauche, annoncent leur ralliement à Emmanuel Macron avec des ambitions ministérielles, ils ne sont pas toujours accueillis avec des fleurs. Laurence Parisot, l’ancienne présidente du Medef, en a fait l’expérience : contactée par Marianne, elle s’est dite « prête » et « disponible » pour Matignon. Elle « drague lourdement Emmanuel Macron… et se prend un râteau » raille L’Obs : « Le secrétaire général d’En Marche !, Richard Ferrand, met fin au suspense en fin de matinée (27 avril) répondant sèchement aux avances de Laurence Parisot. “Nous menons campagne pour rassembler et servir la France, d’autres rêvent à leur carrière. Dérisoire, inconvenant et vaniteux”, écrit sur Twitter le député PS du Finistère, un très proche d’Emmanuel Macron.»

Le « casse-tête » d’un gouvernement Macron

Celui-ci, malgré un fléchissement au terme de la première des deux semaines de campagne, reste dans les sondages « le grand favori du second tour de la présidentielle avec 60, 5% des intentions de vote contre 39, 5% pour Marine Le Pen », selon Paris Match mais l’écart se réduit à 59% contre 41%, selon un sondage Odoxa-Le Point publié vendredi après l’épisode de la visite à l’usine Whirpool  à Amiens, le 27 avril.  Pourtant, observe Guillaume Tabard dans Le Figaro : si Marine Le Pen a gagné « sur le plan de la communication » car c’est elle « qui a créé la surprise (…) et qui a choisi le terrain de leur affrontement: un conflit social », Emmanuel Macron a retourné le piège : « Il a choisi d’afficher son courage, y compris physique. Et de prouver sa capacité à affronter l’hostilité et à accepter le dialogue. C’était le meilleur antidote à l’accusation d’indifférence face à la situation des salariés de Whirlpool. »

Cependant l’équipe d’En Marche est confrontée au « casse-tête du gouvernement que le candidat serait amené à composer s’il était élu président de la République, le 7 mai » explique Le Monde (27 avril) : « À ce stade, les macronistes ont un objectif : attirer des figures de la droite. Avant même le premier tour de la présidentielle, Macron avait réussi à provoquer la zizanie à gauche, au sein du Parti socialiste, en bénéficiant des ralliements du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, et de quelques parlementaires. Désormais qualifié pour le second tour, il aimerait rééditer l’exploit, à droite cette fois. » Mais comment le faire avant les législatives ? « L’équipe Macron a compris que son opération de charme va avoir du mal à aboutir. “Beaucoup de responsables LR sont prêts à participer avec nous à un rassemblement politique, mais après les législatives, pas avant”, regrette un élu. »

Emmanuel Macron est devant un dilemme, analyse dans L’Alsace, Laurent Bodin : « L’ancien ministre de l’Économie n’a aucun intérêt à trop tôt dévoiler des plans qui dépendront aussi de l’ampleur de sa possible victoire. (…) Reste qu’à trop attendre, Emmanuel Macron prend le risque d’une impréparation qui a plombé le début du quinquennat de François Hollande. Lequel ne s’en est jamais véritablement remis. Une leçon à méditer. »

 

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