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Christian Lancrenon

Soyez sans crainte… L’écart se resserrera, mais vous passerez ! L’histoire est écrite. Inutile donc de perdre ici notre énergie sur le programme de votre adversaire déjà mis en pièce au 1er tour. Il se résume en deux mots : escobarderie pour la méthode ; banqueroute pour les conséquences.

Si beaucoup se réjouissent déjà de votre élection obligée dimanche 7 mai 2017, le risque est le désenchantement vu l’urgence des réformes dont la France a besoin. Même si elles sont nécessaires, ce ne sont pas les mesures symboliques d’éthique et de transparence que vous déciderez sans doute rapidement qui vont faire bouillir la marmite de la maison France. D’autant qu’une fois installé, vous devrez renvoyer bon nombre d’ascenseurs vu la diversité des personnalités qui vous auront soutenu. Encore trentenaire, gageons que vous serez entouré de personnes d’expérience. Quadras, quinquas, sexas, septuas, octos… vont se bousculer au 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré… Voire même certains nanos, qui sait ? Personnellement, je verrais d’un bon oeil Jean d’Ormesson en maison de retraite élyséenne. Vous pourriez faire une petite place pour notre académicien, comme François Mitterrand en a fait une pour Éric Orsenna.
Et maintenant ?

Monsieur Macron, n’est-ce pas une erreur de promettre de ne pas toucher à l’âge de départ à la retraite ? Le reste du monde industriel fait le contraire. Certes, vous voulez supprimer les régimes spéciaux mais cela ne résoudra pas tous les problèmes et promet des luttes fratricides. Tiendrez-vous bon ? S’engager à supprimer quelque chose est risqué. Toute décision politique entraîne des conséquences en ricochant sur d’autres secteurs. Au lieu d’envisager une suppression radicale, ne suffirait-il pas de réformer le RSI ? Parmi vos cadeaux fiscaux, votre intention de supprimer la taxe d’habitation pour 80 % des Français est-elle réfléchie ? Comment vont faire les communes ? Pour prendre l’exemple de la ville de Sceaux, la dette frise les 3 000 euros par habitant (1). Surendettée – donc au taquet en termes d’impôts locaux – quels sacrifices devront faire les élus ? Ne plus refaire routes et trottoirs ? Si vous vous adressiez à des communes gérées en fonction des baisses de dotations, cela passerait. Mais la grande majorité d’entre elles supplient l’État de ne pas changer, dotées d’une triple menace : menace à l’emploi communal, la baisse des effectifs touchera les plus défavorisés ; menace à la baisse des investissements, eux-mêmes pourvoyeurs d’em-plois ; et menace à la qualité des services publics, laissant supposer qu’avec moins de personnel, les services seront moindres… Or dans votre programme, les collectivités locales ne devraient pas renouveler 70 000 postes et devront réaliser au moins 10 milliards d’euros d’économies. Pour ne citer qu’elle, la mairie de Paris débordant d’effectifs va-t-elle pouvoir s’en sortir ? Les efforts doivent être partagés, en prenant soin de ne pas casser la cohésion sociale. Les élus locaux ont un rôle majeur dans les liens qui se tissent avec la population. Autre facteur à prendre en compte : le tissu associatif français dont tout le monde reconnaît l’exceptionnelle richesse. Il s’agit davantage d’une richesse humaine que financière… Les associations ne pourront pas remplacer les carences de l’État ; veillez à ne pas les fragiliser. Les Français paient déjà trop d’impôts et vos plans de réductions des effectifs ne doivent pas alimenter Pôle Emploi.
Libérez le travail !

Parallèlement aux réformes structurelles à entreprendre au plus vite, l’une des clés est la libéralisation du travail. Le signal doit être fort pour rassurer investisseurs et chefs d’entreprise qui sont fatigués par tant de lourdeurs administratives et par tant de manque de stabilité. Bon courage pour convaincre… Vous devriez nommer un ministre de la pédagogie et de l’éducation économique afin de remplacer démagogues et idéologues qui plombent notre pays. Oserez-vous vous attaquer aux fameux corps intermédiaires qui s’accrochent comme des désespérés au système vu les gâteaux dont ils profitent ? L’inégalité n’est pas là où certains le laissent prétendre. Puissiez-vous vous entourer de personnes de bon sens faisant fi de toute idéologie. Il existe en France des forces vives qui ne demandent qu’à travailler, à innover. Sanctionnez les abus mais laissez-les libres ! Vous verrez que le thème de l’immigration si chère à votre adversaire passera au second plan une fois que vous aurez réussi à créer une dynamique, en commençant par baisser les charges, sans omettre de simplifier le droit du travail et de supprimer bien des normes. De même, l’économie positive et l’entreprise collaborative devront compter parmi vos priorités.

En marche rapide !

Pour ne pas trébucher, regardez devant vous et allez-y en marche rapide… Vos 50 milliards d’économie budgétaire – s’ajoutant aux 10 milliards cités plus haut – devront s’accompagner de mesures drastiques au niveau économique. Si tel n’est pas le cas, ce sont les classes moyennes qui subiront encore et encore les conséquences de la non-maîtrise des dépenses publiques. Je suis de ceux qui pensent que c’est d’un électrochoc dont la France a besoin. Voire plusieurs vu l’importance et le nombre de réformes. Même s’ils font fuir, les chiffres sont utiles et permettent de nous situer… Il est bon de rabâcher que notre dépense publique représente 56,2 % de notre PIB alors que l’Europe (zone euro) est à 48,5 % ; l’Allemagne seule étant à 44 % (2) ! Les Allemands en souffrent-ils ? Non !… Pendant qu‘ils profitent de près de 24 milliards d’euros d’excédents budgétaires, les Français traînent plus de 69 milliards de déficits ! Nos PME manquent de force. Partisans du moindre effort et installés, bien de vos amis réclament trop souvent plus de solidarité de la part de l’Allemagne… C’est d’un tel toupet que l’on croit cauchemarder. Or la France est prête aux réformes. Ne vous laissez pas influencer par celles et ceux qui vous diront le contraire. Monsieur Macron, ne visez pas 2022 mais 2032…
Votre prédécesseur vous laisse une dette à 100 % du PIB ! (3)

Combien va coûter votre nationalisation de l’assurance chômage et comment financer son extension aux travailleurs indépendants et aux personnes qui démissionnent ?… Sans un sou, votre gouvernement devra-t-il faire appel à des bénévoles pour éviter de financer le mois de service national que vous proposez ?… Autre exemple, dans quelles poches déjà percées trouverez-vous les sous pour mieux rembourser certains frais de santé ?… Quant à l’univers carcéral bouillonnant, foyer du terrorisme, comment financerez-vous les 15 000 places supplémentaires, sans oublier les 10 000 nouveaux postes dans les forces de l’ordre ? Comment réduirez-vous nos déficits ?… D’autant que vous avez promis un plan d’investissement de 50 milliards d’euros dans le numérique, à l’environnement et à l’urbanisme… Comment remettrez-vous la maison France sans un sou à l’abri et dans les clous… de l’Europe ? À quand les 3 % ?!
La France applaudit les réformes… des autres !
Je crains que l’équipe gouvernementale que vous créerez avec votre Premier ministre ne parie sur une reprise économique mondiale afin de placer le paquebot France dans le sillage des pays prospères… Ceux-là même qui auront su faire les efforts nécessaires pour se réformer, et grâce auxquels notre économie repartirait… Cherchez l’erreur. Ne devrions-nous pas donner des signes forts à nos amis européens afin que l’Europe pèse davantage dans la mondialisation ? Que celle-ci plaise ou non, elle est prégnante. Chaque Français doit en prendre conscience et la saisir comme une chance, non comme une défiance. En gardant son identité, c’est à la France à s’adapter sans laisser supposer aux plus crédules qu’elle peut changer le monde… Braverez-vous la France insoumise qui se mettra à hurler son slogan dans les rues du pays, lequel tient en un mot : résistance ?… Vous-même, comment résisterez-vous ? Maintiendrez-vous le cap choisi ?… S’il le faut, aurez-vous le courage d’envoyer l’armée débloquer le pays si des poignées de fanatiques refusent toutes remises en cause donc toutes réformes malgré le résultat des urnes ? S’il existe dans notre pays une force vive prête à se retrousser les manches, elle doit compter sur un leader qui aura le courage d’aller jusqu’au bout, donc sans céder au chantage de la rue.
Serez-vous cet homme, Monsieur Macron ?
Serez-vous celui qui saura répondre à la souffrance des Français qui ont voté pour les extrêmes ? Penserez-vous aux jeunes et aux seniors anormalement sans emploi ? Penserez-vous aux aînés fragilisés et aux 8 millions d’aidants qui peinent à joindre les deux bouts comme tant de Français ? Sans oublier le monde agricole, à cran. En mesurez-vous la gravité ? Il y a le feu à la maison France ! Les résultats du premier tour de cette présidentielle sont inquiétants. Les clivages sont éclatants. Les nerfs sont à vif. Le sentiment d’abandon provoque un chacun pour soi dévastateur pour le vivre ensemble que les Français appellent pourtant de leurs voeux. Quant aux millions d’électeurs qui auront voté pour vous le 7 mai prochain, ne leur laissez pas l’impression d’avoir été trompés. Les Français n’en peuvent plus de trop d’espoirs déçus. Au beau milieu de la maison France dont les murs tremblent, restons optimistes et croyons en des lendemains meilleurs. Sachez cependant que c’est ce que l’on promet aux Français depuis 36 ans… 36 chandelles ! Vous aviez 3 ans quand le 10 mai 1981, un homme politique que l’on dit être une personnalité influente clamait que la France passait de l’ombre à la lumière… Merci de l’allumer enfin cette lumière, que l’on y voit clair. Même si l’interrupteur est difficile à trouver… Donc quelle que soit la nouvelle majorité parlementaire que choisiront les Français le 18 juin. C’est un vibrant appel.

Christian Lancrenon
Élu à Sceaux, Hauts-de-Seine, depuis 1995

christian@lancrenon.fr

(1) Ville de Sceaux
http://www.journaldunet.com/economie/magazine/1169776-villes-les-plus-endettees/1169835-sceaux
(2) France Allemagne
http://www.cnis.fr/files/content/sites/Cnis/files/Fichiers/colloques/2016/documents_complementaires/DC_2016_colloque_cnis_depenses_publiques_france_strategie.pdf
(3) Dette à 100 % du PIB
http://www.usinenouvelle.com/article/l-ocde-voit-la-dette-de-la-france-depasser-100-du-pib-en-2018.N469753

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