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Par Alexis Feertchak

A Paris, le 28 avril.
 Dans les reports de voix, Emmanuel Macron pourrait être concurrencé par l’abstention et le vote blanc. Un phénomène qui ne remet cependant pas en cause la place de favori du candidat d’En Marche !.

Depuis 1974, la participation a toujours été plus forte au second tour de l’élection présidentielle qu’au premier. Cela fut notamment le cas en 2002. Entre les deux tours, l’abstention est passée de 28,4% à 20,3%. Pourtant, les sondages laissent penser que la situation pourrait être différente en 2017.

Sur TF1 ce jeudi, Emmanuel Macron a rappelé qu’il avait enregistré au premier tour un score supérieur à celui de Jacques Chirac quinze ans plus tôt. Mais la situation n’est pourtant pas équivalente. Tandis que Jean-Luc Mélenchon n’a pas explicitement appelé à voter pour Emmanuel Macron et que Nicolas Dupont-Aignan pourrait annoncer son ralliement à Marine Le Pen, certains électeurs du premier tour pourraient ne pas se rendre aux urnes le 7 mai prochain. L’abstention pourrait-elle changer la donne? Nous tentons de décrypter les enjeux de cette question clé du second tour.

● Participation: une baisse à prendre avec prudence

Dans son sondage quotidien, l’IFOP relève que la mobilisation pourrait être en baisse au second tour. Avec un taux de participation estimé à 71% des électeurs, celle-ci pourrait connaître une baisse de près de 7 points par rapport au premier tour (77,8%). Hormis l’élection de 1969, une abstention proche de 30% serait une exception dans l’histoire de la Ve république.

L’hypothèse d’une forte abstention le 7 mai est à observer avec prudence. Certains instituts de sondage, comme Elabe, ont décidé de ne pas donner l’estimation de la participation. Ces derniers préfèrent s’en tenir aux reports de voix des différents candidats du premier tour. «Nous ne faisons pas de projection sur l’abstention», précise Yves-Marie Cann, directeur des études politiques d’Elabe. En cause, «la participation [qui] se jouerait dans les derniers jours du scrutin». Cette hypothèse a été validée lors du premier tour. Trois semaines avant, plusieurs sondeurs estimaient que l’abstention pourrait s’élever à 30%, ce qui ne fut finalement pas le cas. Cela traduisait en réalité l’incertitude des électeurs confrontés à un quatuor de tête serré.

● Reports de voix: les symptômes d’un front républicain fragilisé

Le second tour n’est pourtant pas comparable au premier, beaucoup d’électeurs ne se retrouvant pas dans les deux finalistes. L’estimation des reports de voix entre candidats du premier et du second tours accorde ainsi une place croissante à l’abstention et au vote blanc.

Dans le PrésiTrack d’Opinionway pour Radio Classique et Les Échos, la part des électeurs de Mélenchon à faire ce choix a bondi de 23% à 45% du 24 avril au 28 avril tandis que leur report vers Macron (de 55% à 40%) et vers Le Pen (22% à 15%) a baissé. Interrogé par Le Figaro, un électeur de la France insoumise, qui pense s’abstenir, se justifie: «Voter pour un mondialiste béat, qui brille par son ambivalence et sa vacuité et qui n’est là que du fait du soutien objectif de milieux qui font tant de mal, c’est au-delà de mes forces». Un autre abonde: «Voter en 2017 pour celui-là même qui fait que Le Pen est si haute aujourd’hui, c’est voter dès aujourd’hui pour le Front national en 2022», précisant que, selon lui, «c’est Jean-Luc Mélenchon qui a été capable de faire baisser Marine Le Pen au premier tour». Même chez les électeurs de Benoît Hamon, malgré les consignes des dirigeants socialistes, le vote pour Emmanuel Macron a baissé (de 83% à 68%) au profit de l’abstention ou du vote blanc (de 14% à 29%).

À droite, cette proportion est passée de 18% à 28% chez les électeurs de François Fillon, dont le soutien à Marine Le Pen a lui baissé de 38% à 29%. Interrogé par Le Figaro, un électeur filloniste, qui souhaite s’abstenir, estime que «François Fillon est pourtant plus proche idéologiquement de Marine Le Pen que d’Emmanuel Macron» en matière de conception de la nation ou de la famille. Il se justifie également par un rejet du «système» et de la «médiacratie» dont François Fillon aurait été victime. Et de conclure: «Je ne supporte pas les leçons de morale des socialistes. Je n’ai pas de leçons à recevoir». Quant à l’électorat de Nicolas Dupont-Aignan, l’abstention et le vote blanc bondissent (de 14% à 32%) quand le vote pour Marine Le Pen augmente légèrement (de 32% à 37%).

● Retournement de situation: un scénario improbable

Dans les intentions de vote, l’écart de 20% entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, même s’il tend à légèrement se resserrer, demeure très important, d’autant que le candidat d’En Marche! part avec une avance d’un million d’électeurs à l’issue du premier tour. Emmanuel Macron baisse certes dans les reports de voix, mais c’est davantage au profit de l’abstention qu’à celui de la candidate du FN, qui ne le dépasse que chez les électeurs de Dupont-Aignan.

Selon Opinion Way, «Emmanuel Macron n’est pas en danger pour la victoire finale». «L’enjeu de second tour n’est pas le nom du vainqueur final, mais le score qu’obtiendra chacun des deux finalistes au soir du second tour», précise l’institut de sondage. En la matière, l’abstention pourrait jouer à plein.

VIDÉO – Certains militants de Jean-Luc Mélenchon ont fait le choix de na pas voter au second tour et ont appelé à l’abstention sur les réseaux sociaux

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