Marine Le Pen, l’incendiaire présidentielle

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Marine Le Pen et Emmanuel Macron, un face-à-face télévisé extrêmement violent.   © Ian Langsdon/EPA

Le pugilat télévisé de mercredi a illustré la terrible fracture présidentielle française. A force de démagogie et de mensonges, face à un adversaire toujours résistant mais parfois fragilisé, la candidate d’extrême droite a déversé sur le scrutin de dimanche une très inquiétante colère

La réalité, à trois jours d’un scrutin marqué par le naufrage des partis traditionnels au premier tour – leurs candidats François Fillon (Les Républicains) et Benoît Hamon (Parti socialiste) ont été éliminés – et par l’importance du vote protestataire-populaire récolté par la candidate du FN (21,3%) et le représentant de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon (19,58%), est que ce duel télévisé fut accablant. En 2007, Ségolène Royal s’était heurtée avec vigueur à Nicolas Sarkozy. En 2012, François Hollande avait noyé ce dernier sous son anaphore «Moi président». Plus loin en arrière, François Mitterrand avait bousculé Valéry Giscard d’Estaing en 1981, puis Jacques Chirac en 1988, par des formules d’une assassine courtoisie.

Changement complet de registre sur le plateau de TF1 et de France 2, dont les journalistes ont été aux abonnés absents. Sourire narquois aux lèvres, remarques condescendantes, Marine Le Pen a donné dans l’attaque personnelle, qualifiant son adversaire d’«enfant chéri du système et des élites», de «candidat de la mondialisation sauvage», de «banquier d’affaires froid pour qui la France est une salle de marché et la guerre contre tous». Plus qu’un choc, une stratégie de déstabilisation que le Front national, s’il perd la présidentielle, poursuivra lors des législatives des 11 et 18 juin et après: «Je suis très inquiet pour le climat futur au sein de l’Assemblée, confie un assistant parlementaire. Imaginez que cette guérilla se généralise lors de chaque nouveau projet de loi, que l’invective et l’insulte l’emportent. On retournera aux années 1930.»

«Elle veut dynamiter cette République»

Ce débat, durant lequel Emmanuel Macron a résisté avec courtoisie, répétant que la France «mérite mieux» que la caricature offerte par la candidate FN, «dont le seul registre est de salir», n’était pas qu’une confrontation télévisée. En plus des suffrages de Marine Le Pen et de son allié Nicolas Dupont-Aignan, plus de 50% des électeurs français ont choisi le 23 avril le camp de la révolte, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Autre preuve du délitement: le dépôt d’une plainte, jeudi, par le candidat d’En marche!, après que son adversaire (poursuivie par la justice pour l’affaire des emplois fictifs au Parlement européen, et convoquée par les magistrats, qu’elle a refusé de rencontrer) l’a accusé d’un possible compte aux Bahamas. Dans la foulée, une enquête a été ouverte par le parquet. «La candidate du FN n’a pas lancé des boules puantes, corrige un ancien ministre de droite qui a appelé à voter Macron. Elle veut dynamiter cette République si elle n’est pas élue.» Comment, dès lors, présider cette France-là?

Le risque du chaos

Les deux autres enjeux du prochain quinquennat ont été illustrés par les échanges ahurissants à propos de l’euro et du terrorisme islamiste. Sur la monnaie unique, Marine Le Pen a slalomé en affirmant qu’elle pourrait être à la fois remplacée par le franc et maintenue comme monnaie de paiement pour le commerce. En riposte, l’ancien ministre de l’Economie a tonné: «Vous ne financez rien. La finance magique, ça n’existe pas», pour n’obtenir que des sarcasmes. Difficile de ne pas voir, dans ces conditions, le Front national comme un danger économique majeur.

Sur le terrorisme et la délinquance, Marine Le Pen a, là, marqué des points. Pas en raison des solutions qu’elle préconise, car la plupart feraient courir au pays le risque d’un chaos policier et judiciaire. Mais parce qu’Emmanuel Macron, soudain, a semblé moins sûr de lui qu’en matière financière. Moins rassurant. Moins «régalien» aussi. La France, toujours en état d’urgence, donnait hier l’image d’une République en grand besoin d’un président capable d’éviter l’embrasement. Alors que l’incendie de la colère sommeille dans les urnes.


MAIS ENCORE

Une audience assez moyenne

Près de 16,4 millions de téléspectateurs ont suivi le débat, retransmis sur six chaînes de télévision. Une audience plus faible que lors des deux dernières élections.

Un Macron plus convaincant

Le candidat d’En marche! a été jugé plus pertinent par 63% des sondés (Elabe pour BFMTV). Emmanuel Macron remporterait l’élection présidentielle avec 61% des intentions de vote (IFOP).

Des militants FN féroces

Au sein du parti, la prestation de la candidate a été très critiquée. Jean-Marie Le Pen a estimé que sa fille avait «manqué de hauteur».

Des journalistes sur la sellette

Les deux journalistes ont été critiqués pour leur attentisme et leur incapacité à cadrer le débat. «Notre devoir et notre tâche étaient de les conduire à une confrontation directe», s’est défendu Christophe Jakubyszyn du groupe TF1.

https://www.letemps.ch

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