Les «Macronleaks», ultime boule puante

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A Rodez, dans le sud-ouest, pour le dernier jour de sa campagne, vendredi 5 mai.

Tentative de déstabiliser le 2e tour de ce dimanche? Le mouvement En marche! dénonce un «piratage massif» après la publication sur le Net de milliers de documents internes, mêlés à de faux documents

La révélation de ce piratage massif, «dans la dernière heure de la campagne officielle» (la campagne a officiellement pris fin vendredi à minuit, heure suisse), «relève manifestement de la déstabilisation démocratique, comme cela s’est déjà vu aux Etats-Unis pendant la dernière campagne présidentielle», a dénoncé En Marche!, le mouvement de M. Macron, dans un communiqué.

Dès leur diffusion, via Twitter, ces documents piratés ont été relayés par l’extrême droite.

Vendredi soir, ce sont au total 9 Go de documents internes à la campagne d’Emmanuel Macron qui ont été diffusés sur le web, par un internaute baptisé EMLEAKS. Tout est parti de la communauté 4Chan, avec à l’origine un internaute au pseudo de jackposodiec, une figure de l’extrême-droite aux Etats-Unis, également mêlé au Hillarygate aux Etats-Unis selon le data analyste belge Nicolas Vanderbiest, spécialiste de l’intox sur le Net, et selon des firmes américaines qui ont communiqué sur Twitter. Jack Posodiec a été mêlé à des affaires de fake news et de conspirations aux Etats-Unis, il se présente lui-même comme le responsable du bureau à Washington de RebelTV, et l’image de son compte Twitter est une photo de meeting en faveur de Donald Trump.

Des ressemblances avec le Hillarygate

Au total, il y a «des dizaines de milliers d’emails, de photos et de pièces jointes, datant du 24 avril au plus tard» (le lendemain du premier tour de la présidentielle), selon WikiLeaks. Le site fondé par Julian Assange, qui a relayé sur son compte Twitter le lien hypertexte menant à ces documents, a assuré ne pas être à l’origine de cette opération de piratage qu’il a aussitôt baptisée du hashtag #MacronLeaks».

Ces fichiers piratés sont des courriels ou des «documents comptables», tous «légaux», a précisé En Marche! dans son communiqué.

Des vrais et des faux documents mêlés pour semer le trouble

Le problème, c’est que «Ceux qui font circuler ces documents ajoutent à des documents authentiques nombre de faux documents, afin de semer le doute et la désinformation», a affirmé l’équipe de M. Macron, en faisant un parallèle avec le piratage qui avait visé l’équipe de Hillary Clinton, la candidate démocrate à la présidentielle américaine de 2016. Selon certains analystes, le paquet rendu public sur Internet est correct, mais de faux documents ont commencé à circulé parallèlement, leurs diffuseurs assurant qu’ils faisaient partie des fuites.

Après enquête sur le piratage de la boite mail d’Hillary Clinton, les agences de renseignement américaines avaient accusé la Russie d’avoir interféré dans la présidentielle des Etats-Unis afin de favoriser le candidat républicain Donald Trump, élu le 8 novembre.

#MacronLeaks numéro un des recherches ce samedi matin

En février, les serveurs d’En Marche avaient été coupés durant quelques minutes, à la suite d’attaques venant d’Ukraine selon le mouvement d’Emmanuel Macron. En mars, le mouvement d’Emmanuel Macron avait aussi été la cible de tentatives de hameçonnage («phishing»), attribuées là à un groupe russe selon l’entreprise japonaise de cybersécurité Trend Micro.

Dans un communiqué aux premières heures samedi, à quelques heures de l’ouverture des premiers bureaux de vote à l’étranger, la Commission nationale de contrôle de la campagne présidentielle (CNCCEP) française a recommandé aux médias «de ne pas rendre compte du contenu» de ces documents issus d’une «attaque informatique», rappelant que «la diffusion de fausses informations est susceptible de tomber sous le coup de la loi».

Ce piratage pourrait-il avoir une incidence sur le vote des électeurs français dimanche? Le hashtag #MacronLeaks était en 1ère position des sujets discutés sur Twitter ce samedi matin et suscitait une intense activité sur les réseaux sociaux.

Dans les derniers sondages publiés vendredi, avant la clôture de la campagne officielle, Emmanuel Macron était encore largement en tête, avec 61,5 à 63% des voix, contre 37 à 38,5% pour Marine Le Pen.

A deux jours du vote, la participation potentielle reste cependant relativement faible: seules 68% des personnes interrogées se disent certaines d’aller voter.

Tension maximale

Avant les révélations sur ce piratage massif visant la campagne de M. Macron, ancien ministre de l’Economie du président socialiste François Hollande, la tension était déjà montée avec l’annonce de l’arrestation dans la nuit de jeudi à vendredi d’un ancien militaire converti à l’islam, à proximité d’une base aérienne militaire, à Evreux, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Paris.

Sous surveillance depuis 2014 pour sa radicalisation, l’homme avait prêté allégeance au groupe Etat islamique, selon une clé USB saisie dans son véhicule, où se trouvaient également des drapeaux de l’EI. Un fusil à pompe a aussi été découvert dans un fourré proche.

Les enquêteurs cherchent à déterminer si le suspect était sur le point de commettre une action violente.

Le 20 avril, trois jours avant le premier tour de la présidentielle, un policier avait été tué sur l’avenue parisienne des Champs-Elysées. L’attaque avait été revendiquée par l’EI, à l’origine de la plupart des attentats qui ont fait 239 morts dans le pays depuis janvier 2015.

Sécurité renforcée

Dimanche les deux candidats voteront dans le nord de la France, M. Macron dans la station balnéaire du Touquet Mme Le Pen dans son fief ouvrier d’Hénin-Beaumont.

Les mesures de sécurité seront renforcées dimanche autour des bureaux de vote, et des dizaines de milliers de policiers et gendarmes mobilisés, a annoncé le ministère de l’Intérieur, qui a promis que le scrutin se tiendra dans «des conditions de sécurité maximales».

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