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Emmanuel Macron entonne la Marseillaise, dimanche soir, devant ses soutiens rassemblés au Louvre, à Paris. / AFP
Emmanuel Macron entonne la Marseillaise, dimanche soir, devant ses soutiens rassemblés au Louvre, à Paris. / AFP | STRINGER

Philippe Boissonnat

Emmanuel Macron est élu. La France a désormais un président. Mais pour avoir des bras, le nouveau président aura besoin d’une majorité à l’issue des législatives des 11 et 18 juin prochains. Entretien avec Adélaïde Zulfikarpasic, directrice de BVA Opinions.

En Marche ! peut-il devenir le premier parti de France à l’issue des prochaines législatives ?

Ça tiendra vraiment à l’impulsion qu’Emmanuel Macron sera capable de donner dans ses premières décisions des tout prochains jours. Le sondage que nous avons réalisé auprès de 3 000 électeurs le jour du second tour nous confirme ce qu’on pressentait depuis le 23 avril : Emmanuel Macron n’a pas été majoritairement choisi par conviction. Ce n’est pas un vote d’adhésion. C’est pour beaucoup de ces électeurs un choix par défaut.

50 % de ses électeurs l’ont choisi pour faire barrage à Marine Le Pen, 30 % parce qu’il était le moins éloigné de leurs convictions. Et au final, ils ne sont donc que 20 % à l’avoir choisi positivement. En Marche ! n’est donc pas – pour l’instant du moins — un mouvement qui entraîne dans son sillage une majorité de Français.

Vous ne voyez pas de dynamique « Macron » se déclencher ?

Pas encore. Quand on a interrogé dimanche les Français sur la façon dont ils abordent les législatives, seuls 25 % des électeurs souhaitent la victoire des listes En Marche ! (sans cohabitation), 22 % souhaitent la victoire des listes du Front national (dans le cadre d’une cohabitation), 21 % des listes Les Républicains et 20 % des listes de la France Insoumise, tandis que 10 % souhaitent une victoire des listes PS et de ses alliés. Au final, on retrouve les « 4 France » qui cohabitaient autour de 20 % au soir du 1er tour du 23 avril. Les Français n’ont pas l’air d’être dans l’état d’esprit « légitimiste » qui les conduirait forcément à donner au nouveau président une majorité claire au Parlement.

Qu’est-ce qui pourrait faire que les électeurs se rangent derrière le parti du Président ?

Des mesures symboliques fortes. Le choix du Premier ministre en sera une. Parmi les points qui ont suscité un peu d’espoir dans son image, il y a son incarnation d’un renouveau. S’il nomme un Premier ministre qui confirme ce renouveau, il démontrera qu’il a compris l’état de la France. Sa première intervention dimanche soir était frappante de gravité, de solennité. On avait dû lui expliquer qu’il avait un peu trop fait le malin au soir du premier tour. On sent bien qu’il est désireux d’éviter toute erreur de communication qui pourrait entraver la suite.

Peut-il être aidé par les divisions et les fragilités du PS ou des Républicains ?

Certainement. On voit bien que l’unité ne va vraiment pas de soi au sein de ces familles politiques. Le PS, notamment, est plus qu’affaibli. Faut-il se rallier à En Marche ! ou pas ? Pour l’instant, le clivage traverse les partis comme les électeurs. Il n’est donc pas encore dit qu’Emmanuel Macron ne bénéficiera pas pour les législatives du même « alignement des planètes » exceptionnel qui lui a déjà profité à la Présidentielle. À ceci près que, pour les législatives, le critère de l’étiquette politique pèse souvent moins que le coefficient personnel des candidats dans leur circonscription. L’ancrage local, pour élire un député, ça compte.

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