Qu’est-ce que l’affaire MacronLeaks, apparue en plein week-end électoral ?

Étiquettes

,

 Jean-Philippe Louis

Vendredi, des documents internes à l’équipe d’Emmanuel Macron ont été diffusés sur le forum 4Chan avant d’être repris sur Twitter à deux jours du second tour de l’élection présidentielle. L’équipe du nouveau président y voyait une « tentative de déstabilisation ».

Certains y voyaient un coup de com’, mais les attaques informatiques à l’encontre d’Emmanuel Macron tant redoutées par les équipes du nouveau président de la République ont bien eu lieu.

Vendredi dernier, peu de temps avant le début de la période de réserve pendant laquelle les candidats n’ont pas le droit de s’exprimer, une multitude de documents est publiée sur le célèbre forum anonyme 4Chan . Rapidement, elle est baptisée #MacronLeaks . L’équipe de campagne du candidat, devenu depuis dimanche soir président élu, dénonçait ainsi « une action de piratage massive et coordonnées ».

Que contiennent les Macronleaks ?

Selon l’entourage d’Emmanuel Macron, il s’agit d’informations internes comme des « courriels » ou des « documents comptables ». On trouve par exemple une missive censée être envoyée par Grégoire Potton, directeur des « Affaires générales d’En Marche », concernant le « budget prévisionnel des législatives ». On y trouve également des factures ou des devis. Et même des pans entiers de tableurs « Excel » sur le budget d’En Marche. En clair, ce sont des gigaoctets de fichiers en vrac, qui prendront du temps à être analysés et authentifiés.

D’où proviennent ces fuites ?

Les documents sont d’abord diffusés sous la forme de liens sur le forum anonyme 4Chan. Mais c’est Jack Posobiec , un sympathisant de l’extrême-droite américaine qui relaie en premier les informations sur Twitter. Posobiec est un personnage assez connu sur Internet. Très actif, très véhément à l’égard d’Emmanuel Macron ou Hillary Clinton, il travaille depuis Washington pour le média conservateur canadien The Rebel . Pro-Trump et pro-Le Pen, Posobiec a l’habitude de relayer des fausses informations. Il fait ainsi partie de ceux ayant relayé une rumeur selon laquelle le directeur de campagne d’Hillary Clinton était derrière un vaste réseau pédophile et sataniste basé dans une pizzeria.

Juste avant le #Macronleaks, Posobiec commentait de manière très active la rumeur sur un compte offshore d’Emmanuel Macron . Durant les derniers jours de l’élection, les tweets négatifs à l’égard du président élu se sont multipliés, s’indignant notamment que les fuites ou l’histoire du compte offshore ne prennent pas plus d’ampleur.

Pourquoi les médias en ont-ils peu parlé ?

Qu’importe les protestations de Prosobiec, demandant notamment à être « entendu par le Parlement français », les médias étaient vendredi tenus au devoir de réserve. Impossible de dévoiler l’histoire sans pouvoir diffuser dans le même temps une réaction du principal concerné, à savoir Emmanuel Macron. Saisie par l’équipe d’En Marche, la commission nationale de contrôle de la campagne présidentielle a appelé les médias à ne pas relayer les contenus des fuites, durant cette période de réserve.

Cela n’a pas empêché l’extrême droite de reprendre cette information et de la partager sur les réseaux sociaux dès vendredi soir. Notamment plusieurs cadres du Front national, à l’image de Florian Philippot, vice-président du Front national ou encore David Rachline.

Comment ces documents ont-ils pu se retrouver en ligne ?

La fuite de ces documents interviennent après des mois d' »attaques répétées » contre les serveurs du mouvement En Marche. En février, l’équipe du nouveau président avait dû couper leurs serveurs à la suite d’attaques venant, selon eux, d’Ukraine. En Mars, le mouvement a été la cible de tentatives de « hameçonnage » attribuées à un groupe russe, selon l’entreprise japonaise de cybersécurité Trend Micro. Ce groupe se fait appeler Pawn Storm ou Fancy Bears. Ils sont déjà à l’origine du piratage de l’Agence mondiale antidopage (AMA).

Ces documents sont-ils authentiques ?

L’équipe Macron ayant elle-même indiqué qu’elle avait été victime d’une action de « piratage massive », on peut imaginer que certains de ces documents sont vrais. Certaines factures ou e-mails semblent en effet crédibles. Mais l’entourage du nouveau président indique que « ceux qui font circuler ces documents ajoutent à des documents authentiques nombre de faux documents afin de semer le doute et la désinformation ».

Sur 4Chan, les auteurs de la fuite indiquent que l’authenticité des documents a été vérifiée par THOTCON , une « conférence de piratage » basée à Chicago. Rien n’indique cependant que des documents n’aient pas été ajoutés comme l’affirme l’équipe d’Emmanuel Macron. D’autant que le faux document sur le compte offshore d’Emmanuel Macron avait été diffusé de la même manière sur le forum anonyme anglophone.

Selon le magazine Sciences et Avenir qui a interrogé une analyste ayant travaillé sur ces documents, il semble qu’aient été glissés « des documents qui n’ont rien à voir avec la campagne présidentielle, ou encore de faux documents ». Notamment un « contrat d’assurances avec une société Providence qui semble un faux et aussi tout un répertoire sur l’Arabie saoudite ». Le magazine américain The New Yorker indique que Prosobiec, premier à relayer l’information sur Twitter, ne savait pas lui-même « si toutes les informations étaient authentiques ».

Pourquoi Wikileaks est-il concerné  ?

Le site de révélation de Julian Assange est connu pour ses ingérences. C’est lui notamment qui a dévoilé les mails du parti démocrate ainsi que ceux du directeur de campagne de la candidate malheureuse à l’élection américaine Hillary Clinton.

Alors que le lanceur d’alerte américain Edward Snowden est toujours réfugié en Russie, le site semble être un soutien de poids à Moscou. S’il assure ne pas être à l’origine de l’opération #Macronleaks, Wikileaks a contribué à accroître la visibilité de ces documents, et ce, malgré ses nuances dès vendredi :

« Plusieurs Giga d’emails de l’équipe Macron. Cela pourrait être un blague de 4Chan. Nous examinons les fichiers », tweete ainsi le site. Puis, Wikileaks d’indiquer que ces révélations n’auront aucune influence sur le vote. Avant de lancer sa propre théorie :

« Qui profite de ces fuites ? Les révélations sont trop tardives pour influencer le vote, mais seront sûrement utilisées pour stimuler l’hostilité envers la Russie et ses dépenses de renseignement ». Cependant, selon le chercheur Nicolas Vanderbiest, interrogé par le quotidien Libération , Wikileaks s’est exprimé à 21h31, peu après les premiers tweets, « c’est quand même rapide… Sur la carte, on voit clairement qu’il joue un rôle de propagation ».

Quelles sont les réactions à ce piratage ?

Vendredi, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données » et atteinte « au secret des correspondances ». Le Kremlin a de son côté nié à plusieurs reprises les accusations selon lesquelles il aurait tenté de s’ingérer dans les campagnes électorales en France ou aux Etats-Unis grâce au piratage informatique. Mais début janvier, les services de renseignement américains estimait dans un rapport que, lors de la dernière campagne présidentielle, le pouvoir russe avait ordonné le piratage de la campagne de la candidate démocrate Hillary Clinton dans le but d’influencer le résultat du scrutin en faveur de son rival républicain Donald Trump.

Le sénateur Mark Warner , de la commission du Renseignement du Sénat américain, a déclaré à Reuters que l’affaire du piratage de l’équipe de Macron soulignait l’urgence de l’enquête menée par sa commission sur les soupçons d’ingérence russe durant la campagne électorale de l’an dernier.

 https://www.lesechos.fr/
Publicités

Les commentaires sont fermés.