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Philippe Bilger

Le compagnonnage du 8 mai entre l’ancien et le nouveau président n’était certes pas dénué d’une touche d’émotion, d’un zeste de sollicitude presque paternelle mais j’avoue mon inquiétude quand François Hollande a déclaré : » S’il a besoin de conseils, il s’adressera librement à moi. Je serai toujours à côté de lui » (Le Figaro).

Il me semble que mon souci est légitime tant, parfois, ce qu’on a cru heureusement irréversible est détruit par le fil du temps ou des connivences qui se maintiennent dans notre dos de citoyens. Je ne voudrais pas que nous nous trouvions en face d’un système où François Hollande se dirait que dépassé par Emmanuel Macron, il a pris le parti de l’administrer ou de se l’approprier. Le contraire, par exemple, de la démarche d’un François Bayrou qui a proposé une alliance à Emmanuel Macron, seulement « pour l’aider », et qui a tenu parole (TF1).

Parce que la démocratie, ce n’est pas seulement vouloir expulser un président de la vie publique – en tout cas de la charge suprême assumée tant bien que mal durant cinq ans – mais aussi prévenir de sa part toute intrusion occulte, toute influence masquée, tout retour choquant, la porte close, par la fenêtre alors que, pire qu’une défaite, François Hollande a dû assumer un jet de l’éponge. Il n’a même pas concouru et peut-on s’en tenir à une évaluation qui serait plus éloignée de celle autosatisfaite qu’il formule sur son mandat que de celle implacable formulée par Jean-Luc Mélenchon dont la nuance, quand il l’a décidé, n’est pas le fort ?

Rien de ce qui est politique ne doit demeurer étranger au citoyen, quel qu’ait été son choix, à partir du moment où tout ce qui emplit et structure le paysage politique, à droite comme à gauche, aux extrêmes comme dans le centrisme opératoire que le nouveau président se propose de mettre en oeuvre va naturellement irriguer ses connaissances, ses convictions, ses exclusions et ses sympathies.

Il n’est pas indifférent, en ce sens, de voir François Hollande subtilement revendiquer une place « à côté d’Emmanuel Macron », dans la suite logique de tous ces socialistes qui se sont mis en marche sur le tard pour rejoindre un mouvement afin de le gangrener et de lui faire perdre ce qu’il avait de novateur pour l’entraîner vers un fond banalement progressiste, sans aucune imagination ni audace. Sur le registre judiciaire notamment, je crains le pire.

Cette angoisse est d’autant plus lancinante chez moi que les péripéties de la primaire de la droite et du centre et ses suites désastreuses ont fait renaître ce que j’avais pensé disparu, en grande partie à cause de François Fillon. En effet opter pour ce dernier, après la déception causée par un Alain Juppé piètrement minimaliste lors des joutes médiatiques, revenait d’abord à écarter radicalement Nicolas Sarkozy – redevenu pourtant le « parrain » de la droite, celui qui tire les ficelles, promeut ou stigmatise – et tous ceux qui dans sa mouvance avaient été chassés par la primaire qui donc dans son principe n’était pas si blâmable que cela.

Le triomphe de François Fillon aurait dû entraîner la chute de Nicolas Sarkozy. Il a constitué, au contraire, le vecteur pervers de la nouvelle emprise de ce dernier. Ceux qui tiennent le haut du pavé dorénavant, aux LR, et ont le verbe le plus péremptoire en tout cas sortent de ce camp, de ce clan incroyablement résistants et habiles pour exploiter les bévues et maladresses qu’on lui a servies sur un plateau républicain. Un Jean-Pierre Raffarin, toujours prêt à vanter la paix molle pour perdre la guerre partisane, n’en pourra mais! Il faudra bien pourtant qu’un jour LR, n’étant pas uni, en tire les conséquences et se divise par cohérence, rectitude et efficacité électorale.

Même l’histoire du FN nous regarde. Il serait catastrophique que les élucubrations sur l’euro, la déroute personnelle de sa présidente le 5 mai et la défaite plus aigre que douce du 7 mai n’entraînent pas demain une profonde recomposition de ce parti en lui faisant accepter une union des droites qui aurait l’avantage immédiat de débarrasser un extrémisme acceptable sur le plan des idées et des revendications du poison résiduel des nostalgiques incurables du fascisme et du nazisme S’il en existe autant que la gauche qui n’a pas de leçons à donner l’affirme.

On a le droit, pour lui comme pour l’ensemble de la vie publique, de ne pas avoir peur d’une table rase. La nouveauté ne peut plus être le simple recyclage des anciens que leur échec n’obligerait plus à sortir mais autoriserait à rentrer par ailleurs.

Revenons à François Hollande. Qu’il veuille bien rester à part mais pas à côté du nouveau président. Qu’il ne cherche pas à faire oublier par une influence et des avertissements officieux l’officiel manqué de son quinquennat.

http://www.philippebilger.com/blog/

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