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par Marine Jobert

Super U cherche à diminuer, voire bannir les MOH.

Super U cherche à diminuer, voire bannir les MOH.
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Elles n’ont rien à y faire, mais les huiles minérales des encres des emballages alimentaires s’invitent dans nos aliments et les contaminent. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), tout en plaidant pour plus d’études sur le sujet, recommande leur éviction et, faute de mieux, de les tenir à distance par un «barrage»…

Encore une plongée peu ragoûtante dans notre placard à provisions. Cette fois-ci, ce n’est pas (directement) au contenu de notre pitance mais à son contenant que s’est intéressée l’Anses. Dans un avis rendu ce 9 mai, l’agence s’est penchée sur la migration des composés d’huiles minérales dans les denrées alimentaires à partir des emballages en papiers et carton recyclés censés les protéger. Car les encres d’impression de type offset directement appliquées sur ces emballages, tout comme les colles et adhésifs thermofusibles utilisés pour coller les boîtes en papier et les cartons, sont en partie constitués d’hydrocarbures qui peuvent migrer vers les aliments, comme l’avaient notamment mis en évidence les travaux du laboratoire cantonal de Zürich en 2009 (voir encadré). Or l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) considérait en 2012 l’exposition aux MOSH comme préoccupante et l’exposition aux MOAH comme particulièrement préoccupante.

Les huiles minérales (MOH) sont des mélanges complexes issus du pétrole brut. Elles sont constituées d’hydrocarbures saturés d’huile minérale (MOSH) et d’hydrocarbures aromatiques d’huile minérale (MOAH).

Mieux détecter les MOH

Certes, ces huiles minérales présentes dans les aliments peuvent provenir de multiples sources (origine naturelle, contamination au cours de la chaîne de production, matériaux au contact des denrées alimentaires) et, pour un aliment donné, la distinction des MOH provenant des emballages en papier et carton de ceux provenant d’autres sources est complexe. Mais il existe des indices qui permettent de les distinguer, à condition, recommande l’Anses, de valider une méthode analytique «spécifique et robuste» permettant de déterminer la composition des mélanges d’huiles minérales. L’Anses estime qu’une meilleure connaissance de la composition des mélanges est un pré-requis avant de pouvoir proposer des recommandations d’ordre toxicologique. Elle recommande notamment la réalisation d’études de toxicité supplémentaires menées sur des mélanges représentatifs de MOSH auxquels le consommateur est exposé.

Sus aux MOAH

Le caractère génotoxique et mutagène mis en évidence pour certains MOAH oblige, estime l’Anses, à réduire en priorité la contamination des denrées alimentaires par ces composés. Faute d’outils ad hoc pour l’instant, l’agence recommande de limiter l’exposition du consommateur aux MOH, et plus particulièrement aux MOAH. Comment? En utilisant des encres d’impression, colles, additifs et auxiliaires technologiques exempts de MOAH dans le procédé de fabrication des emballages en papier et carton. Et ce plus particulièrement dans le domaine de la presse, puisque les journaux et autres supports imprimés entrant dans la filière recyclage sont identifiés comme les principales sources d’huiles minérales dans les emballages alimentaires en papier et carton recyclés. Il est d’ailleurs nécessaire, estime l’Anses, de conduire des études permettant d’identifier, au cours du procédé de recyclage, les étapes (tri, fabrication de la pâte à papier, etc.) conduisant à l’introduction de MOH dans les emballages en papier et carton recyclés. Ceci afin d’identifier les leviers technologiques permettant de réduire la contamination des fibres recyclées (tri plus efficace, réduction des contaminations croisées, amélioration du procédé de désencrage, etc.).

Une barrière à emballage

Enfin, l’Anses émet une recommandation un peu baroque: utiliser une «barrière» pour limiter la migration des MOH de l’emballage vers les aliments. Un contenant pour emballage, en quelque sorte, à base de PET, d’acrylate ou de polyamide par exemple. Une solution «à court terme», reconnaît l’association Foodwatch, à l’origine de révélations en 2015 sur la présence de ces dérivés d’hydrocarbures, qui mise sur l’émergence de mécanismes de recyclage du papier qui ne seront pas nuisibles pour le consommateur. «Avec cet avis qui reconnaît sans ambiguïté la dangerosité des huiles minérales, l’Anses en fait un dossier urgent en terme de santé publique, se félicite Karine Jacquemart, la directrice de Foodwatch France. Il faut désormais une décision politique pour que les règles soient identiques pour toutes les entreprises de l’agroalimentaire.» A l’automne dernier, l’association a interpellé les ministères de la santé et de l’économie, compétents sur le sujet, pour qu’ils prennent un arrêté fixant des limites quantitatives à la présence de ces huiles minérales, «avec une obligation de résultat.»

6 entreprises ont déjà banni les MOAH

Six entreprises (E.Leclerc, Carrefour, Lidl, Intermarché, Système U et Casino) se sont d’ors et déjà engagées, sur leurs marques distributeurs, à bannir ces substances que Foodwatch désigne comme également cancérogènes. Elles se sont engagées à ce qu’il n’y ait pas de présence détectable pour les MOAH et à un maximum de 2mg/kg pour les MOSH. Plusieurs d’entre eux font déjà usage de «barrières fonctionnelles» dans les emballages carton, comme celles préconisées par l’Anses.

En 2011, une étude allemande réalisée sur 119 aliments secs (pâtes, semoule, riz, biscuits, céréales etc.), emballés dans des matériaux en papier et carton stockés pendant deux à trois mois à température ambiante, avaient permis d’établir que les huiles minérales ayant migré dans les aliments étaient composées de 10 à 20% d’hydrocarbures aromatiques (MOAH) avec des concentrations moyennes en MOSH variant de 0,5 à 24 milligrammes par kilo d’aliment selon les aliments. Ces mêmes échantillons, analysés après 4, puis 16 mois de stockage (correspondant à la date limite d’utilisation optimale ou DLUO) à température ambiante, présentaient de plus fortes concentrations, démontrant que la migration se poursuit tout au long du stockage. Enfin, des mesures de teneurs résiduelles en MOSH et MOAH dans des aliments secs et gras, ainsi que dans les emballages en papier et carton les contenant, ont été publiées en 2015 par l’association Foodwatch en France, en Allemagne et aux Pays-Bas.
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